‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 311 sur 321 · Var. : « au dessus. » B. Éd. Vorard · texte numérisé non relu

Var. : « au dessus. » B. Éd. Vorard

quoy estoit de neccessité que le conte de Parvanchières fist bon guet. Il estoit homme diligent et vaillant et en peu de heure il eust fortifié son logeiz tellement qu'il fut en seurté. Et, pour la première nuyt, il y eust deux cens hommes à cheval, la lance au poing, qui furent jusques à mynuit encontre le bout du pont en ung petit boys, qui y estoit, pour savoir s'il sauldroit homme, et grosses escoutes jusques sur le bort du pont et trois cens lances, qui y furent depuis mynuyt jusques à hault jour, sans le guet, qui estoit au logeiz, où ilz estoient, en habillemens prestz à recevoir leurs ennemyz.

Ainsi passa celle nuit le conte de Parvanchières, et le lendemain il fut tellement cloz et barré qu'il n'eust plus besoing, fors d'escoutes aux champs et grotz guet en son logeiz; car il avoit grant foison mennouvriers amenez quant et luy.

Ce jour eust une grosse escarmouche commencée par ceulx de Crathor; et puis saillist grant nombre de gens du logeiz du conte de Parvanchières, qui y vindrent par la ville. Le conte avoit deffendu que nul ne allast droit au pont; car ce jour il vouUoit délibérer bien arreement^ ce qu'il avoit à faire. Et tandiz qu'il tenoit conseil là, où estoient les chiefz, les seigneurs de son armée et tous les gens de bien de Crathor, les compaignons commencèrent l'escarmouche du costé de Crathor, si oultraigeuse qu'ilz vindrent jusques au champ charger leurs ennemyz-. Et, quant le duc Baudouyn, le conte

\. Cet adverbe du verbe « arreer, » qui signifie : préparer, disposer. (Ducange, Godefroy.) 2. Var. : « Les compaignons menèrent si asprement l'escar-

d'Orte et messire Guillaume Boucqueton', qui estoient chiefz du siège, vidrent cest oultraige, dirent les ungs aux aultres : « Ces gens yci nous mengeront, qui leur « vouldra souffrir. Il faut leur monstrer que nous « n'avons point perdu le cuer. » Et adonc saillirent de leur champ à puissance, les banières au col. Et vindrent charger les gens au conte de Parvanchières, tellement que à peu ilz n'entrèrent dedans la ville de Crathor. Et y en eust beaucoup de mors et de priz.

Et sur ce on vinthuchier au conte de Parvanchières, où il tenoit son conseil, et dire le cas tel qu'il estoit. Mais il n'en fit pas grant compte et dit : « Les folz font « les fohes. Qui a les coups, si les boyve~. Si n'y « fussent pas alez sans congé. Encores avoye-je def- « fendu que on ne fit riens ou peu ennuyt. Et en de « telz qui sont pris ou mors, ainsi que je entens, que, « s'ilz fussent revenus, ilz en eussent esté pugniz. » — « Monseigneur, dit le Jouvencel, ilz estoient allez à « la ville et ne pensoient en riens à l'escarmouche et, « quant ilz ont veu le bruit, ilz sont sailliz et n'enten- « doient vostre deffence sinon decy au pont. Car, par « la ville, il leur sembloit qu'ilz ne povoient periller. « Et noz gens ont commencié ceste folie pour le cour- « raige qu'ilz ont de vostre venue. » — « Or ça, dist

mouche qu'ilz cnlrerent bien avant jusques dedens le siège de leurs ennemis. » B.

1. Le duc Baudouyn est le duc de Bodford {Commentaire, XIV) ou désigne un lieutenant général (juelconque du roi d'Angleterre ("V. p. 2 et 'i); — le comte d'Ortlie désigne le comte d'Arundel {Commentaire, XXXVIII, et plus haut p. 4); — enûn messire Guillaume Bouquetou signifle Matthcw Gough (Matago) {Commentai rc, XXXI).

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