‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 57 sur 321 · C'esl-A-dire en aval, sur le cours de la Loire · texte numérisé non relu

C'esl-A-dire en aval, sur le cours de la Loire

1435] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. Ixxiij

chargé Bueil de mettre en défense une ville frontière * et priait Tours de bien vouloir l'aider en hommes et en matériel. Les habitants montrant peu d'empressement à répondre, de leurs personnes, à cette invitation, la ville décida de consacrer une somme de cinquante livres tournois à l'achat d'un matériel de guerre, peu après expédié, par eau, à Angers, pour l'usage de Bueil 2, Quelle était la place inconnue que ce dernier était chargé si précipitamment de mettre en défense =*? Nous l'ignorons; mais il s'agissait sans doute de quelque localité rapprochée de la Loire et menacée par l'invasion subite d'un ennemi venu du Maine ^.

En effet, si les Français gagnaient du terrain au nord, les Anglais étaient loin de rester inaclifs au sud. C'est ainsi qu'au mois de septembre USfi, la ville de Tours en était réduite à craindre une incursion de Mathieu Gough et de la garnison du Mans^. Grâce aux places qu'ils avaient dans cette région, les ennemis pouvaient fort bien se présenter, sur la Loire, au même moment où les Angevins faisaient campagne en Normandie ou

1. Le texte dit ; « une place sur les marches des A ... s. » Le dernier mot est illisible. 11 faut, sans doute, suppléer Angloys.

2. Reg. des Comptes de Tours, XXVI, fol. 47. «... à Etienne Bouchart, « 43 livres pour 9 grosses coulvrines, garnies chacune d'un moule et a d'une douzaine de plomraées, six livres de pouldre de canon et une « grosse arbaleste d'if... données et envoyées par les bourgeois et habi- « lants de la ...ville, à monseigneur de Bueil, pour les causes, contenues « es lettres dudit consentement. » Le mandement des élus est du 31 juillet 1435. — L'on remarquera que, les projectiles étant en plomb, ces couleuvrines n'étaient pas destinées à servir contre des retranchements.

3. Peut-être était-ce Sablé. Le fleuve était alors le chemin le plus direct pour y transporter de Tours un matériel pesant. Cependant, Sablé, place importante, devait être, en tout temps, en état de défense.

4. CeUe invasion ne pouvait guère venir de Normandie, les Anglais ayant été fort occupés, au commencement de l'année, dans cette province, par les révoltes et les incursions, auxquelles avait succédé alors le siège de Saint-Denis.

5. Reg. des Comptes de Tours, XXVI, fol. 112 v°. La ville envoie jusque près du Mans la femme Bouchart (même nom que celui du fournisseur de couleuvrines), pour aller aux renseignements. L'emploi despions du sexe féminin était alors très fréquent et il en est souvent fait mention dans ces registres ainsi que dans le Jouvencel.

Ixxiv INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1435

aux environs de Paris ^ Pendant que Bueil était à Tours, Saint- Denis avait été surpris par les Français-. Les Anglais revinrent bientôt en force pour Passiéger, aidés d'un grand nombre de Bourguignons qui combattaient pour la dernière fois à leurs côtés ^. D'autre part, le bâtard d'Orléans avec le sire deLohéac, Bueil, Loréet les gens de l'Ouest formaient, en septembre ^AB^, une armée de secours, au Pont-de-Meulan qui venait d'être enlevé à l'ennemi''.

Tandis qu'on cherchait ainsi à débloquer Saint -Denis très menacé, un poursuivant anglais, envoyé par sir Thomas Kiriel et Mathieu Gough, vint annoncer aux Français que ses maîtres se trouvaient à Étrépagny^, avec huit cents hommes, et qu'ils comptaient pousser plus loin pour renforcer l'armée assiégeante. Mathieu Gough ne pouvait oublier que Bueil l'avait battu et pris à Beaumont, peu d'années auparavant, lorsqu'il croyait déjà tenir la victoire". Il ne devait pas être plus heureux cette fois. Loré et Bueil, auxquels ce défi était particulièrement adressé, montèrent à cheval avec leurs compagnies "^^ marchèrent à la rencontre des ennemis et les défirent complètement. Mathieu Gough, démonté et errant à pied dans les champs, fut fait pri-

1. Ces faits caractérisent bien une situation militaire très complexe et dénuée de ces grandes lignes qui servent de guide à l'historien.

2. Le 1" juin 1435. — Chartier, ch. 101. — Monslrelet, V, ch. clxiv. — Tringant, XXV. — Gruel, p. 305 et ss.

3. Les négociations se poursuivaient alors activement, à Nevers, d'abord, au commencement de l'année 1435, puis à Arras, dès le mois de juillet.

4. Cliarlier. — Il est impossible, ainsi que le prétend Vailet de Vir. (II, 346), que Saint-Denis se soit rendu aux Anglais le même jour où Meulan était pris (24 sept.). En effet, l'armée de Meulan avait été précisément réunie pour sauver Saint-Denis. — Meulan, sur la Seine, à dix lieues au N.-O. de Paris, était un point très important pour le ravitaillement de la capitale.

5. Eure. — Chartier dit Gisors, qui est un peu plus à l'E., et Berry dit Pontoise. Du reste, ces trois localités se trouvent sur la route de Rouen à Saint-Denis, route que suivait sans doute le détachement anglais.

6. Tringant, /. c, et plus haut, fin du ch. ni, à Saint-Célerin.

7. Tringant, XXV. — Bueil avait amené à l'armée cent vingt lances. — Berry (éd. Godefroy, p. 391) raconte le combat un peu dill'ércminent. Suivant lui, Bueil et Loré se seraient placés en embusrade, à la nuit.

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sonnier pour la seconde fois ^ Malgré ce brillant épisode, le but pour lequel l'armée s'était rassemblée ne put être atteint. Les Anglais, en effet, s'étaient entourés de lignes de circonvallation. En outre, ils avaient inondé les environs de Saint-Denis et se gardaient bien de sortir de leur camp. La place, qui manquait de vivres, dut se rendre ^ et eut ses fortifications rasées ^.

La perte de Saint-Denis n'avait pas empêché les Français de prendre Pontoise au mois de janvier -1436 et le château de Vincennesen février^ Gomme, d'ailleurs, ils tenaient Melun sur la Seine^ et Lagny sur la Marne, Paris se trouvait à peu près bloqué, et, grâce à de nombreuses intelligences, le parti national s'attendait à y rentrer prochainement". Durant cette campagne d'hiver, Bueil était à Poitiers avec le Roi, alors occupé à préparer la chute delà capitale. Le 3 mars, Charles signait les lettres d'abolition attendues par cette ville ^ Le 8, il nommait le connétable lieutenant général dans tous les pays exposés à la

1. Plusieurs sujets français, faits prisonniers, furent mis à mort.

2. En septembre, ou plutôt octobre 1435. Elle avait été défendue par le maréchal de Rieu.

3. Le voisinage de cette place forte était, en effet, un danger pour Paris. Il était bien tentant, pour les Français, de s'y établir. — A la fin de l'année, un soulèvement analogue à celui de la Basse-Normandie éclata dans le pays de Caux et mit, en six semaines (déc. 1435-févr. 1436), aux mains des Français toute cette région, sauf Caudebec. Mais, au bout de la campagne (même année), Français et Anglais le ravageant à qui mieux mieux, ce pays si riche se trouva ruiné et désert. Les Français, désunis et battus, durent l'évacuer. La population fit de même. — V., Basin, 1. III, ch. IV et T, les malheurs des Cauchois, dont deux cent mille périrent.

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