‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 276 sur 316 · Var. : « foule. » Id · texte numérisé non relu

Var. : « foule. » Id

disant qu'il avoit eu le priz et Thonneur de la baballe et que, se n'eust-il esté, il n'y avoit nul remède que son frère ne fust mort ou prins. Et tellement pula et aguilionna l'autre dame par son langaige qu'elle se prinst à dire qu'elle disoit mal et qu'il n'en estdt riens, mais avoit le moins fait et plus villainement que l'autre, qui, par sa hardiesse, s'estoit bouté ^ et meslé parmy les adversaires. Et tant parlèrent qu'elles vindrent au desmentir. Et adonc la moinsnée commença à dire à son amy : Me laisseras vous ainsi desmentir et villenner pour soustenir vostre honneur? Et tant le flatta qu'il fust esmeu de dire à l'autre qu'elle se teust ou que il la courrouoeroit. Adonc son frère respondit qu'elle ne laisseroit pas à dire vérité pour lui. — Gomment, dist le moinsné, vous me voullés donner blasme pour vous attribua louenge ! Je vous ose bien dire que je me y suit aussi bien porté comme vous et suys prest, quant vous vouldrés, d'esprouver de mon corps qui sert le plus vaillant de nous deux. L'autre ne le daigna refifuser et baillèrent leur gaige de bataille, tellement qu'ilz combatirent le lendemain. Et puis, par cas de fortune et d'aventure, l'aisné percha Tautre de sa lance soubz la visière et entra jusques au oervel ; si le tua. Et, quant il vit son frère mort, il eut si grant desplaisir qu'il ne sçavoit comment se vengier synon sur lui-mesme^ Et, en la fureur où il estoit, s'en retourna et fist brusier les deux damoyselles, par qui ceste envye et ceste guerre estoit

i . Var. : c qu'elle disoit mal et qu'il n'avoit ne plus ne moins fait que l'autre, qui e'ostoit bouté, etc... 9 A.

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meu entr'eulx. Quant il eut ce fait et il congnut qu'il avoit tué son frere et fait mourir sa dame, qu'il aymoit autant que soy meismes, il entra en si grant frénésie et desplaisir de cueur que il se désespéra et se tua lui-meismes. Or ces deux damoiselles pevent avoir nom l'une ambicion, et l'autre, c'est-à-dire la moinsnée, se peut nommer flaterie. Ainssi appert à quelle fin furent menées ces deux damoyselles et ces deux frères, qui estoient si beaulx, si bons et \iûllans, et par envye. Appert aussi comme ambicion et flatterie, qui en estoient cause, en emportèrent la paste au four. Par envye tua Gaym son frere Abel, qui fut la première guerre du monde. Par envye ont esté puis pou de temps les princes de ce royaume en grand dissimulacion et discention^. Pour ce il est conclud que tout honmie qui prend guerre ou querelle par envye est deshonnourablement diffamé et destruit à la parfin. Et c'est quant au second point touchant ceste matière. € Le tiers point et darrenier sera de la guerre et discention, qui se commence par avarice; et je le feray court et le prouveray par exemples. Il est assavoir que avarice est rachine et commencement de tous maulx et celle qui plus adveugle les yeulx de l'homme. Et par elle ont esté, ou temps passé, maintes guerres et maintes querelles perdues villainement, comme il est recité en la Bible d'un des € roix d'Orient qui vint assaillir Jherusalem pour avoir € les joyaulx et les richesses du Temple. Il est aussi € trouvé es hystoires de la fondacion de Romme que

i . Allusion à la guerre du Bien Public.

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jadis, une espace de temps après que le roy Eoeas eut subjugué les Ytalies et prinse la fille du roy Lalio en mariage, après aussi que son fils JulKos cÉl régné trente ans ou pais, advint que deux frerei furent nez à Rommc, qui pour lors estoil dide Neufve-Troyc, dont Tun fut nommé Remus et Taulre Romullus. Si furent nourris aux champs et allaidiéft du laict d'une loupvc ^ . Mais, pour abregier, il adviot. comme ristoirc le porte, que en leurs mains escfantf la seigneurie et gouvernement de la cité. Si partirent entrculx lequel auroit le gouvernement. Le premier an, le sort advint à Romullus; et, quanti se vit au-dessus de son frère, il se pourpensa de le (aivc mourir, pour usurper la seigneurie totalle d adtin que, Tan ensieuvant, il ne fut destitué du goiH vernement. Ainsi prist-il guerre contre son frère par grant avarice et le iist mourir. Mais après il moral nieschamment. — J'ay aussi ouy reciter Pexemple d'un nommé Jugurte, roy des Numidiens*, lequel estoit bastard, lequel avoit pluseurs vertus et bieDS. comme racompte Salustes. Neantmoins il fist mourir les deuz enffans legitismes de son père et en desconiit Tun en bataille, qui estoit nommé lampsal, par avarice d'avoir le royaume. Mais en la fin il Ait desconfit par les Rommains. L'istoirc en est beile, mais trop longue seroit à racompter. — Pareillement

1. Var. : c Si fiiroiii nourriz à Tostol d'une Temme cummuD^, qiio on iiumme Lu pana pour ce qu'elle ravit It substance def iiuinnios; et pour co la fipureut les |>o«"'te8 en une louve, et c'en ce qu'on (lit qu'il/, fun'nt alaictez d'une louve. > A.

•2. Var. : « Mvrmidions. » A. B. D.

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recite Stace, en son livre de Thebes *, de deux frères qui, par avarice d'avoir le royaume de Thebes, eurent guerre l'un contre l'autre, dont le père eut telle desplaisance que lui-mesmes se creva les yeulx ; et en la fin furent tous deux destruits, ainsi comme l'histoire le racompte plus amplement. — Par avarice Judas trahy son maistre ; et aussi il est assés commun et notoire que mal lui en advint. « Ainsi appert, messeigneurs, que ceux qui commencent la guerre par avarice, par envye ou par orgueil, dechéent, en la parfin, de leur intencion. Et pour ce, Jouvencel, que nous vous avons mys et ordonné pour le chief de nostre guerre, pour Dieu ! je vous prie pour tous les autres que ne soyés deceu ou surprins par aucuns de ces trois pechiés et mauvais vices. Car, se ainsi esloit, vous sériés aisé à desconfire et tourneroit à la fin vostre fait à néant. Et me pardonnerés, se tant j'ay parlé ; car la bonne amour et affection que j'ay à vous, me constrainct de vous amonnester* à bien faire. »

Ainsi parla le Gappitaine, dont le Jouvencel et tous les autres le mercièrent moult grandement. Et en cecy est terminée la fin de ce présent chappitre.

i. La Théhaide de Stace, poème épique sur la guerre entre Etéocle et Polynice.

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