‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 279 sur 316 · Ms. A. en marge : c Lahyre · texte numérisé non relu

Ms. A. en marge : c Lahyre

1 34 LE JOUYENGEL.

après chascun envoya ses chevaulx boire; chascun alla à son esbat.

Le cappitaine de Grathor^, qui estoit bon homme d'armes et subtil, dist au Jouvencel : € Je croy qa*il € est temps que je coure ; tout est aux champs. Je « voy toutes ces prairies toutes plaines de gens, de « chevaulx et de bestiail. Si je musoie plus, nos gens

< pourroicnt estre descouvers. Faittes monter tous

< ces compaignons à pié derrière ceulx de cheval ; car

< il fault que vous ne arrestés gucres après moi ; et « sceurement vous verres tantost bon esbatement. > — « Groyés, Cappitaine, dist le Jouvencel, que nous c ferons nostre dilligence, tellement que en nous « n'aura point de defTaulte, se Dieu plaist. >

Ainsi partit le Cappitaine avec ses soixante compaignons, et vint au plus couvert qu'il peust jusques à la barrière. Et puis remonta contre le pré, là où estoit* la multitude des chevaulx et des gens, et se fourre parmy et prent à dextre et à senestre. Chascun qui le vit des ennemys, sault à pié et habandonne son cheval. Qui veist varlets et pages ftiyr, femmes crier, à qui il n'eust rien cousté, en eust voullentiers ri.

Tantost l'eschauguete sonna atout ; chacun saillit à la barrière pour rescourre^ son cheval. Le cappitaine de Crathor, qui fut rusé et saige, fist semblant d'avoir grand paour et hastoit ses gens à ce qu'il povoit, et laissa courre deux ou trois chevaulx, faignant qu'il ne les povoit emmener de haste qu'il avoit. Ainsi furent plus chaulx ceux d'Escallon de saillir, et tant qu'ilz

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