‹ Le Jouvencel (volume 3)Chapitre 316 sur 316 · Bavard et menteur. (Fréd. Godefroy · texte numérisé non relu

Bavard et menteur. (Fréd. Godefroy

3. Var. : • ce journeau. » A. F. — « Séjourneau. » Éd. Vérard et Lenoir.

4. L'amiral de Bueil est évidemment l'auteur de cet ouvrage; mais à quel fait ce passage fait-il allusion? C'est ce que nous n'avons pu découvrir. En tout cas il devait être quelque peu légendaire et avoir laissé dans la mémoire de Jean de Bueil des traces bien vives pour lui avoir fait commettre l'anachronisme de placer dans la bouche d'un personnage qui est censé parler en 1429 la mention d'un fait qui n'a pu se passer qu'après 1450, époque à laquelle Jean de Bueil reçut la charge d'amiral.

5. Var. : « Ainsi alla Guillaume Bernard parler au comte, lequel le mena, etc. » Éd. Lenoir.

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quérir souventefToys à disner et à soupper avecques luy, pour ce qu'il lui disoit de plaisans choses.

Aprez disner le conte envoya quérir tous les seigneurs et cappitaines et tint conseil de ce quUl avoit affaire. Et, pour faire brief à ma matière, je ne vous diray sinon la conclusion du conseil. Car les oppinions seroient trop longues à racompter. La conclusion fut telle que le conte de Parvanchières ne son armée ne povoit riens entreprendre sur le duc Baudouin. Car il estoit en aussi bonnes villes et chasteaulx, et meilleurs, que le conte et en son payz, pour quoy le conte ne le povoit grever, fors que ceulx de Crathor et de tout le payz lui prioient qu'il ne se departist point tant que le duc Baudoin eust ses gens ensemble ; et au conte moult despleust qu'il ne faisoit quelque chose; car il estoit mdult bon chevalier. Touteffoys il failloit qu'il se tenist à la plus grant oppinion, et accorda à ceulx de la ville de ne départir point son armée, tant que le duc Baudouin auroit la sienne entière, en disant : c Se Dieu plaist, il viendra < quelque bonne chose avant que nous départons^. >

1. Pour rintelligence du récit qui occupe ce long chapitre, il ne faut pas prendre à la lettre la mention mise par le glossateur du ms. A. en tétc de ce ch. (V. plus haut, p. 163, note 2.) — Le Commsn» taire (XVI) dit : c Crathor est dit pour le siège d'Orléans et la « retraicte que firent le conte de SifTort (Suffolk), Talbot et autres c Anglois, et une retraicte pareille que fit le duc de Bethfort en • personne devant Lagny-sur-Marne. Et pour ce que, au Jouveneel, c [on] n'a rien déclaré et le plus couvertement que on a pu faire, on « l'a fait, et l'on a mis deux et trois choses en une. » — Nous basant sur ce passage, nous allons tâcher de reprendre successivement les diUôrents faits contenus dans ce chapitre du Jouvencel et de voir auquel des deux sièges d'Orléans ou de Lagny ils appar^ tiennent. Jean de Bueil s'était trouvé au siège d'Orléans (voy. le

LE JOUVENCEL. i%\

En celle mesme heure se présenta ung gentilhomme, qui estoit au conte de Parvanchières, nommé Richard de Montabon, qui demandoit justice d*ung prisonnier qu'il disoit que ung nommé Gervaise Nardereau de la garnison de Grathor lui tolloit; et supplioit au conte qu'il lui pleust commander à ung de ses sei^ens

Journal du siège d^ Orléans)^ mais il n'avait pas été à Lagny. C'est cependant avec les événements de ce dernier que semblent s'accorder de préférence les faits rapportés dans le Jouvencel pour le siège de Grathor.

Les positions des ennemis à Grathor représentent celles des Anglais plutôt à Lagny qu'à Orléans. (Voy. J. Ghartier, ch. 81.)

— L'envoi du maréchal de Grathor pour demander du secours au roi peut se rapporter aux deux sièges; les assiégés des deux villes envoyèrent demander du secours à Gharles VII. Cependant la phrase suivante du discours du Maréchal au Roi (voy. plus haut, p. 166) désigne sans nul doute Orléans : c Sire, leur est advis A (aux assiégés de Grathor) que si vous voulez faire dilligence de c leur aider, Hz seront cause par la grâce de Dieu du recouvrement f de toute votre seigneurie, t — Le récit de tout ce qui se passa dans le conseil du roi est évidemment une narration purement théorique qui pourrait être le type d'une séance du conseil à cette époque. Il en est de même pour les délibérations du comte de { Parvanchières et de ses capitaines. — La manière dont fut levé le siège de Grathor se rapproche beaucoup de la levée de celui de T^gny. (V. J. Ghartier, ch. 81; — Lefèvre Saint- Remy, ch. 181;

— Monstrelct, Thomas Basin, etc.) — Quant à la retraite des enne- ^ mis sur Escallou, c'est évidemment la retraite des Anglais d'Orléans sur Meung, ainsi que nous l'avons montré dans les notes précédentes. (Voir plus haut, p. 198.)

On pourrait s'étonner que Jean de Bueil, dans ce récit collectif de ces deux sièges, ne fasse aucune mention de Jeanne d'Arc, si l'on ne se rappelait le passage du Commentaire cité tout à Theure et divers autres passages du môme sens qui s'y trouvent. Jean de Bueil ne voulait pas qu'on put reconnaître dans son œuvre les faits qu'il racontait en termes couverts, et il craignit qu'un épisode merveilleux et unique comme la venue et les exploits de la Pucello ne fit découvrir ce qu'il voulait celer.

fSli LE JOUVKNCEL.

d'armes ou à ung de ses trompettes adjoumer Gcrvaise à certaine heure pour ouïr les demandes qo'3 faisoit ; ce que fîst le conte, et lui bailla ong hoisBief pour incontinent à celle propre heure aller quérir Gervaise ; ce que fît l'jjissier. Et, quant Gervaise fiil venu, le conte dit : c Or ça, Richart, que demandei vous à Gervaise? » — c Monseigneur, dit Rîdnrt, je dy que Gervaise a ung prisonnier, qui est et dont j'euz la foy, quant le Jouvencel Tarrière-^arde du duc Baudouyn. » — € Sainct Jehan ! je le vous nye, dist Gervaise. Il me souvienl bien qu'il arriva ung tas de gens sur moy, qid le me voulurent tuer ; lesquieulx je abutinay * tous ; et que ung entre les aultres me dist qu'il estoit et qu'il l'avoit plustost pnz que moy. Et je loy pondiz que, quant nous serions à la ville, la raiaoD s'en feroit. Je cuide bien que ce soyez vous. Et pour ce je suis icy pour ouyr ce que vous vouliez demander à mon prisonnier. » — c Je dy, dit Ridiart, que je le priz par le bras et par la main dextre premier que vous et lui arrachay son gantelet. » — c Je dy, dit Gervaise, qu'il me mist sa main en ma main dextre et me donna la foy premier que à vous. » — Or ça, dist le conte, tirez vous ung peu à part, vous deulx, et on parlera de vous et de vos besongnes. > Le conte demanda à tous leur oppinion. Et ToppiDion fut telle que le premier, qui auroit eu dedans sa main la main dextre du prisonnier et à qui le prisoonîer auroit premier donné son consentement et sa foy et dit : je me rens, il luy devroit demourer; et, si le

I . On a \'u plus haaL p. 65. en note, la siimification de ce mol.

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prisonnier estoit gentilhomme et digne de foy, qu'il en devroit estre cru en son serement. Sur ce le prisonnier fut envoyé quérir et lui demanda le conte : Gomme avez- vous nom? » £t il lui respondist : Monseigneur, j'ay nom Jehan Malet*. • — c Par vostre foy, dist le conte, estes-vous gentilhomme? • - € Par ma foy ! Monseigneur, dit Jehan Malet, on y tenoit mon père au payz de là où je suis. > — c Or ça, dit le conte, Jehan, levez la main et dittes vérité. Vous estes gentilhomme, ainsi que vous dittes; mais gentilhomme ou non gentilhomme, tout bon crestien et tout bon homme doit dire vérité. Par vostre foy et par vostre part de paradiz et par la rédemption de vostre ame, direz vous vérité de ce que je vous demanderay? » — t Par ma foy! dit-il. Monseigneur, ouy. Mais que ce ne soit chose qui touche mon deshonneur et le dommaige de mon parti, que pour riens je ne diroye. p — c Aussi, dit le conte, je ne le vous demanderoye pas, ce n'est seullement que pour savoir à qui vous estes, pour ce qu'il y a débat à qui a eu vostre foy. Et pour ce dictes en la vérité et n'en mentez point par le serment que vous avez fait, p — « Monseigneur, par le serment que j'ay fait, il me souvient bien que ung homme d'armes vint à moy et me vint prendre par le bras et coula sa main tout au long de mon bras jusques sur ma main, et me tira mon gantellet hors de ma main. Je crioye tousjours : je me rens; j'avoye paour de la mort; car ilz estoient deux ou troys (jui me sercheoient o leurs espées entour la gorge

l. Var. : « Mulet. • C. F.

Sâi LE JOUVE!fCEL.

c si dru qu'il ne me souveDoit que de mourir. Ung c autre survint sur ce débat et me pnst par la main c et me dit : Rens toy ; donne la foy. Et je luy miz ma c main dedans la sienne et lui diz : je me rens. > — c Savez-vous bien, dit le conte, qui sont ceulx à qui c vous aviez à besongner? » Il respondit : c Modc seigneur, nennil. » — c Ne savez-vous pas bien, dit c le conte, qui est cellui qui vous osta vostre ganlec iet? » — c Non, Monseigneur, dit-il. Hais si je veoje c mon gantelet, je le congnoistroye bien. » — c Et c cclIui à qui vous baillastes vostre main? » — c Ouy, c Monseigneur, c'est Gervaise à qui je donnay ma c main et ma foy. » Le conte fit tirer les parties dehors et le prisonnier à part et demanda roppinioo de tous ; lesquieulx dirent tous qu'il estoit à cellui à qui il avoit baillé la main dextre, et que la main fait la foy, et cellui qui a la foy, l'emporte. Ainsi furent appellées les parties. £t vint Richart, qui apporta k gantelet du prisonnier, lequel advoua le dit prisonnior ot congneust bien que Richart estoit cellui qui Tavoit priz par dessuz la main et lui avoit esté gantelet; et confessa qu'il disoit tousjours : je riMis. Mais ncantmoings il fust jugié à Gervaise pour iv qu'il avoit mise sa main dedans celle de Gervaise et lui avoit donné sa foy. Et fut dit que, quant le prisonnier ne pourroit parler, maiz qu'il touchast de la main, que encores souflFisoit-il, mais qu'il touchant ou dedans de la main ; et le premier qui touche lu main dextre, l'emporte. Ainsi fut jugié à qui Ten emmena ; mais Gervaise mena Richart per uveoques luy en son logeiz, et lui donna une petilf haqueiKH? qu'il avoit, pour ce qu'il lui avoit aidîé à k

LE JOUVENGEL. S85

sauver. Gervaise avoit abutiné tous ceulx qui y estoient,

pour ce qu*ilz vouUoient tuer son prisonnier. Mais il

fut dit qu'ilz n'en auroient riens, sinon à sa requeste,

s'il en eust appelle aucun pour luy aider à le garder

et qu'il eust laissé à faire son preu autre part pour

cela faire. En cellui point, il y auroit butin et non |

aultrement. I

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