‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 6 sur 321 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire. — Éducation militaire de Jean de Bueil. — Ses débuts à Veriieuil (1424). — La Hire et ses élèves. — Prise de Marchenoir et du Ludo (1427). — Expédition du Miins (1428). — La ville de Tours et les gens d'armes ; Buoil occupe la ville (1427-1428). — Bueil compagnon de la Pucelle (1428-1429). Opinion de Tringant. — Bueil à Chàteau-1 ilermitage (tm de 1429). — La situation dans TOuest.

Jean de Bueil eut pour mailre, dans l'arl de la guerre, le vicomle de Narbonne, auquel il servit quelque temps de page et qu'il suivit à la bataille de Verneuil ^ C'est dans cette désastreuse journée que Jean, âgé de dix-huit ans, fit ses premières armes, en compagnie du jeune duc d'Alençon ^.

L'armée française, (|ui comptait vingt mille chevaux, non compris un corps d'Écossais, marcha de la Loire sur Châteaudun, dans le but de faire lever le siège dTvry'. Les Anglais étant venus offrir la bataille, on l'accepta pour complaire aux Écossais ^ Les Français, « comme outrecuidés, » s'avancèrent à pied, les deux ailes seules restant montées, manœuvre qui passait alors pour le comble de l'imprudence^. .\u centre, la bataille

1. 17 août 1424. — Chronique Martinienne, avec additions, éd. d'Aut. Vérard (Bibl. iiat., Réserve), fol. 275. — Chronique d'Alençon, nis. Duchesne, 48, fol. 122 v». — Chronique de Raoulet, dans Jean Cliarlier, éd. Vallet de Viriville, III, 184 et s. — Robert Ga^uin, Compendium de Fruncornm yeslis, Paris, 1500, f" cxv et s. — Vallet de Viriv., Bist., II, 416. — Quiclierat, Rodr. de Villandrando, p. 25.

2. Triii;;aiil, III et V. —Jean V, duc d'Alençon, né le 2 mars 1409, succéda, en l'il.'). à son pcic Jean IV tué à Azincourl. Pris à Verneuil et délivré en l'i27, il meurt en 147G.

3. Ivry (Eure) était assiéf^é |)ar Beiiford et les Bourgui{;nons.

4. Uist. de (harles VU, par Jean Cliartier, 1, (ii. xii, éd. Vallet de Viri\ille. Paris, 1858, 3 vol.

5. Jouvenccl, 2" i)arlie, lin du cli. ix et s. et cli. xvn. — D'après ce dernier passage, non seulement les Fran(;ais marchèrent à l'ennemi A pied, « et se déroyèrenl, » c'est-à-dire perdirent leur ordonnance (connue à

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du vicomLt' de Narbonne, composée des auxiliaires espagnols*, fut la première rompue et son chef tué ^. Alençon, plus heureux, fut retrouvé vivant parmi les morts et fait prisonnier.

A x\zincourt, Bueil avait perdu sa farmille; à Verneuil, il perdait ses amis=*. La mort du vicomte de Narbonne interrompait pour son élève cette éducation féodale et de plus en plus militaire, que tout jeune noble recevait au service de son suzerain ou de quelque chevalier de renom. La Hire devait achever de le former^. Nul. plus que cet infatigable partisan, n'était capable d'initier Jean de Bueil aux finesses de Tart de la guerre, tel qu'on le pratiquait alors, c'est-à-dire aux surprises, aux coups de main, aux stratagèmes. Mais La Hire n'apprenait pas seulement au Jouvencel à ruser avec l'ennemi : il lui enseignait aussi comment on acquiert cette force morale qui contrebalance parfois la force matérielle^.

Azincourt et ailleurs); mais encore ils placèrent devant leurs gens de pied une partie de leur cavalerie qui, en reculant, mit le comble au désordre. Ils avaient été, en outre, privés du secours d'une partie de leur armée. Les Lombards s'étaient dispersés pour piller, et le baron de Coulonces (Jean de la Haye) s'était retiré à l'écart avec sa division, le duc d'Aleiiçon ayant voulu prendre le pas sur lui.

1. Raoulet, loc. citât. — Parmi ces Espagnols, (igurait sans doute Rodrigue de Villaadrando, que nous retrouverons plus loin.

2. Guillaume II ((ils de Guillaume I"), vicomte de Narbonne de 1397 à 1424. Les Anglais suspendirent son cadavre à un gibet, parce qu'il avait été à la mort du duc de Bourgogne. — Berry, Hist. Chronolog. du roij Charles VII, éd. Godefroy, p. 372. — Art de vérifier les dates.

3. Un passage du Jouvencel {i" partie, ch. xvi), où il est parlé de Bastilles, pourrait faire supposer que Bueil assistait, au lendemain de Verneuil, à la défense du mont Saint-Michel. Mais le fait qu'il ne put prendre part aux sièges de Compiègne (1430) et de Dieppe (1443), mentionnés dans le même passage, rend cette supposition peu vraisemblable.

4. Élienne de Vignolles, dit La Hire, né en Gascogne, mort à Monlauban le 11 janvier 1443. A partir de 1431, il guerroya surtout dans le nord de la France. — D'après la Chron. Martinienne (/. c. fol. 275 et s.), Antoine de Cbabannes, pris puis relâché par les Anglais, peu après Verneuil, fut ensuite six mois page de La Hire. La 2"' partie de cette Chron., qui est un résumé de l'histoire de France, renferme sur La Hire, et surtout sur Chabannes, des renseignements très circonstanciés. V. plus bas, passim.

5. D'après le Jouvencel (2" partie, fin du ch. xvn), il répétait à un dis-

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La résistance s'organisait sur le Loir et La Hire, alors capitaine de Vendùme', faisait une guerre acharnée aux Anglais. Bueil se tenait tantôt à Courcillon^, tantôt à la Marchère', tantôt à Vaujours^ De temps à autre, La Hire l'envoyait chercher pour quelque expédition. Jean V, au dire de Tringant, s'y rendait avec le personnel dont il pouvait disposer, « pour tousjours « aprendre le mestier : car c'estoit tout son entendement, et « autre plaisir n'avoit. » En effet, ce goût passionné pour les armes, qui devait, pendant un demi-siècle, mêler Bueil à tous les combats, et lui mériter le surnom de Fléau des Anglais^, était dès lors le trait distinctif de notre personnage.

La Hire et ses élèves étendaient aussi, dans la direction de l'Orléanais, des entreprises dont Tringant et le Jouvencel nous donnent un exemple caractéristique. Il y avait alors (septembre \ 427) une forte garnison de Bourguignons à Marchenoir ^. La

ciple, qui n'est autre que Jean de Bueil, cet axiome : « Il faut frapper les « j)rerniers coups pour n'avoir pas peur. »

1. Sous les ordres du comte de ce nom. — Tringant. — Registres des Comptes de Tours, XVII, 127 v° (nov. 1424 à ocl. 1425).

2. Le château de Courcillon subsiste encore dans la Sarthe, cant. de Chàteau-du-Loir, com. de Dissay-sous-Courcillon, non Uiin de Bueil. — Avant les Bueil, le (ief était possédé par la famille de Courcillon, qu'il ne faut pas confondre avec les Courcillon marquis de Dant;eau. — Pesche. — Tringant, V. — Plus bas, fin du cb. ni, à Courcillon.

3. La Marcbère, com. de Chemillé-sur-Déme, cant. de Neuvy-le-Roi, au N.-E. de Bueil, château reconstruit au siècle dernier. La seigneurie de ce nom a appartenu, pendant plusieurs siècles, aux Bueil, qui paraissent en avoir été les premiers possesseurs.

4. Vaujours, alors Valjoyeux (Vallis-Jocosa), appartenait encore à Hardouin de Bueil. — Courcillon et La Marchère étaient des fiefs appartenant déjà à Jean IV. De ces trois garnisons, dit Tringant, « il povoit « sallir de trente à quarante hommes à cheval et de trois à quatre cens « hommes à pied. »

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