Var. : t ne sert ne ne prouffite. » Éd. Vérard
ii LE JOUVE?ïGEL.
c Et, pour VOUS dire quant à la mort, aussi tost c peuvent mourir gens de court comme vous, et c advient souvent que aussi tost meurt ung autre c homme comme ung homme de guerre. Et, au regart c de la povreté, je vous dy qu'il est plus de nobles
< povrcs pour sieuv}T la court et les bonnes villes c qu'il n'est pour sieuvyr la guerre. Et vous dy qu*ili € puent bien par\'enir à la mort et à la po\Teté aussi
< bien comme vous. Mais à l'honneur Hz ne vous c approucheront jamais ne ne gaingneront les graiis c biens et franchises ^ , comme font les bons hommes € d'armes. Car ce qu'ilz gaignent, ilz le tiennent de € Dieu et de l'espée, et est francliement leur. Mais
< l'ommc de court est par le contraire; car il est c tousjours soubz la main des commissaires et en dan-
< gier ^ ; par quoy ne puet venir à empire conune vous. € Des empereurs, des roix et des autres grans princes € viennent les biens que les gens de court ont : par c (|uoy ne les feroient jamais si grans comme euh- € meismes'^. Mais vous povez avoir et prendre la quec relie d'ung prince ù autre , qui ne sçaura point le € fait d'armes ne l'exercice de la guerre, cpii, pour c vostr(^ prouesse et notable gouvernement , vous eo € lessera et ixîmettra du tout la chaîne, et vous ooDStî-
1. Var. : t El si vous dy que IVn peut bien parvenir à la mort ot à hi |M)\rotô pur la cuurt; ne honneur ne vousapproucbefoitja, no «Ml tcllo i'raiurliiso no lo pourriez gaigner, cumme font, eic. ■ lui. VtTîinl.
2. Var. : « dos cnmmissairos, dos receveurs et autres officiers. • Id.
8. Var. : i Les empereurs, les roys et les autres grans prinoes no Tcroiont jamais les gens suyvans leur court si grans oomiac oulx-mesmes. • Id.
LE JOUVENGEL. 45
c tuera en son lieu, si que vous-meisme serez prince
< et tendres la principaulté que vous aurez conquestée c à Tespée, comme ont fait plusieurs vaillans hommes c ou temps passé, et encores de présent le conte Franc cisqueS qui tient et posside la duchié de Millan, que c par telz moyens il a conquestée.
€ Pour ce , vous prye , Jouvencel , sieuvez ce que c vous avez commencé. Parlons de chevauchier et c d'aller à la guerre et nous fions en Dieu et en nous-
< meismes et laissons appart ceulx qui ne se attendent c que aux gratis d'aultruy. >
Ces parolles finycs, ung ancien homme, qui là fut entre les autres, lequel sembloit bien avoir veu plusieurs choses et cstre expérimenté de la court et de la guerre, si commença à parler au Jouvencel, en lui disant et remonstrant plus amplement et en plus grant languaige ce que le premier avoit dit en brief. Si conforma ses parolles en telle manière :
c Certes, Jouvencel, il vous dit vray. Je sçay que c c'est que de la court et aussi de la guerre ; et, puisque c de la court fault parler et que à la court vouUés aller, € je vueil faire une distinction^ sur vostre voullenté c selon ma pensée tant seullement. Car, puisque vous « estes meu d'aller à la court, ou vous y vouliez aller
< pour acquestcr aucun don et trouver aucun gratiz, c et puis avez entencion de retourner à la guerre , ou c vous y vouliez demeurer de tous pointz.
1. François Sforza, devint duc de Milan en 1450, après trois années de république qui suivirent la mort de Philippe-Marie Visconti, son beau-père. Il mourut en 1466. La date de la rédaction du Jouvencel est donc antérieure à cette époque.