Petit fait de peu d'importance qui n*a pu être identifié
savoir de la convine de leurs ennemyz ; et proprement n'ont-ilz pas nom courreurs, mais ont nom gardigeurs. Car ilz sont miz pour garder l'ost et pour regarder la convine de leurs ennemiz. Courreurs sont gens qui courrent payz pour aller au gain et non pas pour combatre, sinon sur eulx deffendant; ceux-là doivent courre et racourre. Aussi ^ est-il une autre manière de coureurs, que l'on envoyé courre devant une place pour faire saillir ceulx de dedens dehors; ou sur ung ost, quant il est fortifïîé ; ou sur gens qui sont les plus fors, pour eulx faire chasser; ou en une escarmouche, pour mettre ses gens en desarroy ou pour chargier à leur advantaige, quant ilz le treuvent; ceux-cy sont nommés coureurs. Mais je vous dy que, quant vous allés délibérer de combatre ou lever ung siège sur vos ennemys, fors ou foibles, vous devez aller vousmesmes porter la nouvelle, et ne devés point faire sçavoir vostre venue par coureurs ne autrement que vous puissiés. »
Après ceste destrousse et grâce que Dieu eut faitte au Jouvencel, il s'en retourna à Crathor^ plus envyé d'amys et d'ennemys que il ne fut oncques. Et, quant le Jouvencel eut fait son butin et ses hommes et ses chevaulx bien reposez, le séjour lui ennuya et dist à lui-meismes et puis à ses compaignons : « Pourtant se c Dieu nous a donné de bonnes et grandes fortunes et c que nous soyons bien à nos aises et que nous ayons € gaigné de l'argent, si n'est-ce pas pourtant pour
1 . A partir de cette phrase le texte redevient le même dans tous les manuscrits. (Voir les variantes p. 135-139.)