‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 249 sur 316 · Jean de Bueil avait commencé par être page du vicomte de · texte numérisé non relu

Jean de Bueil avait commencé par être page du vicomte de

60 LE JOUVENGEL.

son temps ; car il fut très bon escoUier en sa sdenoe et n'estoit point endormy ; mais nuyt et jour veilloit et traveilloit pour faire aucune belle entreprinse, ainsi qu'il est apparu par cy-devant et pourra cy-après plus amplement apparoir.

La seconde cause pourquoy cesie partie est plus longue et difficille que la première, est que en icc^ sont declairez pluseurs choses longues et plus difificilles que en la première. Si est ainsi que les oeuvres prennent difficulté suivant la matière * .

Ainsi vueil mettre fin à ce Prologue, pour desœndre et retourner à la matière principalle, ainsi qu'il apperrt en poursieuvant le texte de ce présent livre.

CHAPPITRE I.

Cy commence la seconde partie de ce livre j en laquelle est touchié le gouvernement du Jouvencel en Festat moyen^ nommé yconomique; et comment le Jouvencel^ ja considerans sa bonne fortune, proposa faire une course sur ses ennemys et demanda cangié et gens on cappitaine de Luc, lequel à grant difficulté les bU octroya.

Vertu et aussi bienfait sont de telle nature que, tant plus homme les poursieut et s'i mect avant, tant plus attrait son couraige à persévérer tousjours de

Narbonne et ensuite avait commandé de petites troupes de gens de pruerre. {Commentaire, III et V.)

1. Var. : c suivant la matière qui survient. » £d. Vérard ei Lenoir.

LE JOUVENGEL. 61

bien en mieux. Et, pour ce que le Jouvencel, en son premier estât et en la compaignie de pluseurs povres honmies de guerre, avoit bien fait son devoir, c'est assavoir, acquis honneur et loenge et prouffité grandement à ceulx de son pais, de plus en plus croist sa hardiesse et s'efforce de faire entreprinses pour augmenter son loz et accroistre son couraige.

Si lui souvint des chevaulx de ses adversaires qu'il avoit aidé à prendre, et du service qu'il a fait au cappitaine. Si lui dit ainsi en la présence de ses compaignons : c Certes, cappitaine, quant il me souvient de c Tautre jour que nous chevaulchasmes et destrousc sasmes les autres, je vouidroye que nous feussions c allé quatre ou cinq lieues plus avant. Car je croy c que nous eussions bien besongné et que Dieu nous € eust envoyé aucune bonne adventure. > — c Comc ment dya ! dist le cappitaine, ne besongnastes vous c pas bien? Par saint Jacques! il nous doit bien suffire c de ce que nous en feismes ; car on n'eust peu passer c oultre ne aller plus avant sans avoir esté descouvert c pour les fortes garnysons et grans gardes qui sont € sur le pais. > — c Or advant, dit le Jouvencel, si € je treuve homme qui me vueille sieuvyr, j'en auray c une verte. Aussi dit-on que quiconques n'en cueuUe € des vertes, il n'en mangera pas de meures. >

A ces parolles s'accordent ses compaignons d'aller avec lui, pourveu que ce soit le plaisir du cappitaine. Et le Jouvencel vient à lui, lui prier qu'il en soit content ; lequel de prime face lui en fait ung pou de difficulté, en lui disant : c Ha ! Jouvencel, je vois bien que € c'est, il vous est adviz que pour vingt chevaulx c que vous avez destroussez , que tout le monde soit

Yostre. Ce n'est pas cela : mais aucuneffcnz tel cuide gaigner qui pert. Et là où vous vouliez aller, il y a plusieurs dangers et y (ault procéder de sens raisti et avoir grant conduite. Si ne sçavés vous pas encores tous les motz de la messe. Hais je y allasse voulentiers, se ne fust que de heure à autre j'atlens nouvelles d'une besongne dont nous aurons tous grant joye, se Dieu plaist. Touteffois pour le bon commencement que je voy en vous, j*ai parfiûte fiance. Si suis d'accord que prenés xx ou xxv^ cbevaulx pour aller à vostre adventure, puisque c'est vostre plaisir^. Et je demoureray céans pour faire le guet, affîn que les ennemis ne nous surprennent. » Puis manda les compaignons venir en la diarobre du cappitaine secrètement ; et ainsi le firent. Et lors leur devisa la forme de leur entreprinse, ainsi qu'elle sera veue en la déduisant ; et ordonna le cappitaine m mareschal, à Gervaise et aux aultres qu'ilz se conduisissent pour ceste nuit sous la main du Jouvencel en luy obéissant comme à soy-meismes. Car il le ooodituoit et ordonnoit son lieutenant pour ceste eotre> prinse. Lesquieulx respondirent que aussi feroieol-ili voulentiers. Puis se départirent et se parèrent jusqoes au soir et fist chacun mettre à point son habilh

Page 1