‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 194 sur 316 · Ihid,, p. Ix et cixxij et sb · texte numérisé non relu

Ihid,, p. Ix et cixxij et sb

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la variété des scènes du roman. L'auteur a su joindre au jutah rel des anciens conteurs des qualités littéraires plus modernes et la banalité de son thème moral est habilement dissimulée soos les incidents d^une action pleine de vie et de pittoresque.

Certes, les compagnons du Jouvencel ne seraient pas de leur temps s'ils n'étaient pas bavards. Qu'ils discutent un idan de guerre, ou qu'ils soient à table, ou encore au conseil, ils ne perdent pas une occasion de faire, à l'usage de la jeunesse, une solide exposition de principes militaires, moraux ou politiques. Mais, si l'on passe sur ces longueurs inévitables, le cadre du roman conserve une vraie valeur. Les paysages font taUean, les caractères sont bien tracés et chaque personnage a son individualité. Les discours môme ne manquent ni d'esprit ni d'intérêt historique, ni même d'éloquence. Enfin, il règne dans tout l'ouvrage un ton de bonhomie, moitié naïve et moitié narqutiae» qui n'est pas sans charme.

En ce qui concerne le milieu littéraire dans lequel le JociveDcel est né^ notons d'abord que les traditions de la cour d'Anjou, Tamour du roi René pour la chevalerie et l'essor qu*il dcmna aux lettres dans ses états * ne doivent pas avoir été étrangers à la composition de ce roman. Cette influence une fois indiq[oée, le Jouvencel présente fort peu de ressemblance avec les ouvrages littéraires contemporains. Il est même nécessaire de sortir du XT« siècle pour trouver dans les œuvres similaires quelques points de comparaison que nous allons brièvement indiquer.

Le Guidon des guerres, d'un siècle antérieur au Jouvencel^ ^

1. Ce roi a écrit un livre inUtalé l'Abuzé en court. Dans cet ooTiige, que l'on attribue à la yieillesse de René, injustement dépooiUé par Louis XI, un vieillard, réduit à la mendicité par les trahisoos dont n a été victime, raconte ses malheurs à Aristote. Jean de fioeil n'était pas seul, dans le monde littéraire du temps, A dire du mal de la cour et des courtisans. — Cf. plus haut, p. ccxcij, note 1. — Préface des éditeurs de Bourdigné, I, xltii. — Biblioth. des Romans, février-mars 1778, p. 182 et ss. — Delisle, Inventaire des mss. fr, de la Bihl. nai.^ U^ 184.

2. On a attribué cet ouvrage au chevalier Geoffroy de la Tour-Landry, qui, originaire d'Anjou, portait les armes en 1346 et mourut sous Charles Vf. On trouvera le Guidon dans le Livre du chevalier de la Tour et le Quàdon des guerres, imprimé à Paris le 9 nov. 1514, par GuUl. Bnstaee,

INTRODUCTION LITTÉRAIRE. ctauAL

a quelque analogie avec lui, par son but à la fois militaire et éducatif. L'auteur, qui écrit par ordre du Roi et en vue de la victoire, annonce, en effet, qu^après avoir parlé à ses fUles, il veut aussi instruire ses garçons ^ . Mais ce rapport est à peu près le seul que Ton puisse signaler entre le livre de Bueil et le Guidon. En effet, la plus grande partie de cet ouvrage, d'ailleurs très bref, est consacrée à des dissertations sans valeur sur les devoirs des princes et les qualités des chevaliers'. Dans le dernier chapitre, Tauteur aborde franchement la partie militaire du sujet, pour donner quelques préceptes de tactique. Cette partie, mieux traitée que le reste, est cependant dénuée de toute érudition et de toute originalité.

L'Arbre de$ batailleSy dédié au roi Charles YI, a été écrit par Honoré Bonnet, prieur de Sallon et docteur en décrets'. Des quatre parties qui composent cet ouvrage, la dernière seule, qui traite des Batailles en especialy ofifre quelque intérêt pour nous^. Ce morceau contient, comme le Jouvencel^ la discussion de beaucoup de points de droit militaire. Il y est question notamment des prisonniers, des devoirs des vassaux et des chevaliers, du butin, des combats en champ clos, etc. Mais toute cette juris-

in-4*t goUi., fig. sur bois (Bibl. nat. Réserve). Dans cette édiUoo, le Guédon, qui est précédé de Vùrdre de chevaUrie, va da feuillet 85 t* an feuillet 95 t*. ~ Voyez, en outre, P. Paris, Mu, de la Bibl. du Rai, W, 73 et ss., 85 et ss. — A. de Montaiglon, Bibl. ElzéTirienne ; le Livre du chevalier de la Tour-Landry pour l'enseignement de ses fiHes, 1854. — Port, Dict, à La Tour- Landry. — Il est dit, dans le prologue dn Gnl» don (fol. 86 de Tédition d'Eustace), que Tanteur est le cber. de la Tour- Landry. C'est aussi l'opinion de La Croix du Maine, opinion contestée par Paulin Paris et par M. de Montaiglon.

1. Éd. Eustace, fol. 85 t* (t. la note précéd.). Ajoutons que le Livre du chev. de la Tour-Landry pour renseignement de ses filles est bien supérieur au Gtttcfon, à tous les points de vue.

2. Ce point se retrouTe dans d'autres ouTrages encore^ notamment dans le Rosier des guerres, — V., même paragraphe, plus bas.

3. La Bibl. nat. renferme un grand nombre de mss. de cet ourrage. — V. Delisle, Inventaire des mss. fr. de la Bibl. nat, II, 259 et s. — D'après P. Paris {Ms. de la Bibl. du Roi, Y, p. 103 et à la Table), l'épitre dédicatoire serait de 1384 à 1390.

4. Les trois premières parties traitent : 1* des tribulaUons de l'Église ; 2* de la destruction des quatre grands royaamei de jadis; 3* des bataiUes en général.

ccc INTRODUCTION LITTÉRAIU.

prudence est beaucoup plus raffinée que celle du /ovrmefl*. A Tinstar des rhéteurs de la décadence, Fauteur s'amuse à poser des cas difficiles ou même invraisemblables, pour avoir le plaisir de les résoudre. En revanche, il n^est pas dit dans cet ouvrap un seul mol de tactique ou de stratégie'.

Le Rosier des Guerres a été écrit pour rinstniction du Dauphin, plus lard Charles VHP. Il est à peu près contemporain du Jouvencely avec lequel la première partie présente seule quelque analogie^. Mais on peut facilement se con\'aiiierB que

1. V., par ex., ms. Tr. 587, fol. 2 : t Si ang chappelaia Mt iMil? c |>ortant le cor|>ft de Dieo à ung malade, s'U le doîl leMcr et isj A défendre? »

2. Le Livre de fait* d'armes et de chevalerie ^ de ChrUline de rhw. un pen postérieur à V Arbre des hataUleSy n'eAt qu'une rompUatioa de ce dernier ouTrage, ainsi que de Végèce et Frontrn. Il renfeme ccpndul un traité original sur les sièges. — V. le ifanuel de Bmael à Chrésiimt de P.— Delisle, Invent., l. c., Il, 259. — P. Paris, Mu. ée te JlN. du Roi, V. 94 et 133.

3. Le Rosier a été imprimé pour la première Toit, chei Leaoir, ea t4Sl« — V., Catal. de la premih-e vente A,-F, Didot, juin 1878, a* 697. H Quatrième VenU, juin 188Z, n* 250. — Bninet, JUanuM 4m Uènàre, IV, 1440. — Delisle, Inventaire, U, 185. — Bibiiotkè^uM MttMMie, entre autres, le ms. fr. 442 (anc. 7032), qui est un exemplaire de dcdîcacc offert au Roi, et mss. Tr. 1240 et 4tl86, qui Mntiennent seaU, à ta fin d'une pièce de Ters, un anagramme renfermant le Booa de l'aatev. -» Le Rosier a été attribué, tour à tour, à Estienne Porchicr, aa rai Louis XI et à Pierre Choisnet, médecin et astrologue de ce roi, 1476. M. Kauleli paraît avoir démontré que l'auteur est biea dont le nom se retrouve dans l'anagramme, « reproche n'y siet, ■ bien que celui d 'Estienne Porchier. — V. P. Paris, Mu. ée te Roi, IV, p. 110, au ins. 7032. — Catalogue de la preméère rtnêê Dtàâ, l. c., n* 31), au Livre des trois Ages, — J. Kaulek, Umis XI eëS-4i Taateur du Rosier? {Revue historique, mars-avril 1883. p. 312 A 322). — Quant à la date de la composition du Rosier, M. Kaulek peatc qall a été écrit vers le milieu du règne de L«>uis XI. Ce qui est certala, r'mS que cet «)UTrage. liestiné au Dauphin, depuis Charies^llI, ne saurait 1er au ilelà de 1 170. année de la naissance de ce dernier. Il ^rail tout A fait C4)ntein|N)rain ilii Jout^eneel. — Le marquis de Paabay a prinri|»alement au }N>int de rue du roUume militaire, nae aaaIfM di Rosier dans l«*s MHangejt tires d'une grande Ribl. (I, 22, Paria» 1780}.

4. Kii elfet, la «M^œndc partie (ix* chapilrcK qui e4t le vériUUe historialt ne contient qu'un résumé succinct de l'histoire de à l'usage du Dauphin, assez intéressant pour ce qui coacerae le de Chartes VII. Ce sont là, A proprement parler, les roMS doat le Dmphin doit respirer chai|ue jour le parfum pour toa iatliacliaa {m^ fr 442, fol. 17 ▼*). Nous avons fait usage. * plasiean

INTRODUCTION LITTÉRAIRE. co^

le mérite de ces deux livres est très inégal. En premier lieu, il n'y a aucune unité dans la composition du Rosier j formé de deux parties qui n*ont aucun rapport entre elles. Si le Jouvencel a des longueurs^ on peut dire que le Rosier est interminable. Ce ne sont que plates déclamations, et plus d'un chapitre peut être firanchi à pieds joints, sans qu'on s'aperçoive de l'omission.

L'auteur, qui débute par \m long prologue, parle, d'une façon très générale, des devoirs des rois et des princes ainsi que de la justice. Il est aussi très vague en ce qui concerne les chevaliers, sauf lorsqu'il précise leurs qualités physiques et qu^il afOrme doctoralement qu^ils doivent avoir longs doigts et petit ventre ^ Après d'autres discours tout aussi insignifiants, on arrive enfin aux principes de l'art de la guerre^. C'est ici qu'éclate la supériorité du Joutfencel, Les élucubratlons du Rosier se développent en longs préceptes didactiques, aussi dénués de grâce que de précision. Il n'y a presque rien à apprendre pour nous dans cet ouvrage sur l'art militaire du xv^ siècle. Au Jouvencelj au contraire, nous trouvons, dans un cadre romanesque et sous une forme agréable, des données, généralement très exactes, sur la manière de combattre des contemporains, sans parler de ce que nous apprenons, chemin faisant, sur leurs mœurs, leurs sentiments et leur histoire 3.

Le Traité de la conquête d'un pays, par Béraud Stuart d'Aubigny ^, qui date probablement du règne de François V", n'a rien

notre Introd. biogr., de cette partie du Rosier, dont les dates ne sont pas toutes exactes.

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