Var. : c besongnes. » Éd. Vérard et Leooir
9S LE JOUVENGEL.
Quant il fut jour et que chaseun vit son compaignon, ilz baissèrent le pont du chastel et saillirent en la ville, où ilz ne trouvèrent aucune resistence, pour ce que ceulx de la ville congnoissoient bien qu'ilz n'auroient nul secours près d'eulx ; et aussi ceulx du chastel sçavoient bien les nouvelles du paiz. Pour ceste cause attendirent la matinée à venir. Car, quant ilz eussent sccu le secours près, ilz fussent saillis dès la nuyt, pour ce que la guerre est telle qu'il fault besongner selon le loysir qu'on a, et le fault prendre aucuneffois firdt, aucuneffois chault. Et pour ce c'est l'un des graos r- pointz de la guerre que de sçavoir la convine de ses ennemis ; et ilz le sçavoient bien ; et à ceste cause attendirent-ilz le jour et gaignerent la ville sans coup ferir, ainsi que avés ouy. Et autrement ilz en eussent joué à quitte et à double. Car, quant à la prinse d'une ville, on doibt doubter le pillage sur toutes choses et le ralyement des ennemys ; et pour ceste cause on y a tousjours une establée de gens ensemble qui ne bougent jamais d'un lieu^.
Ainsi est. Dieu mercy ! la ville gaingnée et prinse sans débat. Par quoy appert comme, par le bon adviz du Jouvencel et la prudence qu'il eut, cependant qu'il estoit en prison et qu'il estoit oyseubc et qu'il avoit loysir de penser à lui et à ceulx de son party, ilz sont parvenus à ceste belle conqueste et a conquis et gaigné sur ses ennemys le lieu de sa prison. Et en ce est terminé ce présent chappitre.
1 . Var. : « on y a tousjours un establisscment de certain nombre de gens ensemble, qui jamais ne bougent d'une place, pour savoir et regarder la besongne, comment elle se conduira, et pour aidier aux moscbeances, se d'aventure il y en advenoit. Ainsi est, etc. » Éd. Vcrard et Lenoir.
LE JOUYENCfiL. 93
CHAPPITRE V.
De la distrihution des logis de la ville de Crathor; ensemble d'aucuvss saillies et rencontres faittes par le Jouvencel et ses compaignons.
Il est recité communément que, qui a bon commencement, il peut bien dire qu'il a une grande partie de son œuvre ; mais la persévérance et bonne continuation acroist et augmente le bien fait. Sy ne fut pourtant las, content ne assouvy de bien faire le bon Jouvencel de ceste prise. Ainçois voullut et tousjours désira estre à la paine et au travail pour faire nouvelles entreprinses. Neantmoins convint premièrement diviser les logis et distribuer à chacun des principaulx son quartier. Si se assemblèrent le lendemain tous au logis du Gappitaine ^ lequel parla devant eulx en ceste manière : < Or ça, beaulx seigneurs, nous avons fait € Dieu mercy ! une belle conqueste et ung service au € Roy, nostre souverain seigneur, et pourra ceste € chose estre bien prouffitable à la chose publicque € de ce royaume. Mais il nous faut ad viser de trois € choses : premièrement à tenir les ungz aux autres € ce qui a esté promis et convenance, et distribuer à « chascun sa part des logis, c'est assavoir, à monsei- « gneur de Roqueton son quartier, comme il lui a < esté promis; à chacun des au très comme il sera ad visé. € Secondement fauldra pourveoir à la manière de nous
i. Guillaume de Brézé, qui s'appellera désormais c le vieil cappitaine de Crathor. •
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< entretenir et soustenir nostre estât ]e plus gradeuh c sèment et honnestement que faire se pourra et sans € faire tort à autruy. Tiercement et finablement metc tray^ en termes d'establir et constituer ung chief
< qui puisse desoremais porter la paine et le travail <E de nos entreprinses. Car en bonne foy je suis dore- « senavant viel, usé et lassé et fort debillité pourpour- « veoir à exercer les armes.
a Quant au premier point, monseigneur de Roque-
< ton, je vous mercye pour tous les autres de
< vostre bonne ayde et secours, et aurez en ceste a ville, pour vostre part et portion, le quartia*
< du marchié avec la rue tirant à la porte du chas-
< tel. Foullières, Gallebrun et Jehan Hamon auront « l'autre quartier à dextre devers Teglise. Et Tautre « moitié de la ville demeurera au Jouvencel et à moy ; « car nous en ferons bien ensemble. Au regart de Ger-
< vaise, il aura la charge et office de maistre portier ; c et Jehannin Tarchier sera clerc du guet. Vous, Maresa chai, adfîn que point ne faille changer vostre nom et
< vostre office, serez Mareschal de la ville. Et ad visez
< se vous estes tous contens de cest appointement et « s'il vous semble que j'aye bien divisé ^. >
A quoy ilz respondirent tous qu'ilz estoient bien oontens de cest appointement et qu'il procedast oultre à dire ce qu'il luy plairoit. Par quoy il commença à parler et venir au second point, en disant ainsi : c Beaulx sei- « giieurs, vous sçavez comment, par la grâce et voul- « lente de Dieu, à l'aide de nos armes et à la paine de « nostrecorps, avonsconquiseetgaingnéecesteplaœsur
!. Var. : c conviendra mettre. » A.