‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 284 sur 321 · nageurs · texte numérisé non relu

nageurs

la barrière, et là se tournèrent vers le Jouvencel et dirent en eulx-meismes : « N'y a il que cecy? Ainsi « ne demourra il pas qu'il n'y ait ennuyt hutin. »

Et adoncq le cappitaine de Crathor vint et dit au Jouvencel : « Hurtons de poittrine de cheval à la bar- « rière; car vous savez bien qu'elle ne tient point. Et « que ces compaignons saillent tous à pié, qui derrière « vous sont. Et, se Dieu plaist, vous verres tantost « beau jeu. » Ainsi le fist le Jouvencel; et vindrent tous de grand couraige droit à la barrière. Et les compaignons qui estoient derrière eulx, saillirent à pié. « Quoy dea! dist ung de ceulx d'Escallon, ilz sont « deux à deux sur ung cheval! Veez les cy venir de « grant force et fureur ; il y a quelque chose. »

Et sur ces paroUes arriva le Jouvencel à la barrière ; et la trompette du cappitaine de Crathor sonne encor une foys ung son d'autre façon que celluy qu'elle avoit

« Ainsi vindrent et chargèrent sur ceulx d'Escalon qui no voioient que quatre cens chevaulx et ne Yoioient pas les nu cens hommes de pié qui estoient derrière les trois cens hommes à cheval , dont ceulx d'Escalon furent deceuz ; car , quant vint à l'aprouchier, ceulx de pié se joignirent avec les deux cens hommes qui estoient ou fumier et le sire de Roqueton, qui saillirent de leur embusche et abatirent la barrière et gaignerent la porte du bolevart ; mais ceulx de la ville levèrent à graut haste le grant pont de la ville parquoy ceulx d'Escallon gardèrent leur ville. Et le capitaine de Grator et sa compaignie et le Jouvencel firent à leurs plaisirs de ceulx qui estoient yssus hors de la ville, dont il y avoit plus de trois mille hommes deffendans, qui la plus part furent mors, les autres prins prisonniers et leurs coureurs. Et gaignerent à ceste fois plus de trois mille escus. Ceulx d'Escalon furent deceuz; car ilz cuidoient que ne fussent que coureurs. Mais il est deux manières de coureurs, dont les ungs sont ceulx que on envoyé devant une place pour faire saillir ceulx de dedans dehors ou sur un ost, etc. » (Voir la suite p. 149.)

140 LE JOUYENCEL.

premier sonné. Et le sire de Rocqueton l'entendist moult bien et dist à Jehan Hamon et à Gallebrun : « H « fault saillir. Veez-là l'enseigne du Gappitaine. » Ainsi saillirent de ce fumier à grant diligence. Et ceulx d'Escallon les advisent, qui tournent les visaiges pour les regarder.

Adoncq le cappitaine de Crathor, le Jouvence! et Gervaise heurtent la barrière de poitrine de cheval et la portent par terre et entrent pesle-mesie sur ceulx d'Escallon, et leurs gens de pié quant et eulx, et le sire de Rocqueton d'autre part , qui faisoit grant dihgence.

Ainsi tournèrent ceulx d'Escallon en fuite et furent chacez tuant et prenant jusques au bollevard. Que vous dyrai-je? Toute la garnison fut morte ou prise à ceste entreprise. Et s'en tournèrent le cappitaine, le Jouvencel et leurs compaignons à grant joye à Gralhor, où ilz furent moult grandement repceuz du Mareschal, de Piètres, de Foulliers et de tous ceulx de la ville, tant gens de guerre que gens de ville. Et tantost aprez fut grant renommée de ceulx de Grathor, tant entre amiz que ennemiz^

Par ces choses est esprouvé ce que dit est au commencement de ce chappitre, c'est assavoir, que saigement entreprendre fait bien exécuter. Et en cecy est trouvée^ la fin de ce présent chappitre.

1. Cette prise de Marchenoir eut lieu non sur les Anglais mais sur les Bourguignons. [Commcnlaire, VI.)

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