Aristote, Ilepi Ysveaecoç xai çOopaç
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instruction. Mais , à régir et gouverner soy et aultruy et avoir charge et auctorité sur multitude, est requise grant congnoissance et déduction de raison. Car, pour parfaittement gouverner, fault cognoistre la chose dont on a le gouvernement, et la nature d'icelle, soit beste ou homme. Pour ce est-il que le corbeau, après qu'il a pullullé et que les petis corbins sont nez, voyant qu'ilz ne sont pas semblables à lui (car ilz ne sont pas encores revestus de leurs pennes ne n'ont nulle couUeur noire comme luy ;) doubtant qu'ilz ne soient procédez d'autre oyseau que de soy, les délaisse et habandonne jusques au huitiesme jour et n'ont autre subtentacion ou nourriture que de l'air. Mais, après qu'ilz sont emplumez et il les congnoist estre ses semblables, il les nourrist et devient curieux de leur gouvernement plus que nul autre oyseau. Pareillement cellui qui a la charge et administracion de gens ou de bestes, doit savoir et apprendre leur coûdicion avant que soy en entremettre. Et ceste chose ne puet mieubc estre esprouvée que par estre premièrement en Testai particuUier et en communicacion ou en compaignie des moindres ou esgaulx à soy. Pour ceste cause voit-on conununement les gens de bas et de petit estât, quant ilz ont grant sens naturel et hault entendement, venir à bonne perfection. Car, s'ilz sont saiges en communicant et conversant avec leurs seniblables et avec autres gens, ilz pevent apprendre et congnoistre leur condicion ; et pour ce viennent à la congnoissance du gouvernement d'autruy, et ainsi sontprins et esleuz pour estre par dessus les autres. En ceste matière faisoient anciennement les Rommains et constituoient les gouverneurs et administrateurs de la chose publicque
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selon la mutacion des trois estaz^. Ainsi le font encores ceulx de Florence, de Jennes et d'autres marches de Lombardie. En ce mesmes , nous voyons en France que souventeffois les serviteurs, pour avoir charge et administracion soubz la main de leurs maistres, parviennent en grans estas. Et aussi entre les bons hommes d'armes et gens congnoissans la guerre, quant aucun a longuement porté le harnois soubz la conduite d'aucun cappitaine ^ et qu'il a le sens et subtilUté d'expérimenter les condicions de ses contaignons, et comment ilz se veullent entretenir, il parvient après à estre cappitaine et avoir la charge et conduite des autres ; et certes ce sont les plus dextres et qui mieulx se y treuvent. Si me semble que les grans seigneurs et gentilzhommes, quant ilz vuellent applicquer leurs enffans à la guerre, ne doivent point avoir honte de les mettre au commencement soubz la main et condiiite d'aucun bon cappitaine, sans leur bailler estât ne serviteur, par quoy ilz se puissent trop tost congnoistre. Et, quant on le fait ainsi et qu'ilz ont esprouvé les durs faiz, la pesanteur et le travail de la guerre et ilz parviennent à avoir charge et gouvernement d'autres, ilz les scevent mieulx entretenir et congnoissent plus parfaitement l'usance de la guerre. A ceste cause avoient tous les parens et amys du Jouvencel mys icellui en la conqueste et exercite des armes pour estre apprentis et lui laissoient avoir plusieurs souffraites comme aux autres ^. Et certes il n'y perdit pas
1. C'est-à-dire selon la succession des trois états, monostique, économique et politique.
2. Var. : « d'aucun cappitaine ou de quelque prince. » Éd. Vérard et Lenoir.