‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 242 sur 316 · Var. : « Je me faiz fort, i Éd. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « Je me faiz fort, i Éd. Vérard

LE JOUVENOEL. 47

en diray aucunes, c'est assavoir, celles qui principaUement servent à nostre matière. Et, pour vérité dire, les imperfections y sont si grandes que jamais on n'y puet avoir assez. Et qui pirs est et qui plus traveille Fentendement, c'est que on voit tousjours chose en aultruy que on ne puet avoir en soy ; et ce qui est le plus difficile est le plus désiré. En outre la chose qu'on a longuement désirée, quant on l'a acquise et on y est parvenu, on n'en tient compte, soit honneur , office , dignité ou prééminence ; ainçois désire l'en tousjours aucune autre chose nouvelle. Mais, qui plus est dangereux et pis vault, jamais, ou au moins de longtemps, n'est mémoire que aucuns ayent monté en hault estât et grant gouvernement par le moyen de la court , qu'ilz ne soyent deceuz en pou de temps, eulx ou leurs hoirs. Si n'est point parfait ne durable l'advancement qu'on y a et qu'on acquiert par fréquenter la court. Plusieurs autres imperfections y a que délaisse pour abregier. Or venons aux doubtes.

c Quant aux doubtes, il y en a tant que à paine seroit-il possible de les racompter au long ; mais, entre les autres, il y en a trois principaulx et plus à craindre. Le premier si est qu'on doit tousjours doubter la mutacion du vouUoir et de l'afection du prince. Car, puisqu'ilz sont hommes comme autres, il est à présupposer qu'ilz sont aucunement muables, especiallement pour la diversité et nouvelleté des choses qu'ilz voyent de jour en jour. Et pour ce, quant aucun est entré en leur grâce pour aucune bonne propriété^ qui est en lui, il craint tousjours de

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