Jouv.^ 1" partie, ch. v, p
4. Bueil en reçut plusieurs fois du Roi en cadeau. V. la fin du chaf
xxTiij nfTRODUCnON BIOGRAPHIQUE. [1429
le /ouvencel^ y est traitée parfois avec une véritable éloquence et toujours avec une parfaite sincérité ^ Remarquons, toutefois, que la guerre n'était pas alors, pour rhomme d'armes, une maltresse ingrate, témoin Sforza et tant d'illustres capitaines, parvenus à la pointe de Tépée'.
On pourrait croire, d'après ces citations, comme d'après le témoignage de Tringaut (§ v), que Bueil se tint constamment éloigné de Tentourage des princes. Et cependant, Pauteur du Jmêvencel ne sut pas toujours se préserver de la contagion de rintrigue. Son amour-propre reçut à ce jeu de cruelles ble&-
1. II faut rapprocher de ces passages da Jouvencel le langage toat à fait analogue que Georges Chastellaîn prête à Bueil, dans la pièce intitulée : La mort du roif Charles VU; Mystère en vers {Œuvres de Chasteilain, éd. Kervyn de Lettenhove, VI, 453). — Dans cette pièce , la France glorifie le Roi des grâces que Dieu lui a faites. — Le Boi répond en glorifiant les serriteurs qui l'ont aidé dans sa tâche. — Les ServUeisn parlent à leur tour, chacun suivant son caractère, pour remercier leur souverain. Voici ce que dit Bueil :
c Pour vestir fer et en armes combattre,
c Dieu et nature ont noblesse ordonnée;
f Et pour l'orgueil des tors-faisans abattre,
« Quant leur force est en force foisonnée.
c Nul plus joyeux, ne glorieux esbattre
« N'a noble main à proesse donnée,
c Que pour son Roy quereller et débattre,
c Et pour la terre en qui propre elle est née.
a Jeune fus mis à ce mestier apprendre,
c Et, tout parcru, oncq ne fis autre chose;
« Nécessité me fit les armes prendre,
« Et par contrainte y mis toute ma pose.
« Les Angevins ay fait maint cas emprendre,
( Dont de Teffet sur honneur me dépose ;
f Celny toujours ay mis en mon comprendre :
f Roy, prens en gré, dur m^est ta bouche close. >
2. On sait que le roi Louis XI avait pour François Sforza la plus grande admiration. Il en avait fait faire un portrait, ainsi que celui de son fils : c Au peintre du duc de Millan pour deux pourlraictures du feu f duc de Millan (François Sforza, mort le 8 mars 1466} et du duc de pré- « sent (Galeas Marie) baillé au roi trente escus. > Cette note parait dater de 1466. Elle est donc de bien peu postérieure au temps où Bueil écrivait les lignes que nous venons de citer. Il serait intéressant de connaître le nom de ce peintre qui précédait, dans ces fonctions officielles, Léonard de Vmci. V., Bibl. nat. Ms. fr. 20490, 66 (Gaignières) : Parties d'argent comptant baillées au Roi par Guill, de Varye.— V. aussi, dans la Chronique de Georges Chastelkin (II, 155), l'opinion de cet auteur sur Sforza.
sures, et ces mortifications ne sont éyidemment pas étran( au ton de profonde amertume avec lequel, devenu vieu: s'exprimait sur le compte de la cour * et des courtisans.
Mais, en Tannée U29, les preux de Château -TErmi étaient jeunes encore et Tardeur naturelle à leur âge était en augmentée par la nécessité d'échapper à la misère. Dans ce ] que désolait la guerre, il fallait tout conquérir les armes à la no C'est ainsi que nous voyons le héros du Jouvencel débuter la conquête des chèvres et de Tunique vache du châteai Verset^. Puis c'est le tour d'une lessive, dont il rembo triomphalement son jacque crevassé ^. Le but de ses entrepi grandissant en importance, il capture une troupe de che^ « povresy mesgres et fercineux, » dont le meilleur, un estropié il est vrai, lui échoit en récompense de ses hauts fi Ces récits caractérisent, d'une façon pittoresque, la situation 1 qu'elle est alors dans. les marches. Toutefois, à l'époque nous sommes parvenus, les affaires de Bueil se sont un améliorées. Si ruiné qu'il soit par la guerre, Jean Y tient jacque en bon état. Ses chevaux, loin d'être estropiés, sont montures de prix, parfois même des présents du Roi^. Les [ mauvais jours sont donc passés, et nous pouvons nous écri avec Tauteur du Jouvencel : « Or, il a tant fait qu'il es « cheval, la mercy Dieu*. »
1. Voir au Jouv. la suite de la conversation citée un peu plus hi particulièrement (p. 45) le discours d'un ancien, qui peut être consic comme exprimant les idées de Bueil lui-même. — V. aussi, 3* par la fin du m* ch. et passim.