‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 253 sur 324 · Var. : « lice. » C · texte numérisé non relu

Var. : « lice. » C

90 LE JOUYENGEL.

aucune noise. Et adonc print les troussons et les assembla, et tant fist qu'il dressa son eschielle au lieu où il avoit advisé. Et print cellui qui estoit au plus près de lui et lui bailla une corde pour porter sur la muraille, adfin de tirer les eschielles de cordes; et le fist Piètres monter et lui dist : c Quant vous serez amont, il vous c fault de bons, gros et fors bastons, que vous metc très au travers des anneaulx de voz eschielles de € corde et les ferez traverser et prendre entre deux c creneaulx affin de tenir voz eschielles plus ferme ^ . » Et lui conunanda Piètres qu'il ne se partist du créneau ou costé de l'eschelle pour ayder à monter les autres, et aussi pour leur monstrer où ilz se tendroient et ce qu'ilz devroient faire. Ainsi monta le compaignon sur la muraille du chastel et atacha les eschelles et fist ainsi que Piètres lui avoit commandé. Et incontinent ledit Piètres, qui estoit au pié de l'eschelle, ne se bougoit pour paour qu'on ne la bougeast point ne qu'on ne la chargast trop et qu'elle ne rompist. Et pareillement nulz des autres ne se mouvoit. Il fist monter le second après ; ainsi les fist monter tous l'un après l'autre.

Et incontinent vint le Jouvencel atout sa dixaine, qui pareillement montèrent ; et pareillement toutes les autres dixaines. Et cependant que les dixaines montoient, le Jouvencel, avec les deux premières dixaines, qui portoient les grandes turquoises de fer bien acherées, de la longueur de deux piez ou environ, vindrent aux huys du portail, qui estoit sur

i. Var. : t que vous mettrés au travers des creneaulx et que les diz bastons soient bien attachiés aux eschelles de cordes, adfin de tenir plus ferme. » B.

LE JfOUYENGEL.

la muraille du chasteau, et rompirent les serreures, adfio de descendre en la ville ; et gaigna la porte et entrèrent toutes les vm dizaines dedens le chastel et vindrent rompre l'huys du chastel, qui ouvroit sur les champs ^ Et, en eulx escriant et menant grant bruyt, commencèrent à crier ville gaignée. Et lors le Gappitaine et tous ceulx de l'embûche, qui ouyrent ce grant bruyt, vindrent à la porte, qu'ilz trouvèrent ouverte, et entrèrent dedens ; et là tuèrent partie des ennemis et les autres prindrentprisonnyers. Et, quant tout fut dedens, le Jouvencel dist au Gappitaine : c Gappitaine, lessez la porte; je vueil saillir dedens la ville. 9 — « Ha! dist le Gappitaine, Jouvencel, ne vous hastés pas ; car tout le monde yroit maintenant au pillaige, et vous ne scavés quelles gens il y a dedens la ville, qui nous pourroient faire quelque desplaisir ou quelque oultraige. Il sera tantost jour; et puis sauldrons tous ensemble. Si verrons entour nous ; car la nuyt n'a point de honte. Ainsi nous ferons nos choses * sceurement. > — t Voire, dist le Jouvence], mais ilz s'enfuiront ce pendant et perdrons de bons prisonnyers et de bons chevaulx. > — € Ha ! dist le Gappitaine , j'ayme mieulx qu'ils s'en voissent que, par faulte de gouvernement, ilz nous jettassent hors de la ville honteusement. » Lors dist chacun : t Vrayement il dist voir. Nous avons beaucoup gaignié d'avoir gaignié ce beau chasteau et ceste belle ville. > Ainsi fut conclud de ne saillir jusques au jour.

1. Var. : t vindrent rompre la porte dudit chastel qui avoit issue sur les champs. » B. — Éd. Vérard.

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