‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 8 sur 321 · Guill. de Brézé · texte numérisé non relu

Guill. de Brézé

xiv INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1427

rir sus à cette foule. « Vous verres lanlosl, » ajoute-t-il, '( bon « esbatement. » Kn effet, faisant un détour pour arriver à couvert, la troupe vient fondre au beau milieu des badauds épars dans la prairie. « Oui veisl varlets et pages fuyr. femmes crier, « à qui il neiist rien coùslé, en eust voullentiers ri. » Aussitôt, le trompette de garde sonne l'alarme, et Bourguignons de sortir, qui à pied, qui à cheval, entre la barrière et la place. Bientôt, voyant leurs adversaires fuir comme effrayes, ils poussent au delà et les poursuivent; mais les Français, renforcés de leur réserve, tournent bride tout à coup et ramènent vivement les ennemis derrière la barrière. Cet obstacle, sur la protection duquel ces derniers comptaient, est jeté à terre. Tandis que les fantassins sautent à bas de leur monture et font usage de leurs traits, le détachement caché dans le fumier vient couper la retraite aux Bourguignons, et les assaillants pénètrent dans la ville pêle-mêle avec ses défenseurs. Peu de jours auparavant, La Hire et le bâtard dOrléans avaient enlevé, devise force, les lignes de Warwick et de Suffolk , devant Montargis. C'était le premier succès de quelque importance remporté depuis la défaite de Verneuil '.

Cependant le Vendômois et le Maine étaient gravement menacés. Rendues plus vulnérables par la défection de la Bretagne et l'amoindrissement de la situation du connétable, ces provinces furent envahies en septembre par Bedford, qui désirait frapper un grand coup ^. Les partisans français de

1. Le connétable de Richernont, alors occupé à consj)iior contre le favori La Trémoille avec les comtes de L'Ierinont et de Pardiac, n'eut aucune jtart à celle victoire. — Ciiarles, comte de Ciermont, t-tail le lils aîné de Jean l"', duc de Bourbonnais et d'Auvergne (prisonnier à Azincourl, et mort captif en Angleterre en janvier li34). Le comle Bernard de Pardiac, dit cadel Bernard, était le frère cadet du comlc d'Armagnac et le tils du coiinélablc de ce nom. 11 avail épousé une Bourbon. — Qu'\cheral, liodrir/ue de \ illandrando, j). 21 cl 88. — Gruel, Mémoires de Richernont {Mémoires histori(]ues, coll. Buclion, Vil, ili cl s.). — C/ironiques d'Anjou et du Maine, par Jean de Bourdiunc, uouv. éd. Angers. 1842, 2 vol. in-^. — 'Valicl de Viriv. — Beaucourl.

2. Beaucourl, Charles VU, 11, 28 et s. el 1.")0. — Le bàlard d'Orléans venait de conclure (17 juillet 1427), au nom de son frère, pour le duché

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l'Ouest n'en tentèrent pas moins de se défendre, Ambroise de Loré ' à leur léte. A la fin de la même année (1427), réduits à leurs propres forces, ils vinrent mettre le siège devant le Lude^. Les sires de Raiz^ de Bueil, de Montafîlant'', deTucé'*, le sire de Champagne *>, Pierre de Brézé ' et une foule de chevaliers d'Anjou, du Maine et de Touraine, le vicomte de

d'Orléans et les comtés de Blois et de Dunois, une trêve qui, jusqu'à la fin de 1428, devait garantir ces pays de l'invasion.

1. Ambroise de Loré et La Hire sont les deux chefs les plus en vue, à ce moment, dans celle région. Le [ireniier se tenait plus à l'Ouest, vers la Bretagne, partant de Sablé ou de Sainte-Suzanne. La Hire opérait plus à l'Est, comme nous venons de le voir.

2. Chron. de la Pucelle, l. c. — Chartier, — Tringant, VIII. — D'après ce dernier, c'est sur l'ordre direct du Roi (c.-à-d. sous l'influence de La Trémoille) qu'eurent lieu les deux expéditions contre le Lude et le Mans. Ce fait est confirmé par une quittance de Bueil (r. s. de Clair ambauU, 23, 1669), et par Bourdigné, II, 156.

3. Gilles de Laval, sire de Raiz ou Retz (v. plus bas, ch. m).

4. Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir et de Montafilant, gouverneur de Sablé en 1425 (Pesche, art. Sablé).

5. Tucé ou Tusse, aujourd'hui Lavardin (Sarthe), à treize kil. au N.-O. du Mans. Cette seigneurie, après avoir passé des Tucé aux Champagne, passa au xvi'= s., par mariage, aux Beaumanoir, seigneurs de Lavardin. De là son changement de nom. Ce sire de Tucé est (Tringant, XIV et XIX) Baudoin de Champagne, qui (d'après Chalmel, III, 340, et Pesche, à Lavardin et Pescheseiil) épousa Jeanne de Tucé, dernière de ce nom et veuve de Guillaume de Chourses (Busserolle et Pesche). Ce mariage ne saurait avoir eu lieu, comme le dit Pesche, vers 1477, mais est évidemment très antérieur. — Tucé, devenu beau-père de Louis de Bueil en 1432, a été bailli de Touraine de 1431 à 1440. V., dans Tringant {l. c), ses hauts faits devant Sentis, rapportés dans des termes analogues à ceux du Jouvencel (3' p., ch. m). — Arch. municip. de Tours. Reg. des Comptes, XVII, fol. 123; XXV, folios 38, 40, 103 r° et v% 112, 117. - Id. Reg. des Délibérations, tome IV, au 20 août 1437; "V, au 21 nov. 1432 et en juin 1435. — Mémoires de la Société Archéol. de Touraine, XI, 285. — Plus bas, ch. iv, nov. 1432. — Tucé vivait encore en 1447 : Escouchy. III, 253.

0. Proche parent de Tucé. On distingue la famille de Champagne du Maine de celle de Champagne d'Anjou. On trouve aussi des Champagne (Maine). — Pesche.

7. En Anjou (Maine-et-Loire, arr. de Saumur, cant. de Montreuil-Bellay). Ce personnage est le fameux Pierre II de Brézé, sire de la Varenne. sénéchal de Poitou, puis grand sénéchal de Normandie et comte de Maulevrier. Le grand-père de Pierre de Brézé (Jean) avait épousé Marguerite de Bueil, sœur de Jean IV et tante de Jean V. — Beaucourt, II, 297. — Vallet de Viriv., Hist., III, 102, et Notes généal. du même, Bibl. nat., ms. fr. 14851. — Mém. de la Société Archéol. de Touraine, XI, 319.

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Tbouars* et des nobles du Poitou, enfin trois ou quatre cents Écossais prirent part à cette expédition. « Vray est, dit Trin- « gant, que les Francoys commencèrent à prendre cueur, pour les a jeunes qui se faisoient hommes, et le pays qui se repopuloit. » A l'arrivée des Français, les Anglais firent une sortie; mais ils furent promptement refoulés par Gervaise Nardereau, lieutenant du sire de Fromentières 2. Jean Tibergeau, seigneur de la Mothe, capitaine des gens d'armes de lieaufort et du Louroux^, serviteur et vassal de Bueil et, suivant toute apparence, l'un des trois rédacteurs du Jouvencel*, s'y trouvait aussi. La brèche fut faite à coups de canons, sous la direction d'un ingénieur nommé Bessonneau, et la place emportée d'assaut^. La

1. Louis d'Amboise, vicomte de Tliouars, en Poitou, persécuté par Charles VII et La Trémoille, comme tenant le parti des Anglais, fut condamné à mort en 1431, puis gracié. Il meurt en 1469. — V. plus haut la note 2, p. V, et plus bas, ch. iv, en 1431.

2. Au Jouiencel, Guy de Frornentières figure sous le nom de sire de Chamblaïf ou du maréchal de Cralhor, et Gervaise, sous son vrai nom (Tringant, VIII et XVI, et Jouv., 2' partie, ch. v). — Frornentières, Maine-et-Loire (com. de Bauné), fief dépendant de Baugé et dont les seigneurs ont porté très anciennement le nom de Guy. — Quant à Chamblay, nous trouvons, dans Indre-et-Loire (com. de Saint-Aubin, cant. de Neuvy-lc-Roi), une ancienne chàtellenie de ce nom, relevant du duché de Vaujours, et, dans un hommage de 1458, un Guy de Frornentières, seigneur de Chamblay, vassal de Bueil pour Chasteaux (v. P. Justif. et à Port et Busserolle). Guion de Frornentières est. en avril 1439, capitaine de Château-du-Loir (Arch. municip. de Tours, Reg. des Comptes, .\.\VI, fol. 49 v). — Nous trouvons un Amaury de Fromentières en 1414 et 1447, mort avant le 18 mars 14.54. Guion de F. (probablement fils ou neveu de son homonyme) avoue tenir d'Antoine de Bueil, seigneur de Saint-Christophle, la seigneurie de la Faugère, le 26 nov. 1489. — V. Coll. de Touraine (D. Housseau), XIII, 1U811 à 10827.

3. Beaufort est au S.-O. du Lude. — Plus à l'E., le Louroux (Leroux), arr. de Baugé, coin, de Vernautes, abbaye ruinée par roccupation anglaise.

4. .Nous trouvons, à la même époque, un autre Jean Tibergeau, simple écuyer dans la compagnie de Bueil, à Tours (v. plus loin, même ch., 7 oct, 1428), qui est vraisemblablenienl le fils du précédent. Les Tibergeau étaient de Saint-Calais et vassaux des Bueil, comme seigneurs de la localité. — V. P. Jus(., à la date du 25 oct. 1465, un aveu de Jean V l)0ur Sainl-Calais. et notre Introductton liltéraire (|ui suit (t. I).

5. A une époque où l'artillerie prenait tout à cnup une grande importance, Bessonneau, maître de cette arme, a dii jouer un rôle considérable. Tringant (VIII) le nomme : t Ung nommé Bessunneau, très noble et saige

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bannière de BueiP y entra la première. Beaucoup d'Anglais furent tués 2, et Blackburn, qui commandait, fait prisonnier.

Peu après, Jean V prit part à un coup de main sur le Mans ^ dirigé par le sire d'Orval^ avec La Hire, Saintrailles, Beauma-

« gentilhomme en son office et en toutes autres où on le voloit employer » Pierre Bessonneau, qui, d'après son nom, devait être un Angevin a été madré de l'art ilerie de 1420 à 1444, concurremment avec dSres A cette époque, lartillerie était depuis longtemps connue, mSis 1 on commençait seulement, semble-t-il, à faire dans les sièges un usa4 ré-u^r

500 livres. Dès la première moitié du xV^ s., cette grosse artillerie est considérée comme essentielle aux sièges {Jouvencel, 3= partie, cL „ Z cite a cet égard le siège de Meaux(142l) et ceux du Mans e de SainlP Suzanne (1424) par Salisbury (Robert Gaguin, l. c, fol 116), don ïs'

aTvf^i'r'T T? * '' 'T^'^' ^' ^^''^'''- ^«"^ ^'•«"^ons dans Pesche (IV 783), à cette date, une lettre adressée à Bessonneau par le connétable de Richemont (Poitiers, 6 août 1424), lui enjoignant d'avoir à garnir d'à !

u'^rlT""" ^' '.'^If ."^'""^^^ P^'- ''' ^"^l^'«- BessonnLu fit, en 1429 campagne avec le Roi et la Pucelle, comme maître de l'artillerie II etab ht en cette qualité un pont sur la Seine, à Saint-Denis (août et sepi.). - B.b . nat., ms. fr. 148o, Notes généal. de Vallet de Viriv., p. 492 et s eimst de Charles VU, du même auteur, I, 298 et 309, II W 1. « Laquelle pourte ung rangier en son estendart, qui est bien

; SuTorroorlé^f/' '' ^^ ^''''''''' ''' ^^ prédécesseurs itî

vons rPt?rh!" *^"°="f ' • '— ^e rangier est un renne. Nous trouvons cet emblème sur plusieurs contre-sceaux de la famille de Bueil sous forme d un cerf couché. '

Anlf nM "î""^' J''"''^"'^ '^ ^^'■S°« (V. la note du Jouvencel, p. 40) et André Obtat ou Hotat, Ecossais au service de l'Angleterre. - Tdngant 3. Chronl.^ue de la Pucelle, éd. Vallet de Viriv., p. 251 et s - Char-

Cil. xn- \allet de V., Hist., II, 26. - Pesche, IV, 675. - Cette exnédi

SdT m^i^^nt ?^'''*- «"V"''" '" '''" ^^"^ ^"^ '^P'-^^^ l'affaire du menc;„?enf'HP U9« t'"^'''''' ^""^ '" '^''^ '^' ^^"^ entreprise au comvaMer 7v oInJ ht! ''"' '''^T\^' «"«il, qualifié indûment de chevalier (v. plus bas commenc. du ch. v), donne quittance, le 23 mai 14''8

reVpédTorcontrT'^ 'T' ' '"j ''''''''^ P*^"-- ''''' ''''' età far/edans - D an ^v M . , ^?'?°'' '^'•^«""ée par le Roi. - P. Justifie, à sa date. tTcote r 5' 1 M,t ^- ^^?-^' 'entreprise daterait du mardi de la Peu-

In effef si^ p'oV"' ^?'^' t '^J"'"" ""'''' '^'''''^'' ^ate est trop tardive fcltSpri'p,u \ kTJ''''.^"''' '"'P'^y^ ^^^°t la fin de l'expédition Deudeimrf f- ^^.'*"*^'' du temps), ce paiement ne dut être que de suTpds'r "'"' "'^ '"""^ ^^ ""''" *ï"' '"* ^-^"^ 1^^ caractères d'une

temn?!' U?q f l"''''^ ^^"^'^ ^' ^^^'^'' '''^ d'Albret, fut tué au printemps de 1429, à la journée des Harengs.

XTiij INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1428

noir, les seigneurs de Thouars et de Tucé, et d'autres gentilshommes. Appelés par les habitants, les Français arrivèrent sur le soir devant la ville et s'en emparèrent par surprise. Les Anglais * , réfugiés dans la porte Saint- Vincent et dans une grosse tour, servant de réduit, tinrent bon toute la journée. Pendant ce temps, ils envoyaient, en toute hâte, Mathieu Gough, capitaine de Châleaul'Hermitage^, à Talbot, pour lui demander du secours. Celui-ci marcha toute la nuit, avec trois ou quatre cents hommes, et arriva au lever du soleil*. Les Français, qui avaient passé la nuit à boire et à manger dans la ville, avaient fait surveiller, à l'extérieur, la porte de la tour, par un petit poste qui n'avait pas même pris la précaution de se retrancher ■*. A son arrivée, Talbot passa sur le ventre du détachement et pénétra dans le château, au moment même où les Français sortaient de la ville, par une autre issue, pour le combattre. Sans perdre

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