‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 90 sur 321 · Dép. de Benoist · texte numérisé non relu

Dép. de Benoist

1445] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. cxxxiij

été dirigé, sans succès, contre le ministre ^ « Auquel temps, dit « cet auteur, aucuns grans seigneurs furent congédiez de la court « du Roy, par le moyen d'aucunes tribulacions qui se esmeurent « layens. Et leur fut dit, par la bouche du Roy meisme, qu'ilz « ne tournassent jusques à tant qu'on les manderoit. » Si nous en croyons un passage de Guillaume Gruel, cet éclat aurait été provoqué par les soupçons non justifiés de Brézé. « Puis, dit-il, il y eut un grand brouillis que le sénéchal de « Poitou mit sus, parce qu'il se doutoit que le roy de Sicile, le « connétable, les seigneurs du Maine et de Saint-Paul estoient « alliez ensemble et fai soient une Praguerie, ce qui fut mal a trouvé; car ils n'y pensoient point 2. »

Bien que le Dauphin ne soit point nommé, ni lui ni ses conseillers ne devaient être étranger^ à cette affaire. En ce qui concerne Bueil, d'après Benoist, il conspirait déjà en ^445, lorsqu'il entra dans la maison du Dauphin^. Ce qui est certain, c'est que, dès l'été de ^446, Jean V était en pleine disgrâce et avait, en apparence du moins, perdu son ascendant

1. Escouchy-Beaucourt, I, 68. — Marguerite d'Ecosse mourut à Chàloiis, le 16 août 1445. La cour quitta cette ville aussitôt après (dès le 18 août), pour se diriger vers la Touraine (Vallet de Vir., III, 89 et s.). C^est à ce moment qu'Escouchy place ce fait. Pas plus que Gruel, cet auteur ne mentionne la conspiration et la disgrâce du Dauphin en 1446.

2. Gruel, Mém. de Richemont, p. 380. — Cet auteur place cet événement après le mariage du connélahle avec Catherine de Luxembourg (juillet 1445) et avant le départ du Roi, de Nancy, pour Chàlons. Or, le Roi était le 7 mai à Commercy (Escouchy-Beaucourt, I, 42) et dès le 3 juin à Sarry-lez-Chûlons. Gruel fait donc une confusion évidente. Au lieu de l'arrivée du Roi à Châlons, Gruel a sans doute voulu parler de son départ de cette localité, ce qui mettrait ce texte d^accord avec celui d'Escouchy et permettrait de fixer pour la date de cette cabale la deuxième parlie de l'été de 1445, à partir du milieu d'août.

3. Dép. de Benoist, 6. — Ceci se passait après l'expédition d'Allemagne. En effet, pendant cette dernière campagne, Bueil n'est mentionné que comme lieutenant du prince et non comme faisant partie de sa maison. En tous cas, la conversation de Bueil avec Benoist, où ce fait est mentionné, est antérieure au voyage de Benoist en Dauphiné (l"^" moitié de 1446). — Vers la fin de 1445, Louis de Bueil et Chàlillon sont envoyés à Nantes par le Dauphin. Le duc de Bretagne leur fait remettre 116 livres, « pour leur deffroy. » Morice, Mem. pour l'hist. de Bretagne, II, col. 1894. — Dom Lobineau, II, 1111.

cxxxiv INTRODUCTIO.N BIOGRAPHIQUE. [1446

sur l'héritier du trône ^ En réalité, cependant, il restait d'accord avec ce prince.

Quant à ce dernier, durant les premiers mois de -1446, il paraissait être au mieux avec Brézé ; car il poursuivait alors, par son entremise, la conclusion d'un arrangement très avantageux avec le duc de Savoie, à propos du Faucigny et des comtés de Valentinois et de Diois 2. Mais, aussitôt la ratification royale obtenue, Louis changea de tactique et commença ouvertement à conspirer, pour s'emparer du pouvoir. D'après la déposition d'Antoine de Ghabannes, comte de Dammartin^, ce fut, en effet, vers le mois d'avril 4446 que le Dauphin entreprit la nouvelle campagne qui devait le brouiller définitivement avec son père.

1. Dëp. de Benoist, 1 et 4. Ea juillet, au plus tard. — Bueil n'est pas présent à Chinon, lors de l'hommage prêté par Pierre de Bretagne (l'i mars 1446). — Art de vérifier. — Ce|iendaal on trouvera un |)eu plus bas (p. cxliv) la preuve que, dès le dernier trimestre de 1440, Bueil commandait à un certain nombre de gens d'armes au service du Roi, et touchait même, semble-t-il, sa pension.

2. V. Guichenon, Histoire généalogique de la maison de Savoye, IIJ, Preuves, le texte du traité contresigné par Beuil. — Par <e traité, le Dauphin abandonnait au duc de Savoie l'hommage de la baronnie de Faucigny, jadis cédée par le roi Jean au comte Amé. En échange, le duc abandonnait toutes prétentions sur les comtés de Valentinois et de Diois. En outre, il s'engageait à payer au Dau|)hin 54,000 écus d'or, et à le tenir quitte de 3,000 que ce dernier lui devait. Pour avoir la ratilicalion du Roi et gagner Brézé, le Dauphin obtint du duc qu'il donnerait au sénéchal le comté de Maulévrier en Normandie, lief remis en 1354 au comte de Savoie, lors de la cession du Daujihiné par Humbert. Les négociations durèrent jusqu'au 3 avril 1446 et le traité lut ratilié dans le courant du même mois par Charles VII. Dans le mois de janvier de la môme année, le Dauphin avait fait transportera Chinon, pour en faire don à lirézé, 25 -queues de vin du Rhin, rapportées d'Allemagne. — Lettres de Louis XI, I, 196 et 204. — Vallet de Viriv., III, 107. — l)ép. de Benoist, 7. — Outre le traité mentionné ci-dessus, le Dauphin iiiéditail encore, avec le duc de Savoie, un projet de partage du Milanais (lévrier 144G). V. Bibl. de l' licol e des chartes, XLIV, en 1883, le texte du traité publié par M. de Mandrot.

3. Kcuyer, ;lgé de trente-quatre ans environ. — Bibl. nat. , ins. l'r. 20427, p. 3 et s., (•o|)ie du temps sur jiapier, en date du 27 septembre 1440. La déposition est laite à Candes ou Candé, par-devant le chancelier et Adam Roland, secrétaire. — Celte |tièce a été publiée par IJudos dans les |)ie(cs justilicatives de son Histoire de Louis A7, d après un texte assez incomplet. — V. aussi Legrand, Histoire manuscrite de Louis \l : Bibl. nat., mss. frs. 6900 à 6990, vol. I, p. 97.

1446J INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. cxxxv

Aux environs de Pâques', Louis étant au château de Ghinon^, Dammartin s'y présenta. Le prince lui fit accueil et, le menant aussitôt dans Tembrasure d'une fenêtre, dit, en lui montrant un soldat de la garde écossaise qui passait sur la douve du fossé : « Véez ceulx qui tiennent le royaulme de France en subjection. » Dammartin ayant répondu que cette garde était une belle et bonne chose et qu'elle avait déjà préservé le Roi de bien des dangers, le Dauphin ne poussa pas plus loin l'entretien sur ce sujet. Mais, la conversation étant tombée sur la Savoie, il engagea son interlocuteur à se rendre promptement dans ce pays, lui promettant de lui accorder, à son retour, mille livres de rente sur le comté de Valentinois^.

Pendant le voyage de Dammartin, Benoisl, le serviteur de Bueil, était aussi absent en Dauphiné^ Au mois de juillet, il apprit que son maître « estoit fort ravalé de son aulhorité, qu'il « avoit eue en cour, tant devers le Roy que monseigneur le « Dauphin. » Il avait même dû quitter ses fonctions dans l'hôtel de ce dernier 5. Benoisl, fort inquiet, se rendit aussitôt au couvent de Sainte-Colombe pour obtenir une nouvelle consultation astrologique. Ganyvet était mort; mais il avait légué son secret à un sien disciple du même couvent, le frère Philippe, qui confirma les inquiétudes de Benoist et les prophéties de son prédécesseur. Benoist en écrivit aussitôt à Bueil , alors à

1. Pâques, 17 avril. Cette date concorde bien avec la conclusion du traité de Savoie.

2. D'avril à octobre 1446. — D'octobre à décembre, le Dauphin est à Tours, qu'il quitte lin décembre, pour être le 7 janvier 1447 à Lyon et se rendre de là en Dauphiné. — Lettres de Louis XI, ï, passim, et Vallet de Vir., III, 110. —Au contraire, le Roi alterne entre Chinon et Razilly. Il est en avril à Chinon, en juillet à Razilly, en sept, à Chinon. D'octobre à dec, la cour résida à Maillé, puis à Tours. — Bépos. de Benoist et Vallet de Vir., l. c.

3. Le voyage de Dammartin concernait, sans doute, le traité avec la Savoie. V. page précédente.

4. Comme serviteur de Bueil, il était employé aux réformes introduites dans cette province par le Dauphin, réformes que les ennemis de Louis qualifiaient volontiers de bouleversement général. — Bép. de Benoist, 1.

5. Fonctions qu'il occupait encore au moment du départ de Benoist.

rxxivj INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1446

Razilly ' , le conjurant de ne rien tenter pour s'emparer du gouvernement et d'envoyer de suite une personne sûre ^ pour interroger le frère Philippe. Le sénéchal se trouvait justement auprès de Bueil lorsqu'il reçut cette missive confidentielle. Quelque singulier que cela puisse paraître, Bueil n'hésita pas à la lui montrer et à le consulter sur ce point délicat^. i\e recevant pas de réponse, Benoist, de plus en plus inquiet, quitta le Dauphiné et vint trouver son maître* en Touraine, à Ussé*.

Sur ces entrefaites, Dammartin avait aussi quitté la Savoie. Trois semaines ou un mois après son retour, comme il revenait à cheval, de Razilly, dans la suite du Dauphin, il eut avec ce dernier un nouvel entretien *'. Louis fit par L à son interlocuteur de son projet de s'emparer du château de Razilly ^, où se trouvait le Roi. Dammartin s'élant engagé à lui prêter cinq ou six archers, le Dauphin ajouta que son oncle, le comte du Maine, lui avait promis la complicité de plusieurs personnages, entr'autres de Nicole Chambre, capitaine de la garde du Roi". Puis il exposa de quelle

1. Comme nous l'avons vu un peu plus haut, le Roi s'y trouvait alors. — Benoist écrivait de Lyon. Dép. de Benoist, 2.

2. P. ex., Tranchelion, soit Guillaume de Tranchelion, seigneur de Palluau et des Rociies-Tranchelion, en Touraine. — V. plus bas, ch. ix, à la reprise des hostilités, et Diction, de Busserciie.

3. De'p. de Benoist, 2. — Fin juillet ou aoùl. On a peine à comprendre comment Bueil, alors en disgrâce, pouvait être en bons termes avec Brézé.

4. Dans la première quinzaine de septembre. C'était, dit-il, il y a six semaines.

5. Cette seigneurie, située dans l'arr. de Chinon, cant. d'.\zay-le-Rideau, comm. de Rigny, appartint ;\ Bueil et à son (ils Antoine. Elle leur venait des Monlejean, par Jeanne de Montejean. Jean V rendit hommage pour cette terre le 16 janv. 1462. Antoine la vendit le 12 nov. 1485 à Jacques d'Espinay. — Busserolle.

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