‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 103 sur 324 · Et la dernière lance d'être courue · texte numérisé non relu

Et la dernière lance d'être courue

du INTRODUCTION B106RAPH1QUB. [1447

la lance de Ghâlons, touchant rarrét de la lance de son adrersaire, défonça son armure et se brisa en lui traversant le corps de part en part * . Louis de Bueil expira entre six et sept hrares, le même soir'.

Le lendemain, 6 février, le corps fût porté à la cathédrale de

1. Au-dessous du bras, d'après Esconchy. Les précédentes coonee ayaient endommagé l'armure à cet endroit où il manquait un croissant ou gousset. U est fait, dans le Jouvencel (2* part., ch. xzi), une allasion à cet accident, alors très fréquent, la plupart des coups de lance t^eoant frapper cette partie, en glissant sur l'armure. — Bien qu'il ne soit pas ûdt mention des conditions du combat, il est probable, d'après ses résultats, qu'il airait lieu à fer émoulu (aiguisé) et non à armes courtoises. Ces sortes de joutes, malgré leurs suites sanglantes, rentraient encore dans U catégorie des Armes de plaisance ou des Totumois. Elles doivent être soigneusement distinguées du Duel judiciaire ou Appel en gage de bataille, qui, minutieusement réglé par les ordonnances des rois, ne pouyait aToir lieu que sur la permission du souverain, dans des cas de Tie ou de mort et lorsque toute preuve juridique faisait défaut Au contraire, les joutes, dans lesquelles on ne courait qu'un certain nombre de lances, n'étaient généralement motivées par aucun différend grave, mais la plupart du temps par le seul désir de faire armes. Ainsi, nous voyons le Jouvencel (2* part., ch. xxi) accorder à deux gentilshommes la permission de faire armes, sans qu'aucun grief sérieux soit allégué. Le Jouvencel n'agit ainsi que pour complaire aux dames et damoiselles et sous la pression de la mode. Toutefois, il a soin de déclarer que c'est i chose défendue et vaine et sans utilité » d^exposer ainsi sa vie et son honneur. Bien que ce combat soit évidemment de même nature que la joute où périt Louis de Bueil, il y a lieu de remarquer qu'il est qualifié, dans la sommaire du chap., de combat en champ clos, expression qui, dans un sens restreint, paraît plutôt destinée à caractériser les duels judiciaires que les tournois. Mais ce terme doit être, sans doute, pris ici dans l'acception tout à fait générale de combat dans une enceinte fermée, par opposition à la rase campagne. — On trouvera aussi dans le Jouv. (t. c.) la description d^un duel judiciaire, ainsi que le texte des Ordonnances de Philippe le Bel, sur ce dernier point (3* partie, ch. m). — V. le Glossaire de Ducange aux mots Duellum, Pugna, Campus, Factum et Tor-' neamentum. — Wulson de la Goiombière, Théâtre d'honneur et de che- Valérie (Paris, 1648), I, préface et p. 35, 252 et 265; 11, préface et p. 71. — Mémoires d'Ol. de la Marche, éd. Beaune et d'Arbaumont, 11, p. 96 et 402. — Violiet le Duc, Dict. du mobilier, au mot Tournois.

2. Lambron reproche au Roi, non sans quelque apparence de raison, d'avoir fait contiouer le combat. Toutefois, il paraît bien délicat de trancher ainsi des questions de point d'honneur, vieilles de plus de quatre siècles. U faut remarquer aussi qu'Escouchy (1, 109) donne une tout autre version. D'après lui, ce serait Louis de Bueil lui-même qui aurait forcé la main au Roi, en demandant c que les armes accordées entre eux fussent paracomplies. »

1447] INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. elli]

Tours, où l'un des ambassadeurs d'Angleterre ofUda * . Puis, à la lueur des torches ^, les assistants accompagnèrent la dépouille, posée sur un chariot, jusqu'au bourg de Bueil, où Louis Ait enseveli dans la collégiale fondée par ses ancêtres 3. Le Roi, les seigneurs et les dames se montrèrent désolés de la triste fin de ce brillant écuyer*. Ghâlons, lui-même, profondément affligé, prit part aux obsèques et Charles VU, loin de lui montrer aucun déplaisir, le combla de présents' et le renvoya avec un saufconduit en Angleterre.

1. c Le premier seal d'Angleterre. » Il s'appelait maître Adam Moleyns et était doyen de Féglise de Salisbury et protonotaire du saintrsiège. L'autre ambassadeur se nommait Dondellay ou Dudley. Tous deux étaient chargés de négocier une troisième prolongation des trêves (Lambron, l. c, p. 293 et 329), qui fut conclue à Tours, le 2*2 février. Elle devait durer jusqu^au l*' janvier 1448. — Escoucby, III, 114.

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