‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 300 sur 316 · Var. : a escuiers. » A · texte numérisé non relu

Var. : a escuiers. » A

1 74 LE JOUVENCKL.

tenoit. Puis dit le conte de Parvanchières : c II a esté dit en ceste ofiatière tout ce qu'on peut dire. 11 n*j a plus, sinon envoyer le Mareschal de Crathor o toute diligence et prendre le jour que nous saurooi de ses nouvelles et là où il pourra savoir dei nostres. Et il me semble, pour abréger, que c'est a Luc^ » — < Or demandez courramment, dit le Roy. du jour. Monseigneur le Maistre des arbalestriers, qui avés parlé, dittes le temps. » — € 11 me semble, dit le Maistre des arbalestriers , que dedans ung moys nous y serons ou jamaiz. Et pour ce nom sommes aujourd'uy au commencement du moys oo au moins nous n'en avons que deux jours; sans nulle doubte nous serons à Luc à la fin de ce movi pour tous delayz. > Et chacun dit aprez : < Fiat! c'est bien dit. > Et sur ce fut envoyé le Maresdial de Cratbor. Puis dist le Roy de rechief : c Je les vculx secourir. < Hz sont des meilleurs gens que j'aye; et pour c rien ne les laisseray perdre. Mais je vueîl bien c conseiller la manière et comment. Et pour œ je c vueil que, à trois heures après disner, vous res» c soyez tous devers moy, affin que on baille à chascun c sa charge pour faire diligence en ceste matière. Or c allons disner; car j'ay ouy maistre Alinot le roed^ c cin, (|ui dit (|u'il est temps de crier aux queulx. s Ainsi chascun se leva. Le rov s'en alla à son reiraîd ': et tous s'en allèrent au mcnger, chascun chieux sov, comme il est de coustume, et les ungs aveoques ks

1. Dans co passa^o ot dans tout ce qui va suivre, Lac nedédgDe l)lus Cliâtoau-rErniitage, commo préoodomrocnt. '2. Var. : « on sa sale au mongcr. • Kd. Vérard et Leooîr.

autres. Et fut grant bruit parmy la court du siège de Grathor.

Et à trois heures aprez mydi le Roy tint conseil ; et là furent tous les seigneurs du grant Conseil. Et, quant le Roy fut assiz en sa chayère, il dit : c Beau c cousin de Parvanchières , faittes appeUer le Mares- € chai de Grathor, affin qu'il prengne son congié et c qu'il s'en voise, et qu'on baille à chascun sa c charge. > Dit le conte de Parvanchières à ung huissier qui fut là : c Faittes appeller le Mareschal de c Grathor. » Tantost vint le Mareschal.

Et, quant il fut en la présence du Roy, le conte de Parvanchières lui dit ainsi : c Mareschal de Grathor, vous avez bien ouy et entendu le bon et grant vouloir du Roy. Gar il vous a dist et bien monstre ce qu'il avoit sur le cuer, et a dit, présent son conseil et devant vous, qu'il est délibéré de secourir ceulx de Grathor, quelque chose qui luy doyc couster. Et sa coustume est telle que jamais il ne délibère chose, que grandement et meurement elle ne soit debatue, avant que la conclurre. Et toutesfoyes il vous a dit, dès ce qu'il vous a ouy parler, qu'il vous secourra. Par quoy povez congnoistre l'affection et grant courraigc qu'il a à vous. Et pour ce ne devez pas faire double en vostre secours. Dieu devant ; car là gist tout. »

Et puis le Roy parla et dit : c Mareschal, faittes bonne diligence ; car je la feray bonne de ma part; et me saluez le Jouvencel et tous mes bons serviteurs de Grathor et leur dittes sceurement que < je ne les obliray point. > Âdoncques le Mareschal

s'agenouilla et dist : c Sire, je ne vous sauroye plus c recommander la besongne ; car je voi bien que vous

< l'avez assez à cuer. Et à vostre congié. Sire ; s*il me c vient aucune fortune, je me reconmiande à vostre c bonne grâce. » — c Ne vous soulciez, Maresdial,

< dist le Roy ; je ne vous abandonneray point en tant c que touche mes biens; de la vie je ne vous pour- € roye restituer. » — t Sire, dit le Mareschal, les c gens meurent, quant il plaist à Dieu. Et la longue c vie et la briefve est tant conune il lui plaist. Mais c aux biens temporels il vous a donné telle puissance, € la sienne mercy et grâce ! que vous y povez bien « pourveoir. Et adieu, Sire. >

Âprez que le Mareschal fut party, le Roy conunandi au conte de Parvanchières demander qu'il estoit de faire. Le conte demanda aux Mareschaulx, lesquieulx respondirent qu'il failloit que le Roy commandast de bouche à tous ceulx qui estoient là, que chascun s'en allast faire diligence d'cstre à la fin de ce mois à Luc, ainsi qu'il avoit esté dit, et que monseigneur le conte de Parvanchières s'en allast devant pour recueillir tout le monde. Bien estoient d'oppinion que l'assemblée ne fut pas à Luc, pour ce que les ennemiz en pourroient ouyr nouvelles; mais que on feust le xxv^ jour du dit moys sur la rivière de Faire*, là ou se prendroit la conclusion de passer ; et que on feust à Luc dès le soir devant. « Car, dès l'eure que vous c partirez de Luc, il vous fault avoir la sallade en la c teste et la lance ou point et estre délibérez de œ

i. Var. : a Farie. » C. F. Le Commentaire ne donne pas la clef de ce nom. Le ms. Ë et l'édition de Vérard disent simplement : t la rivière, t

€ que aurez à faire. > Ghascun fut de cette oppinion.

Je ne vueil pas perdre temps à escripre les oppinions ne Tordre du conseil du Roy ; car ce n'est pas ma vocacion* et me soufïist d'escrire l'execucion* de la guerre. Que pieust à Dieu que je le sçeusse si bien faire que vous y peussiez entendre quelque chose qui vous feust agréable et profïitable !

Or est ainsi que chascun s'en part et prent congié du Roy pour faire sa diligence au mieulx qu'il peut. Et tant firent par leurs journées que ung chascun se rendit sur la rivière de Faire, ainsi que appointié avoit esté en la présence du Roy. Et là se trouvei^nt monseigneur le conte de Parvanchières, Ueutenant du Roy, au passaige à une petite ville, nonmiée Fleure^, qui grandement les recueillist. Car il estoit honmie honnorable et vaillant et qui bien savoit faire ce qu'il avoit à faire. Au lieu de Fleure séjournèrent quatre jours pour attendre toute l'armée. Et, quant l'armée et la puissance fut assemblée, ilz marchèrent jusques à Luc, au moindre bruit qu'ilz peurent, et ilz y arrivèrent à la fin du moys. Et là trouvèrent le Mareschal de Crathor, qui avoit fait la dilligence si grande et si bonne qu'il en fut loué de tous. Et y fut premier que l'armée de plus d'ung jour entier. Et incontinent vint audevant des seigneurs aux champs et leur dist : € Messei- € gneurs, toute la compaignie de Crathor se recom-

< mande à vous plus de cent mille foys et sont bien

< joyeux de vostre venue. Et croyez seurement qu'ilz € mettront peine de faire plaisir et service au Roy et

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