Var. : f quatre lieues, i B
LE JOUYENCEL. M 3
cause de ceste destrousse. Car ilz véoient evidamment que Dieu et fortune leur favourisoit ; et c'estoit ce que de plus en plus acroissoit leur bonne voullenté et couraige. Et tousjours s'efforçoient d'acquérir et conqueater à Tentour d^eulx sur leurs ennemys. Mais des petites rencontres, que faisoient aucuns de leur garnison, en saillant, puis six, puis dix, piiiis douze, n'en fault ici faire mencion pour le présent. Car ce ne seroit que prolixité de langaige sans aucune nécessité. Et aussi a esté faitte cy-devant assès suffisanunent mention de telles petites entreprinses en la première partie de ce livre. Parquoy suffist en ceste seconde partie parler et faire mention des moyennes entreprinses, en montant tousjours de plus en plus.
Si nous fault arrester à celle qui leur estoit plus nécessaire; et ne sera traictié en ce chappitre fors seuUement leur adviz en la manière de proposer leur entreprinse avec aucunes instructions pour les gens de guerre. Et ou chappitre ensieuvant sera recité et mys au long Teffect d'icelle entreprinse, qui fut faitte contre les habitans d'une place prouchaine de la ville de Cralhor , nommée Escallon * , en laquelle prinse et desconfiture furent mys à mort, prins et desconfis pluseurs de la garnison.
Si est ainsi que, après que le Jouvencel et ceulx de sa compaignie furent retournés en la ville de Grathor et eurent prins et destroussé messire Guillaume Boucqueton et ses gens, grand joye fut faitte de ceste adventure parmy la ville. Et dirent les pluseurs que bien estoit digne ung tel honune
i . En marge dans le ms. A : « Escallon est Marchanay. » (Marchenoir.)
comme le Jouveneel de gouverner ung royaume et tout un pueple et que beneurez estoient d'avoir ung tel chief de guerre, qui à ses entreprinses a eu si belles adventures * sur ses ennemys. Parquoy advint ung jour entre les autres que ceulx d'Escallon par fortune rencontrèrent aucuns marchans, qui alloient à Grathor. Si les destrousserent vilainement, tellement que les nouvelles en vindrent au Jouveneel et au Gappitaine, qui en furent moult desplaisant.
Et une foys entre les autres ledit Jouveneel et le Mareschal adviserent qu'il seroit bon de trouver aucun expédient pour ruer juz leurs ennemys, qui tant les grevoient. Mais riens ne voulloient entreprendre sans le sceu du viel Cappitaine*. Si s'adressèrent à lui une après-disnée et lui conunença à dire le Jouveneel en ceste manière : « ^ny est c que nous avons cy près de nous ceulx d'Ëscallon c qui nous font beaucoup de desplaisir et destourbier ; € il me semble qu'il seroit bon de leur courre sus. € Pour ce avons ad visé, le Mareschal, Gervaiseetmoy, € qu'il est expédient envoyer quinze ou vingt estra- € deurs courir sus les champs et qu'ilz passent par < quelque lieu près d'Ëscallon, tellement que ceulx de a la ville en oyent nouvelles ; et puis ilz sauldront sur € eulx, et nous aurons nos embûches prestes d'assail- € lir de tous costés. > — « Or ça, dist le Gappitaine, € n'avés-vous pas autre chose advisé? > — « Vraye- « ment, dist-il, nennyl ; car plus n'en avons vcmllu € parler jusques à vostre présence ; et, s'il vous plaist, € vous delibererés quant au surplus. >