Ms. A en marge : « Monseigneur de Bueil
« nostre chief *, pour ce que tous ont veu et apparçeu « que vous avés le cœur et la voullenté et estes bon « et convenable pour ce mestier. Et aussi à la vérité « la guerre est une friande chose pour ung jeune « homme comme vous, quant il y a le cœur. Mais « qu'il ait tousjours Dieu et son honneur devant les « yeulxet qu'il ne s'entremette fors de soustenir bonne « querelle ! Car je croy que tout homme qui expose « son corps à soustenir bonne querelle et à secourir « son souverain seigneur ou son prouchain en bonne « justice et en bon droit, fait et accomplist le cornet mandement de Dieu. Et la raison qui me meut est « telle. Vous sçavés que la voullenté de Dieu est que « on reprime et confonde les orgueilleux, en souste- « nant et supportant les doulx et les humbles. Or est- « il tout nottoire que tout homme, qui entreprent sur « autrui, est meu d'orgueil, depresumpcionetd'envye, « et aucuneffois d'avarice. Et, selon ces trois manières « d'esmouvemens et commencemens de guerre, voul- « dray deviser trois points et par chacun point (( demonstrer que tout homme qui querelle a ou ran- « cune contre autruy par l'un des trois vices dessus « dicts^, c'est assavoir orgueil, envye ou avarice, est « à la fin mené à confusion totalle et deshonneur. Et « pour chacun point vouldray baillier et assigner ung « exemple. Parquoy, Jouvencel, et vous, messeigneurs,
1 . Var. : « par le commun assentement de tous, on vous a t'ait eslire et ordonner pour le chief et conduite de nostre guerre, pour ce que tous ont veu, etc. » B.
2. Var. : « qui querelle a ou calengc, doit fouir et doit craindre cstre deceu par l'un de ces trois poins ou vices dessus dicts, etc. » Éd. Vérard et Lenoir.
« qui estes cy presens, aucuneffois fait bon ouyr parce 1er des matières ; car en parlant on réduit à mémoire « pluseurs bonnes instructions. Pour ce aussi que nous « sommes après disner et que de présent n'avons pas « grant besongne à faire, s'il vous plaist, vous escou- « terez debonnairement et sans prendre ennuy ou desc< plaisance à ce que je vous diray. Car c'est tout sur « le fait de la guerre et matière d'armes. Mais, se je « pensoye qu'il ennuyast à aucun de vous, je ne voul- « droye pas occupper le temps en parolles, especial- « lement se elles ne vous estoient agréables et aussi « prouffitables. Car vous sçavés que cellui pert son « temps qui parle et n'est ouy ne entendu. »
Ces parolles dittes par le Cappitaine^ et après qu'il vit que tous estoient desirans d'entendre et escoutter ce qu'il voulloit dire, et par especial le Jouvencel, il commença à parler d'orgueil, en remonstrant comment orgueil est commencement de tirannye et est la rachine des autres pechiés, et qui plus nuyst et fait dommaiges à pluseurs gens et mesmement à gens de guerre, quant ilz en sont entechez ~.
« Et vrayement, dist le Cappitaine ^ tout orgueil- « leux qui entreprent sur autruy sans cause, par pre- « sumpcion de force, de lignaige, de richesse ou d'au- « cun autre bien de fortune, est bien à reprimer'*. Et, « se ainsi est que par cas d'aventure^ il viengne au- « dessus de ses besongnes, si doit-il mieulx estre