‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 34 sur 321 · INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE

qu'ayant affaire à de la jeunesse française, il ne s'était point attendu à autre ciiose qu'à une bravade sans conséquence. »

Il est certain que les dispositions de Rodrigue étaient en contradiction complète avec le principe de tactique, alors reconnu, et proclamé par le Jouvencel, que l'offensive appartient à la cavalerie^ tandis que Tinfanterie doit attendre Tattaque ^ Bueil, il est vrai, violait aussi le second de ces préceptes, en attaquant à pied des hommes montés ; mais il le faisait en vue d'une situation exceptionnelle.

En cette occurrence, le caractère et la conduite des deux adversaires est digne de remarque. D'une part, un homme d'âge mûr, soldat de fortune, commandant à des mercenaires disciplinés. Certes, Rodrigue connaissait son métier; mais il appartenait à l'ancienne école, qui avait appris la tactique par routine plus que par raisonnement. D'autre part, des milices pleines d'ardeur et déjà aguerries. A leur tête, un capitaine de vingt-six ans, qui fera plus tard, dans le Jouvencel^ une exposition, remarquablement vivante et lumineuse, de principes tactiques qui commençaient à se transformer à la moderne ^. Les mêmes qualités, qui assuraient alors aux Français de l'Ouest leurs premiers succès sur les solides traditions de l'armée anglaise, devaient faire pencher la balance en faveur de Jean de Bueil.

Le vaincu des Ponts-de-Gé, très irrité de sa mésaventure, abandonna l'Anjou pour la Touraine. Au commencement d'oc-

1. Jouv., 2' part., lin du ch. viii. — C'était im principe capital alors, vu le peu de solidité de l'infanterie du temps. Bien inférieures à la phalange macédonienne, à laquelle elles ressemblaient, les batailles de gens de pied du moyen âge se désunissaient durant la marche, et offraient alors une prise facile à l'ennemi. L'art suprême consistait donc à se faire attaquer [)ar l'infanterie ennemie. La défensive, avec de bons archers, contre une mauvaise infanterie et une cavalerie lourde et imprudente, tel fui le secret des victoires anglaises. A la (in du siècle, l'auparition de l'infanterie suisse, qui, ayant i)eu de cavalerie, était bien lorcée de prendre l'olfensive, devait bouleverser ces notions.

2. A un jjuint de vue dilVérent, Rodrigue représentait, au contraire, l'institution moderne de la force permanente, tandis que Bueil commandait il des milices féodales.

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tobre, il se trouvait à la Haye sur la Creuset Bueil le suivit au

sud de la Loire et courut s'enfermer dans la place deMirebeau,

qu'il détenait alors 2. «Aucuns, dit Tringant, ne furent pas

« contents de la destrousse dudict Rodrigue,... estant en auc-

« torité autour du Roy \ » Ces grands personnages envoyèrent

donc, devant Mirebeau, des forces considérables, commandées

par Lyonnet et Poncet de Rivière ^ qui ravagèrent le pays et

emmenèrent avec eux tout le bétail des environs. Les Angevins,

qui avaient trois fois moins de monde, ne purent l'empêcher,

mais le lendemain ils prirent leur revanche. Les ravisseurs se

retiraient vers la Haye, pour y joindre Rodrigue. Après une

longue étape, ils s'étaient arrêtés à la Bussière^ fatigués et

embarrassés de leur butin. Bueil, les ayant atteints au point du

jour et au moment du réveil, les mit en déroute, reprit son

bien et leur enleva tous leurs étendards.

Cependant Rodrigue, en train de panser ses blessures à la Haye, cherchait à se récupérer de ses pertes. Il criait à l'injustice, se présentait comme une innocente victime, et prétendait que les Tourangeaux lui devaient une compensation de la détrousse subie en Anjou. La cour était alors à Amboise. Charles d'Anjou s y trouvait aussi, et malgré le désir qu'il pouvait en avoir, il évitait de s'éloigner, de peur de perdre l'oreille du Roi. 1\ manda aussitôt auprès de lui le sire de Tucé, baiUi de Touraine, pour conférer sur cette affaire, qui mettait en jeu toutes les influences rivales. En attendant, Rodrigue continuait ses réclamations. 11 prétendait, entre autres, que la cité de Tours devait, lui fournir un coursier, pour remplacer

1. La Haye-Descartes, ch.-l. de cant., Indre-et-Loire, arr. de Loches.

:• r £:"* ' ^^- '^' ''affaire de CMteau-Fromont et de Mirebeau.

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