Jean de Bueil avait commencé par être page du vicomte de
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son temps ; car il fut très boD escollier en sa science et n'estoit point endormy ; mais nuyt et jour veilloit et traveilloit pour faire aucune belle entreprinse, ainsi qu'il est apparu par cy-devant et pourra cy-après plus amplement apparoir.
La seconde cause pourquoy ceste partie est plus longue et difficille que la première, est que en icelle sont declairez pluseurs choses longues et plus difficilles que en la première. Si est ainsi que les oeuvres prennent difficulté suivant la matière ^ .
Ainsi vueil mettre fin à ce Prologue, pour descendre et retourner à la matière principalle, ainsi qu'il apperra en poursieuvant le texte de ce présent livre.
CHAPPITRE I.
Cy commence la seconde partie de ce livre j en laquelle est touchié le gouvernement du Jouvencel en V estât moyen ^ nommé yconomique; et comment le Jouvencel, ja considerans sa bonne fortune, proposa faire une course sur ses ennemys et demanda congié et gens au cappitaine de hue, lequel à grant difficulté les lui octroya.
Vertu et aussi bienfait sont de telle nature que, tant plus homme les poursieut et s'i mect avant, tant plus attrait son couraige à persévérer tousjours de
Narbonne et ensuite avait commandé de petites troupes de gens de guerre. {Commentaire, TLL et V.)
1. Var. : c suivant la matière qui survient. » Éd. Vérard et Lenoir.
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bîeD exï mieux. Et, pour ce que le Jouveucel, en son premier estât et en la compaignie de pluseurs povres kumnes de guerre, avoit bien fait son devoir, c'est assavoir, acquis honneur et loenge et proufiBté grandement à ceulx de son païs, de plus en plus croist sa hardiesse et s'efforce de faire entreprinses pour augmaiter son loz et accroistre son couraige.
Si lui souvint des chevaulx de ses adversaires qu'il avoit aidé à prendre, et du service qu'il a fait au cappitaine. Si lui dit ainsi en la présence de ses compaignons : c Certes, cappitaine, quant il me souvient de l'autre jour que nous chevaulchasmes et destroussasmes les autres, je vouldroye que nous feussions allé quatre ou cinq lieues plus avant. Car je croy que nous eussions bien besongné et que Dieu nous eust envoyé aucune bonne adventure. » — c Comment dya! dist le cappitaine, ne besongnastes vous pas bien? Par saint Jacques! il nous doit bien suffire de ce que nous en feismes ; car on n'eust peu passer oultre ne aller plus avant sans avoir esté descouvert pour les fortes garnysons et grans gardes qui sont sur le païs. > — c Or advant, dit le Jouvencel, si je treuve homme qui me vueille sieuvyr, j'en auray une verte. Aussi dit-on que quiconques n'en cueulle des vertes, il n'en mangera pas de meures. » A ces parolles s'accordent ses compaignons d'aller avec lui, pourveu que ce soit le plaisir du cappitaine. Et le Jouvencel vient à lui, lui prier qu'il en soit content ; lequel de prime face lui en fait ung pou de difficulté, en lui disant : c Ha ! Jouvencel, je vois bien que € c'est, il vous est adviz que pour vingt chevaulx c que vous avez destroussez , que tout le monde soit
vostre. Ce n'est pas cela : mais aucuneffoiz tel cuîde gaigner qui pert. Et là où vous vouliez aller, il y a plusieurs dangers et y fault procéder de sens rassiz et avoir grant conduite. Si ne sçavés vous pas encores tous les motz de la messe. Mais je y allasse voulentiers, se ne fust que de heure à autre j'attens nouvelles d'une besongne dont nous aurons tous grant joye, se Dieu plaist. ToutefiFois pour le bon commencement que je voy , en vous, j'ai parfaite fiance. Si suis d'accord que prenés xx ou xxv^ chevaulx pour aller à vostre adventure, puisque c'est vostre plaisir^. Et je demoureray céans pour faire <K le guet, afïin que les ennemis ne nous surprennent, w Puis manda les compaignons venir en la chambre du cappitaine secrètement ; et ainsi le firent. Et lors leur devisa la forme de leur entreprinse, ainsi qu'elle sera veue en la déduisant ; et ordonna le cappitaine au mareschal, à Gervaise et aux aultres qu'ilz se conduisissent pour ceste nuit sous la main du Jouvencel en luy obéissant comme à soy-meismes. Car il le consfi-' tuoit et ordonnoit son lieutenant pour ceste entreprinse. Lesquieulx respondirent que aussi feroientrilz voulentiers. Puis se départirent et se parèrent jusques au soir et fist chacun mettre à point son habillement.