‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 276 sur 321 · Var. : « foule. » Id · texte numérisé non relu

Var. : « foule. » Id

« disant qu'il avoit eu le priz et l'honneur de la bataille « et que, se n'eust-il esté, il n'y avoit nul remède que « son frère ne fust mort ou prins. Et tellement parla « et aguillonna l'autre dame par son langaige qu'£lle « se prinst à dire qu'elle disoit mal et qu'il n'en estoit « riens, mais avoit le moins fait et plus villainement « que l'autre, qui, par sa hardiesse, s'estoit bouté* et « meslé parmy les adversaires. Et tant parlèrent « qu'elles vindrent au desmentir. Et adonc la moinsnée « commença à dire à son amy : Me laisserés vous « ainsi desmentir et villenner pour soustenir vostre « honneur? Et tant le flatta qu'il fust esmeu de dire à « l'autre qu'elle se tcust ou que il la courrouceroit. « Adonc son frère respondit qu'elle ne laisseroit pas à « dire vérité pour lui. — Gomment, dist le moinsné, « vous me voullés donner blasme pour vous attribuer « louenge! Je vous ose bien dire que je me y suis c aussi bien porté comme vous et suys prcst, quant « vous vouldrés, d'esprouver de mon corps qui sera « le plus vaillant de nous deux. L'autre ne le daigna « reffuser et baillèrent leur gaige de bataille, telle- « ment qu'ilz combatirent le lendemain. Et puis, par « cas de fortune et d'aventure, l'aisné percha l'autre « de sa lance soubz la visière et entra jusques au cer- « vel ; si le tua. Et, quant il vit son frère mort, il eut a si grant dcsplaisir qu'il ne sçavoit comment se ven- « gier synon sur lui-mesmes. Et, en la fureur où il « estoit, s'en retourna et fist brusler les deux damoy- « selles, par qui ceste envye et ceste guerre estoit

1. Var. : a qu'elle disoit mal et qu'il n'avoit ne plus ne moins fait que l'autre, qui s'estoit bouté, etc.. » A.

« meu entr'eulx. Quant il eut ce fait et il congnut « qu'il avoit tué son frère et fait mourir sa dame, qu'il « aymoit autant que soy meismes, il entra en si grant « frénésie et desplaisir de cueur que il se désespéra « et se tua lui-meismes. Or ces deux damoiselles pevent « avoir nom l'une ambicion, et l'autre, c'est-à-dire la « moinsnée, se peut nommer flaterie. Ainssi appert à « quelle fin furent menées ces deux damoyselles et ces « deux frères, qui estoient si beaulx, si bons et vail- « lans, et par envye. Appert aussi comme ambicion « et flatterie, qui en estoient cause, en emportèrent « la paste au four. Par envye tua Gaym son frère Abel, « qui fut la première guerre du monde. Par envye « ont esté puis pou de temps les princes de ce « royaume en grand dissimulacion et discention^ « Pour ce il est conclud que tout homme qui prend « guerre ou querelle par envye est deshonnourable- « ment diffamé et destruit. à la parfîn. Et c'est quant « au second point touchant ceste matière.

« Le tiers point et darrenier sera de la guerre et « discention, qui se commence par avarice; et je le « feray court et le prouveray par exemples. Il est « assavoir que avarice est rachine et commencement « de tous maulx et celle qui plus adveugle les yeulx « de l'homme. Et par elle ont esté, ou temps passé, « maintes guerres et maintes querelles perdues vilc< lainement, comme il est recité en la Bible d'un des « roix d'Orient qui vint assaillir Jherusalem pour avoir « les joyaulx et les richesses du Temple. Il est aussi « trouvé es hystoires de la fondacion de Romme que

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