‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 310 sur 321 · Var. : « imi grant corapaignie. » C. F · texte numérisé non relu

Var. : « imi grant corapaignie. » C. F

« dire de toy. » Et dist ancores : « Il fault faire ung « coup aprez ho. » — « Sur mon ame ! dit le Jouven- « cel, il est encores assez du jour, s'il vous plaist, « pour faire beaucoup de choses. » Puis dist le conte : « Il fault parler à noz compaignons, et puis nous « verrons qu'ilz diront. »

Ainsi marcha le conte et sa compaignie, le Jouvencel, le viel cappitaine de Grathor, le sire de Roqueton et le Mareschal de Grathor droit aux autres seigneurs, qui estoient en la bataille ; et là assembla les deulx Mareschaulx, le Maistre des arbalestriers , l'Admirai et autres seigneurs et cappitaines, pour conclure brief ce qu'ilz auroient à faire.

Ainsi que ilz estoient ensemble, arriva Gonnin, qui venoit de devers le siège et dit au conte : « Monsei- « gneur, et voz aultres, Messeigneurs, je vous asseure « que ces gens illec sont en belle bataille et en belle « ordonnance, et ont eu voulenté deux ou trois foys « de saillir hors leur parc. Je ne scay si c'estoit pour « venir courrir sur nous ou pour eulx enfouyr ou « pourquoy ce est. » — « Pourquoy que ce soit, dit ft le conte, avant que nous départons, on verra qu'ilz « ont sur le cuer et nous aussi. »

Après les parolles de Gonnin, le conte racompta les paroUes que luy avoit dictes le cappitaine de Grathor, et lui dit : « Gappitaine, dictes ce que vous semble que « avons affaire, franchement, devant tous ces seigneurs « yci. » Et le Gappitaine respondist : « Monseigneur, « il n'en fault point faire la petite bouche en leur foret tiffication. Vous ne leur mesferez ja; et seroit très « grant folie à vous de les y assaillir ; ne jamaiz ne « seray de ceste oppinion pour les raisons que je I 13

« VOUS ay dictes et que vous dy encores. Et, pour « vous dire brief, vous n'avez party que cellui que je « vous ay dit, qui est si grant et si bon qu'il me « semble que vous ne le devez pas refuser. Et Dieu « vous a donné cest avantaige sur eulx; si vous le « reffusez, il vous en pourroit bien mal prendre. » — « Messeigneurs les Mareschaulx, dit le conte, qu'en « dictes vous? Et vous, monseigneur le Maistre des « arbalestriers , et Admirai et vous autres, messei- « gneurs? » Chascun respondit : « II dit bien, Mon- « seigneur. C'est le party que vous devez prendre et « non aultre. »

Adoncques ilz marchèrent et entrèrent en la ville, les sains ^ et trompettes sonnans à grant joye et à grant hu. Les seigneurs s'en allèrent à Sainct-Symplîorien^, qui estoit la grant église, dire leurs devocions et regracier Nostre Seigneur des biens ^ que tousjours leur faisoit. Et, ce fait, ilz marchèrent oultre et allèrent logier au Bourg-Neuf, ainsi que conseillié avoit esté. Et, quant ilz furent là, ilz visitèrent le logeiz et se barrèrent et fortiffierent contre ceulx du siège, neantmoings qu'il y avoit une rivière entre eulx et leurs cnnemyz. Mais il y avoit ung pont qui estoit jusques encontre le champ de leurs ennemyz, et en estoient seigneurs les adversaires et povoient passer, quant il leur plaisoit. Et neantmoings avoient ung gué à leur commandement au-dessoubz* du pont. Pour

1. Var. : « buysines. » R. « cloches. » Éd. Vérard. — Le mot « sains » veut dire cloche {signtim). (Duc.)

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