Alors âgé de dix -sept ans
2. Ainsi que le comte de Vendôme. Le duc d'Orléans, à peine délivré, prit aussi part aux intrigues qui sulyirent la Praguerie. Son frère, le bâtard, que Charles VII venait de faire comte de Dunois, en était également. Le duc de Bourgogne refusa d'aider ouvertement le DaupUn, mais, par la suite, il s'en mêla aussi. La Praguerie, qui tirait son nom des discordes proverbiales de la ville de Prague, éclata le 14 avril. La guerre commença d'abord en Poitou, puis en Touraine, d'où le Roi repoussa le Dauphin et le duc de Bourbon jusque dans le Bourbonnais. Le 19 juillet, tout était terminé, et le Dauphin faisait sa soumission à Gusset. Le 23 juillet 1440, la paix était criée. — Monstrelet, V, ch. coxlvi. — Journal d*un bourgeois de Paris, p. 350 et ss. — V. aussi, dans Escoucby (P. Jtut,, tome lU), les pièces intéressantes publiées par M. de Beaucourt. — Le Rosier des guerres (ms. fr. 442, fol. 160 v*) dit que les princes donnèrent à entendre, au Dauphin, c moult choses plaisantes à sa voulenté. • Louis, alors jeune, « croyait ses anciens. • Quel que soit l'auteur du Rosier , il est assez probable que nous avons ici Topinion du roi Louis XI, lui-même, sur cette équipée de jeunesse.
3. En 1439, la cour étant h Tours, Ghaumont, sa femme et le duc de Bourbon commençaient déjà à intriguer contre le Roi auprès de son fils. Lorsque Charles vn se rendit dans le Poitou (printemps de 1440), Ghaumont, qu'il avait fait gouverneur de Touraine, lui refusa l'entrée de Loches. Plus tard, lorsque Charles demanda qu'on lui livrât les fauteurs de la révolte, Chaumont fut désigné par lui, ainsi que Hontejean. Cette demande n'eut, du reste, aucune suite. — Beaucourt, Escouchy, III (P. Just.), notamment p. 7, 11, 19 et s. — Bnsserolle, I, 35. — Chaumont avait sans doute été entraîné dans la Praguerie par son beau-frère Antoine de Brie, grand queux de France et époux de Madeleine d'Amboise. — La Thanmassière, Hist, du Berry, 1. XI, ch. xxxvui.
4. Chronique Martinienne, fol. 285. — Le Roi leur avait, en effet, reproché leurs méfaits comme Écorcheurs. Après l'appointement, le Roi dit au Dauphin qu'il lui permettait de garder à son service Louis de Bueil et Antoine de Chabannes, f lesquels, ajoutait-il, vous ont mieulx servy contre moy qu'ilz ne deussent. •
)xxiTj INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1440
guois * et une grande partie des Écorcheurs, qui suivaient, en toute occasion, la même ligue que le duc de Bourbon. Mais Jean de Bueil, abandonnant le duc d'Alençon, demeura dans le parti du Roi ^, avec ses amis Goetivy, Brézé ' et Lohéac.
Deux ans après Tafiaire de Sainte-Suzanne, les grands seigneurs qui avaient pris part à la Praguerie firent exposer leurs griefs à Charles YII par des ambassadeurs. Les plaintes du due d'Alençon tenaient une large place dans les représentations des princes mécontents. Il réclamait la restitution de Niort ou le paiement d'une somme de vingt-deux mille cinq cents écus, ainsi que le rétablissement de sa pension et de sa lieutenanoe générale en Normandie, Maine et Anjou, toutes deux supprimées à la suite de ses précédentes intrigues. Enfin, il demandait que la place de Sainte-Suzanne, injustement détenue par Bueil au * nom du Roi, lui fût rendue avec un prisonnier anglais, dont la capture datait sans doute de la prise de cette place *.
1. Rodrigue, appelé en GasUUe, quitta la France, en (juin 1439), avec 3,000 hommes. — Quicherat, R. de Villandrando, p. 174.
2. Voici encore un fait qui indique les bonnes relations de Bueil et de la famille royale. Le 26 juillet 1440 (trois jours après la paix de Gosset), les autorités de la ville de Tours décident de prier la Reine d'écrire à M. de Bueil, a6n qu'il fasse cesser les maux causés par sa garnison de Montrésor, ou qu'il ôte la garnison. — Règ. des DélibéraUans de TVwrs, t. VI, à sa date. ~ Bueil paraît aussi être au mieux avec Charles d'Anjoa.
3. Chartier, l. c, — Brézé, alors sénéchal d'Anjou, fut très uUle an Roi pendant la Praguerie.
4. Ces griefs avaient été formulés dans une grande assemblée de too8 les princes, tenue à Nevers, à partir du 30 janvier. — V. Beauooiirt, Escouchy (III, p. SO, en date de mars 1442) : Instmciion pour iêi amhaxeurs que nos seigneurs assemblés à Nevers envoyèrent deven le Roy. Il y est dit, entre autres, à propos des réclamations du duc d'Alençon : f Item,... on ly occupe et détient, de part le Roy et soubz ombre c du Roy, sa place et terre de Saincte-Suzanne, etc.,... et auxi ung sien c prisonnier Angloyz. • — Monstrelet nous a aussi conservé (VI, ch. cglxt) l'exposition détaillée de ces griefs, ainsi que les réponses fort sensées faites par le Roi à Limoges (mai 1442). Les princes commençaient par des doléances sur l'élat du royaume et principalement sur les ravages des gens d'armes, ravages dont plusieurs d'entre eux étaient la cause directe. Ils demandaient la paix avec l'Angleterre, et, point intéressant à noter, ils réclamaient aussi une réduction du nombre des troupes soldées et la remise du commandement des compagnies à des personnes de confiance. Ces doléances, peu sérieuses, n'étaient que la préface obligée des griefs
1442] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. IxxiTi)
Ainsi, Bueil, qui s'était emparé de Sainte-Suzanne^ au nom du lieutenant général de Charles VU dans le Maine, refusait de rendre la place au duc d'Alençon privé de cette même lieutenance, sous prétexte qu^il ne jouissait plus de la conflance du souverain. Il est permis de penser que ce refus couvrait quelque motif dMntérêt personnel : car le Roi, comme on va le voir, ne s'en reconnaissait point responsable.
A regard de la pension et de la lieutenance, la réponse de Charles portait que, lorsque le duc d'Alençon se gouvernerait envers le Roi ainsi qu'il le devait, le Roi le traiterait comme son parent et sujet, ainsi qu'il l'avait toujours fait jusque-là. « Touchant la place de Sainte-Suzanne, » disait le même document, « le Roy ne l'a point baillée au seigneur de Bueil, ne de « par luy il ne la détient. Et, toutes fois que mondit seigneur c d'Alençon requerra au Roy justice, il luy administrera et fera « administrer très vouleutiers. El le dit seigneur de Bueil a bien « dequoy respondre, s'il le tient de tort, à monseigneur d'Alen- « çon. Semblablement, du prisonnier quMl demande, lui sera c administré raison et justice ^ >
penoonels des princes, entr'autres de ceux du duc d'Alençon. — Henry, p. 418. — Barante, Vil, 106 et 114. ~ Chartier, /. c. — Basin, 1. III, ch. XII. — Une pièce antérieure, en date de juin 1440 (Esconchy, Beancourt, m, 9), nous donne la mesure de la sincérité des prince». Le Mémoire iës plaintes.,, faites au conseil du Roy, estant à Montferrani, par les iues éPÀlençan et de Bourbon, conUent, point par point, les réponses da Roi à ces plaintes. Peu aTant, Charles aTait rendu, à Angers, une ordonnance par laquelle les capitaines étaient tenus de neioyer leurs compagnies, d'en faire la montre devant le connétable et de ne pas quitter les garnisons fixes qui leur étaient assignées. En reyanche, ils deyaient être payés exactement chaque mois (y. plus haut, p. lxxzi, la note sur la fraymaiique du 2 noT. 1439). fin léte de la liste de ces capitaines, nous tronvons « Bmssac, à Saincte-Suzanne, soubz monseigneur d'Alençon. i Bnissac ne put, grâce à Bueil, pénétrer dans cette localité ; mais il n'en était pas de même des autres capitaines nommés (Bueil ne figure pas parmi eux), presque tous hostiles au Roi et qui violaient ouTerlement l'obligation qui leur était faite de résider. Les princes étaient donc bien, eax-mémes, les fauteurs des désordres dont ils se plaignaient.
1. Limoges, mai 1442. Monstrclet, /. c. — Œuvres d'Alain CharUer, éd. Dnehesne, l, c, p. 119 et 841. Duchesne cite, dans ses notes, des lettres antérieures du Roi (18 mars 1440, v. st.), ordonnant à son premier
hiiTiii INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. il4ID
Au 20 août iÂÂ2, la place de Sainte-Suzanne n'avait pas encore été remise à son propriétaire, et Louis de Bueil, qui anit depuis longtemps quitté les Écorcheurs « , la gardait encore pour son frère ^. Ajoutons que, déjà alors, le duc d'Aiençon méeootent nouait, avec les Anglais, des intrigues coupables qui k firent plus tard condamner pour crime de haute trahison'.
Au mois de juin 4440, Charles d^Orléans, fait prisonnier par les Anglais, à la bataille d'Azincourt, vingt-cinq ans auparavant, fut enfin délivré de sa longue captivité et rentra en Franee pour épouser la nièce du duc de Bourgogne^. Afin de garantir le
huissier de faire cominaDdement, à Jean, seigneur de Baeil, de laiiicr jouir paisiblement le duc d'Alençon de sa forteresse de 8ainl»-8uuM. Buéll n'en avait tenu aucun compte.
1. V. plus haut, m^me cbap. Le voyage du Roi en Champagne, dvant les premiers mois de 1441, mit bon ordre aux ravages de* Écorchevt dans le Nord. C'est alors que Charles VII ht saisir et noyer, à Bar-sv- Aubc, le bâtard Alexandre de Bourbon (février 1 à 9).
2. Ceci résulte d'une convention assez curieuse passée entre Loais de Bueil et l'archevikiue de Tours. Villevieille (vol. XXI, fol. 91 et s.) bo«s en a conservé un extrait, que nous reproduisons ci-dessoas : c XoMe c homme Louis de Bueil, écuyer et seigneur de Mermande, étant oerapé « actuellement à deflfcndrc et gard<T le château de Sainte-Suzanne contre c les Anglais, anciens ennemis du royaume, et ne i»ouvant, en conséquence. c se trouver, selon son droit, à la première entrée de rarcbevéqne de c Tours, pour |>orter un côté de la chaize sur laquelle on le portait f depuis l'église Saint-Martin jus4|u*à l'église de Tours, et pour faire gar- « der, i>endant le dîner de ce jour, la cuisine, alin que les meta et la c ruisselle ne s'écartassent pas, il nomme un pr<»cureur, pour aaaialer et c faire ces fonctions. Mais rarchevé<|ue refusait de lui livrer la vaiiaelle a qui avait servi à sa cuisine le dit jour, |>arce qu'il n'y étoit pas en per> c .sonne. Cependant, vu le cas présent, il la luy accorda, selon ton dMt « et l'usage, sans tirer a conséquence pour l'avenir, par acconi àm c '20 aoust 1U2. UrcA. du chat, des Ormes Saint-Martin.) »
3. A la date du 16 juin 1441, le duc était déjà en relations Intimes avec U cour d'Angleterre (Vallet de V., 111, 432). En mars 1442, Ica ambassadeurs des princes assemblés à Nevers étaient chargés de prcvC» nir le Roi, en particulier, que les Anglais avaient fait de graodea offres au duc d'Alençon. Les prinros ne doutaient |N»int de sa fidélité; maii on |H)Uvait craindre, vu sa pauvreté, l'influence de mauvais conseâla. « KM'ouch), Beaucourt, III, Ml, piè«-e citée plus haut. — V. aussi, pins bat, les procès du dur.
4. Contrat du '2t; nov. \\\{). Marie, fille d'Adolphe, duc de Clèvea, H de Marie de Ikmrgogne. — Journal d'un bourgeois de S'ans, p. 3&7. ^ (>. de la Marche, Mém , 1, ch. iv.
1441] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. Ixxux
paiement de l'énorme rançon que devait fournir le prince*, nombre de seigneurs français, et parmi eux Jean de Bueil, avaient donné leur signature. A la date du 20 décembre 4439, ce dernier s^engageait^ pour sa part, à payer au roi d'Angleterre, avant la Saint> André (30 nov.) 4440, la somme de quatre mille saluts d'or '. En attendant, le duc d'Orléans devait recevoir, d'Henri VI, un sauf-conduit^ pour s'employer à la conclusion de la paix entre les deux royaumes 3.
La Praguerie étant terminée. Tannée suivante, le Roi s'empara de Greil. Puis il vint mettre le siège devant Pontoise^, avec la plus grande partie de son armée. Bueil ne prit pas part d'une façon active au commencement de cette opération, mais demeura, avec une partie des troupes, aux environs d'Argenteuil. L'artillerie de Jean Bureau ayant fait plusieurs brèches, le Roi flt avancer ces réserves, qui arrivèrent le 46 septembre, ayant à leur tête le maréchal de Lohéac, Bueil* , le sire de Thouars et le vidame de Chartres. Le 49, la ville fut assaillie de tous cotés et emportée de vive force.
Malgré son expérience militaire et son bonheur habituel, le Jouvencel n'était pas toujours vainqueur, surtout lorsqu'il se
1. Le duc d'Orléans ne se libéra jamais complètement de cette rançon, qui fut en grande partie payée par le duc de Bourgogne. En 1484, un procès eut encore lieu à ce sujet. — O. de la Marche, Mém,, l, c.
2. Monnaie démonétisée en France en 1436, au profit de' l'écu d*or à la couronne. — V. Journal d'un bourgeois de Paris, à la Table,
3. V., P, Justifib., l'engagement de Bueil, au 20 déc. 1439 (pièce communiquée par M. Lecestre, ainsi que la suivante). — Dans une autre pièce (Arch. nat., K 65, n* \b^^), on trouve énumérés les scellés délivrés à maître Jehan Lefuzelier, pour les porter en Angleterre. Parmi ces pièces, se trouve indiquée la contre-lettre de monseigneur de Bueil, pour A,000 saluts. La somme totale se monte à 202,000 saluts. D'après Chartier, an contraire, la rançon aurait été de 400,000 écus. Les reçus donnés par Henri VI (même liasse) ne mentionnent pas l'existence du scellé de Bueil. Le Fozelier était l'homme de confiance du duc d'Orléans. — Y. Bibl, de l'Éc. des chartes, 2- série, III, p. 138 et 147.
4. Juin 1441. — Pour ce siège, v. Berry, p. 413 et s. — Chartier, ch. 151. — Monstrelet, VI, ch. cglxi.
5. C'est à tort que Barante (t. VII, p. 89) nomme notre héros le comte ^ Bueil. Ce n'est que bien des années après qu'il porta le titre de comte <fc Sancerre,
ic INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1443
départait des règles de la prudence. Dans Tété de 4443% le dne de Sommerset, qui avait débarqué à Cherbourg une armée de six à huit mille hommes', s'avança, avec Dorset et Gougfa,.en ravageant le Maine et T Anjou, jusque dans les faubourgs d'Angers^. Le connétable rassemblant, dans cette ville, des troupes pour lui résister, les gens du duc d'Alençon, Lôhéac et les deux Bueil répondirent à son appel *. Mais, pendant ce temps, les Anglais, abandonnant l'Anjou, avaient pris d'assaut La Guerche et assiégé Pouancé ^ qui appartenaient au duc de Bretagne, avec lequel ils étaient en paix. Gomme ils ravageaient aussi les parties voisines de TAnjou, le connétable se transporta à Château-Gontier, où il fût rejoint par le duc d'Alençon. Ses capitaines voulaient attaquer de suite. Il les supplia, cependant, de différer leur entreprise jusqu'au lendemain et d'attendre deux cents lances qui devaient arriver incessamment. Mais ils ne voulurent pas Técouter et sortirent du côté de Craon*, à quatre heures du soir. Pour comble d'imprudence, ils s'arrôtèrent, pour manger, au Bourg-Neuf-Saint-Quentin ^ et ne se gardèrent pas. A la nuit, Mathieu Gough, qui battait le pays avee quinze cents hommes, les surprit et les mit en complète déroute.
1. Bueil ne semble pas ayoir pris part à Texpédition de Tartas, dans l'été de 1442 (Monstrelet^ YI, ch. cclxyi). — Il n'assistait pas non plus à la victoire remportée, à Saint-Denis d'Anjou (arr. de Châteaa-Gontia>), par les garnisons françaises du Toisinage (juin 1441 ou no?. t442). — Chartier, ch. 150. — Bourdigné, 11, 190.
2. Dom Taillandier, Hist de Bretagne^ 11, 4. — Monstrelet, ch. oclxxi. — Gruel, p. 377. — Berry, p. 424. — Bourdigné, II, 191 et s. — Ghar- Uer ne mentionne pas ces événements.
3. D'après Bourdigné, il logea à l'abbaye Saint-Nicolas. Un soir, an r^nonnier du château d'Angers dirigea son fauconneau sur les fenêtres éclairées de la salle, où les chefs anglais soupaient. Le coup frappa le sire de Froydfort (Fulford ?) assis à côté de Sommerset. Les Anglais dél<^ gèrent dès le lendemain.
4. Bueil était alors, à ce qu'il semble, réconcilié avec le duc d'Alençon.