‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 235 sur 324 · Un homme de cour, un courtisan · texte numérisé non relu

Un homme de cour, un courtisan

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qae^ se tu as envye sur aultruy, tu seras incessamment lassé et traveillié en l'entendement et n'auras jamais joye tant que tu ayes trouvé façon et moyen de lui nuyre; et, en lui cuidant nuyre, tu nuyras à toy-meismes. Et ainsi est sans comparaison plus périlleux le doubte d'envye que nul des autres et nuyst plus souvent à Tenvyeux qu'à l'envyé. Aussi est bien à craindre l'envye d'aultrui. Car, quant tu seras à la court, ou tu feras bien ou tu feras mal. Se tu fais mal, tu te pers et diffames. Se tu fais bien, je te asseure que, ainsi que tes biens augmenteront, ainsi croistront les envyes encontre toi, et auras des envyeux sans nombre. Car, de tant que tu feras mieulx tes besongnes, tant plus aura l'en envye sur toy.

c Des autres doubtes y a assez ; mais pour cause de briefté je les tairay pour le présent et viendray à parler des corrupcions qui chargent l'ame et l'honneur de l'homme et sont pires que larrecin. Et, pour le monstrer, je dy ainsi que l'homme de court puet estre corrompu en deux manières : ou en soymeismes ou en autruy. Et est dit cellui corrompu en soi-meismes, qui sueffre ou fait aucune chose injustement ou contre raison, ou pour avoir argent, ou pour donsetpresens, ou pour amys, en baillant faulx à entendre au prince, en détenant de son avoir ou de cellui de ses subgectz; et, pour conclurre, en toutes les manières que on y puet avoir aucun prouffit, on est corrompu en soy-meismes. Mais je appelle estre corrompu en autrui, quant on congnoist les choses dessus dictes estre en aucun son semblable ou plus grant ou moindre, puisque on a i 4

BO LE JOUVENCBL.

adininiâtracioD et communicacion d'office avecques lui, et que on le suef&e ou tollere sans le magnifester et sans en advertir le prince. Se n'est-il que cellui ne craingne d'accuser ung autre pour ce que tantost* on dira qu'il le fait pour envye ou pour hayne, ou pour faire le bon varlet. Et vous scavez que cellui qui met le pié au devant de son compaignon pour le faire cheoir se met en dangier de tomber soy-meismes. Et, pour le faire brief, on y a tousjours aucun desplaisir ou aucune merencollie. € Or advisez doncques, Jouvencel, que c'est que de sîeuvre la court, qui n'y a bon pié et grant fondement. Et, s'il vous plaist escouter et entendre ung pou, je viendray au second point qui touchera les haultes virtus, les grans triomphes, la loyaulté et grant courage des gens de guerre, quant ilz sont bons. Et vous diray aucuns exemples à ce propos par manière de coUacion.

c Les anciennes servitudes, ainsi que racomptent aucuns jurisconsulz ^, ont prins naissance et commencement par les batailles, victoires et triumphes € des anciens guerroyers. Car il estoit de coustume, c tant en Asie, comme en Auffricque et en Europpe, € que ceulx qui estoient vaincus et subjuguez, estoient « reddigiez et mys en perpétuelle servitude. Et sem- € blablement les victoriens conservoient leur franchise € et acqueroient dominacion sur autruy^. Mais, pour « descendre à mon principal, toute empire et toute

1. Yar. : c pour ce qu'il lui semble que tantost, etc. » Éd. Yérard.

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