‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 300 sur 321 · Troupe de coquins et de voleurs. (Duc · texte numérisé non relu

Troupe de coquins et de voleurs. (Duc

« gens que ceulx qui y sont de présent, qui montent « de vu à VIII mille hommes, à tout estraindre. Mon- « seigneur, je vous ay respondu, ce me semble, à « tout ce que vous m'avez demandé. » — « Or, dit le « comte de Parvanchières, Mareschal, saillez ung peu « dehors et ne vous eslongnez pas; car on vous fi appellera tantost. » Ainsi saillit le Mareschal.

Et puis dit le comte de Parvanchières au Roy : « Sire, vous avez ouy tout ce que vous a dit le Mares- « chai de Grathor. » Dit le Roy : « Beau cousin, deman- « dczen^ » Adoncques demanda le conte de Parvanchières à ung Maistre d'arbalestriers % qui fut là, et lui dist : « Debatez ^ encores avec le Mareschal de fi Grathor; et puis dittes vostre oppinion. »

Et tantost on fit appeller le Mareschal de Grathor. Et, quant il fut entré, le Maistre des arbalestriers luy demanda ainsi ^ : « Monseigneur le Mareschal de Grathor, « vous avez dit, ce me semble, que ces gens-cy sont en « trois parties logiez, et que l'une des trois parties ne « peult aider aux deulx autres. Pensez-vous qu'ilz « demeurent ainsi qu'ilz sont? Ges trois logeiz que « vous avez dit, les tenez-vous pour trois sièges? Gar « aucuneffoys on se loge, et desloge-l'en de devant fi une place pour approcher plus prez. Et on ne tient « pas telz logeiz pour sièges, jusques ad ce qu'ilz

1. Var. : « demandez-en aux assistans. » Éd. Vérard et Lenoir.

2. Le maître des arbalétriers à l'époque du siège d'Orléans était Jean, sire de Graville.

3. Var. : a et lui dist : « Vous avez oy le mareschal? » Respondit : « Oyl. » — « Alez, dit le conte, à lui et débatez, etc. » Ed. Vérard et Lenoir.

•i. Var. : t ot puis dictes vostre opinion. Si alla le maistre des arbalestriers et lui demanda ainsi : » Id.

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« soient de tous poins demourez ; et les dit on sièges, « quant ilz sont de tous poins arrestez sans desloger. » — « Monseigneur, dit le Mareschal de Grathor, « sans faulte ilz ne bougeront plus de là ; car ilz se « y logent et rompent les chemins et venues de « tous costez et nous gardent noz trois portes. Et est « la cause pourquoy ilz se sont miz en trois parties. « Mais nous avons advisé ung lieu en nostre ville par « où nous povons faire percer ung trou en nostre « muraille pour saillir, quant le secours nous vendra, « ou pour y mettre gens, si nous en avons, à beson- « gner. » — « Or ça, dit le Maistre des arbalestriers, « je vous entens bien. » Et dit au conte de Parvan- « chières : « Monseigneur, il me semble que le Mares- « chai de Grathor ne doit bouger d'ici pour ouir nos « opinions ; car tousjours nous advertira-il de quelque « chose. » — « Vous plaist-il. Sire? dit le conte de « Parvanchières. » — « Ouy, dit le Roy, car je me « dehbere de les secourir. » — « Or dittes, monsei- « gneur le maistre, dit le conte. »

Adonc le Maistre des arbalestriers commença son oppinion et dit : « Il me semble que, o la plus grande « dilligence que possible sera, vous devez secourir ces « gens-cy, puisque c'est vostre plaisir de le faire. Et ce « que vous povez faire aujourd'uy, vous ne devez pas « attendre à demain. Vous avez voz gens prestz. Et « pour ce je seroye d'oppinion que vous en envoys- « sez le Mareschal de Grathor, qui est icy, o toute « dilligence, pour dire au Jouvencel, au viel cappi- « taine de Grathor et au sire de Rocqueton vostre « venue, et non que à ces trois, s'il luy est possible « de rentrer dedans. » — « Ouy, dit le Mareschal

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« de Crathor, je rentreray bien sans nulle double. » Lors dit le conte de Parvanchières : « Je suis d'oppi- « nion doncques que vous en aillez o la plus grant diii- « gence que possible vous sera ; et dittes à ceulx à qui « le devez dire, que sans nulle double le Roy vous « secourra, comme vous avez oy ; et de là vous ressaillez « dehors, se possible vous est, ou envoyez autre homme « seur, par qui vous mandez ce que vous aurez trouvé « en la place et l'oppinion de vous et autres gens de bien, « qui serez là. Car vous trouverez beaucoup de nou- « vellelez; et n'est pas que ceulx qui sont demourez « n'aient apriz beaucoup de choses puis vostre parte- « ment. Et le Roy fera sa diligence d'envoyer son « armée le plus tost qu'il pourra. Et, avant vostre a partement, vous saurez le temps que vostre secours « sera prest, quant le Roy, nostre souverain seigneur, « qui est icy, sera conclud et délibéré. Je croy bien « qu'il fauldra que nous saichons de voz nouvelles à « Luc. Et, selon voz nouvelles et la puissance que le « Roy pourra trouver, nous besongnerons. Car icy on « ne peult conclure telles choses ; et fault qu'elles se « concluent sur les lieux et selon ce que on treuve. Et « tous ceulx qui en veullent autrement parler, fault « qu'ilz devinent. Car les disposicions des choses « donnent le conseil; et icy on ne les peut savoir. Et « en ce cas n'y a que une seulle chose : s'il plaist au « Roy, nostre souverain seigneur, délibérer de lever « ce siège, o la grâce de Dieu, il se conduira ce que « jîossible en est à faire aux hommes. Le surplus en a est en Dieu. Et pour ce fault remettre la manière « de la conduite à Luc, là où nous orrons de voz nou- « velles. El, (]uant plus avant yci en parlerons, il

« nous faudroit changer propotz et n'en seroit pas « nostre fait si secret. Et pour ce je dy par mon c( oppinion qu'il n'y a à dire, sinon que le Roy veulle « délibérer et conclure vostre secours. Je say qu'il a « le voulloir, le savoir et le povoir de ce faire, quant c< il lui plaira. Et des diligences qui sont à faire en « ceste matière, vous n'avez besoing, monseigneur le « Mareschal de Grathor, d'en savoir riens. Et n'avez c( affaire, sinon de vous en aller, affin que ne perdiez « temps. Et pour ce je suis d'oppinion que le Roy « vous secoure en toute dilligence et qu'il n'y espargne « riens. » — « Monseigneur, dist le Mareschal au conte « de Parvanchières, c'est bien dit. Et, quant aux dili- « gences et ad ce qu'est neccessaire à faire et il vous « plaira m'en demander, j'en diray ce que en sauray. « Et pour l'execucioni faire, quant nous serons à Luc « et aurons ouy les oppinions et rapport de ceulx de « Grathor, j'en diray mon oppinion au mieulx que le « pourray. »

Puis demanda le conte de Parvanchières l'oppinion aux aultres ; et demande aux deux Mares chaulx^, l'ung après l'autre, qui tous deux furent de ceste oppinion; à l'Admirai 3, puis à tous les chevaliers et conseilliers* qui la furent; à deulx prelatz, qui y estoient ; et ad ce qu'il y avoit des seigneurs du sang, pareillement par ordre ainsi qu'il leur appar-

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