Var. : « terminée. » C. D
CHAPPITRE VIII.
Comment le Jouvencel et la compaignie de Crathor, qui estoient pou de gens, levèrent par subtillité le siège de Sardine et mirent en fuite leurs ennemys, lesquelx estoient en plus grant nombre qu\lz n estoient; et d'aucune aventures de guerre qui advindrent au Jouvencel.
Ung* pou de temps après que le Jouvencel et la compaignie de Crathor furent reposez et eurent parti le butin de la gaigne qu'ilz avoient faicte devant Escallon, leur vindrent nouvelles que le siège estoit devant une place remparée par les gens du parti du Jouvencel, nommée Sardine^. Et sur ce debatirent ceulx de Crathor^ avecques le Jouvencel de lever le siège, et tellement que la chose fut entreprinse, ainsi que orrez cy-après.
Le Jouvencel manda à tous ses voisins et à tous ceulx de son party^ d'eulx trouver à lever le siège, et finablement ne peust assembler que huit cens com-
1. Au Commentaire (XXI) il y a un récit très détaillé de la levée du siège de Saint-Célerin en 1431. Ambroise de Loré en était capitaine, (^'oy. J. Ghartier, ch. 69.)
2. En marge dans le ms. A. : « Saint-Gelerin. j C'est Saint- Cénery-le-Gérei, arrondissement et canton d'Alençon.
3. Dans le ms. A. en marge : « Qui est entendu pour Sablé et Luc. »
4. Gautier de Brussac, capitaine de Graon, et quelques petites garnisons des environs répondirent seuls à son appel. {Commentaire, XXI; J. Ghartier, ch. 78.)
battans*. Si estoient ilz au siège bien sept mille, qui cstoit près d'autant de milles que de cens. Adonc chacun dit au Jouvencel : « Jouvencel, que veux-tu « faire? Nous ne sommes pas gens pour combatre ces « gens icy ne pour lever ce siège. »
Adoncq le Jouvencel dit : « 11 y a beaucoup de « manières de lever ung siège, sans combatre tous « ceulx qui sont devant. Et peut l'en beaucoup douce ner de aide et de secours ou confort à ceulx qui « sont assiégez, sans de tous points combatre ceulx du « siège, sinon à son avantaige. Et pour ce je suis d'op- « pin ion que nous mettons tous peinne de secourir « noz gens; et pour riens ne les nous fault haban- « donner. »
Et ainsi chacun fust de ceste opinion ; et conclurent d'aller frapper au point du jour sur le siège et de laisser grosse embusche derrière eulx, et que ceulx de la place sauldroient où ilz estoient, une bonne compaignie. Et pourroient trouver, à la grâce de Dieu, les ennemyz en tel derroy qu'ilz pourroient lever le siège, ou destrousser ung guet, ou gaigner l'artillerie, ou encloer les bombardes, retirer les gens malades et bleciez et en mettre de frais, et ce peu de vivres qu'ilz auroient mettre dedans; et quelque mal feroient-ilz à leurs ennemiz et verroient leur convine ; et se retireroient par le moyen de l'embusche qu'ilz laissoient derrière; et, eulx retraiz, chevaucheroient sur le siège tellement qu'il ne leur vendroit plus nulz vivres et que
1. Jeaa Cliartier (ch. 78) donne le môme chiffre; mais pour les Anglais, qui étaient commandés par le bâtard de Salisbury et Matthew Gough, il se contente do dire « une grande année. »
nulz de ceulx du siège n'yroient plus aux champs ; et par ce moyen se pourroit lever le siège, ou cognoistroient tellement la convine de leurs ennemiz que, se Dieu leur envoioit quelque renfort de gens, ilz les pourroient legièrement combatre et , au piz faire , feroient ilz avoir composicion à leurs amyz ; et ce sont droix exploitz de guerre, qu'on doit tousjours faire, posé ores que l'en soit le plus foeble. Car, par force de travaillier et diligence faire, on se trouve souventeffoys le plus victorieux. Ainsi donc on se doit tousjours exploictier au fait de la guerre; car faultes y sont exploits. Et se doit-on tousjours mettre à son devoir; et qui ne peut par force, quière par subtilité; et tousjours la guerre requiert exercite et souvent veoir ses ennemiz.
Or * est ainsi que le Jouvencel et sa compaignie chevauchèrent jucques à trois lieues prez du lieu où estoient leurs ennemiz au siège-. Et là se logièrent sur une rivière ^, où il y avoit une tour fortifiée tenant le party du Jouvencel^. Et avoit en celle tour de bonnes gens de guerre, qui leur monstrerent et aprindrent beaucoup de la convine de ceulx du siège, et firent au Jouvencel et à sa compaignie le meilleur recueil que possible leur fut ; et offrirent au Jouvencel de le loger dedans la tour ; ce qu'il ne voult faire. Car
1. En mar^e dans le ms. A. : « C'est la destrousse que monseigneur de Bueil fist à Byvin. » Aujourd'hui Yivoin (Sarthe, arrondissement de Mamers, canton de Beaumont-sur-Sarthe.)
2. J. Ghartier dit quïl y avait cinq lieues de Vivoin à Saint- Génery.