Var. : « coureurs. » A. C. F
« sont plus obeissans aux chiefz, et en fine l'en mieulx « quant on a à faire. Se tu chcvaulches à cent ou à « v*" ou à mille, à l'adventure, sans sçavoir propre- « ment que tu dois trouver, sinon que tu vas ou pais « de tes ennemys sur espérance de rencontrer ou « d'estre rencontré, tu dois avoir gens devant, der- « rière et aux costez pour garder que tu ne soyes sur- « prins. Aussi pour sçavoir des nouvelles; car tu vas « pour sercher nouvelles. Mais, se tu estoies sceure- « ment adcertené de trouver gens en ung logis ou en « chevauchant, ne envoyé nulles gens devant, sinon « en tappinaige, et fay, se tu pues, que tu leur portes « la nouvelle de ta venue toy-meismes. Tousjours estce il besoing que gens assaillent les premiers, s'ilz « puevent, sinon en ung cas : s'ilz treuvent leurs « ennemys en ung pais estroit ou en ung passaige, ilz « doivent mettre paine de les en tirer, s'ilz pevent, « par coureurs ou autrement. Et le doit-on bien prendre « froidement, car, se les premiers sont reboutés, maisce huy on n'y fera beau fait. Et beaucoup de gens desi- « rent assaillir leurs ennemys en ung passaige, et est la « chose bien raisonnable voire bien froidement prinse « et conduite. Et croyés que en guerre c'est l'une des « bonnes vertuz qui y soit après hardiesse ; (car sans « hardement nul n'aura ja bonne conduite^ ;) c'est « d'estre froit et pourveoir avant la main aux inconve- « niens qui pevent advenir, qui le puet faire. Car il y « en vient de si soudains aucuneffois que à paine puet-
]. Var. : « Et croiez que, en fait de guerre, avec hardiesse discrétion est la meilleure chose qui soit; car, comme sans hardiesse riens n'y vault, aussi sans discrétion on n'y fera ja bonne conduite. » Ed. Vérard et Lenoir.
ce on avoir ^ loysir de penser à riens. Mais ung bon « homme de guerre doit tousjours penser aux choses « qui lui pevent sourvenir. Et, en ce cas de neccessité, « il doit faire ces choses chauldement^. Mais ceste « challeur vient de froideur ; car il doit estre tout délice beré et de froit sang, avant la main de ainsi le faire, « quant le cas y eschiet. Ainsi c'est ung propos délice beré et de froit sang. Pour ce je dy que ceste chal- « leur est de froideur et ne doit pas proprement estre « ditte ne nommée challeur, mais dilligence, qui est « bien requise en guerre^. Les causes pourquoy je dy « qu'en ung passaige on doit saigement et froidement « assaillir ses ennemis, est pour ce que vouUentiers « les passages sont estroits et mauvais et ne y puet « on pas assembler à ses ennemys à son aise. Et pour « ce, quant les premiers sont reboutés, maishuy on « n'y fera pour l'eure plus riens pour le mauvais pasce saige. Les couars ne s'en puent fuyr'^; et, s'il y a « bonnes gens devant, ilz retourneront et aideront « aux derreniers, et garderont les autres d'eulx enfuyr ; « et, au tourner qu'ilz feront, trouveront leurs enne- « mis vouUentiers meslez parmy leurs gens. Et ceulx « qui sont desja dedens le pas ne craindent plus à y
1. « ....qui le peut faire. Mais en telz estroits passaiges, hardiesse passe tout; car il vient de si soudains fais qu'on ne peut avoir, etc. » Éd. Lenoir.