En marge dans le ms. A : c qui est à entendre la Hyre
Lors se priost le Gappitaine ^ à parler et à deviser la manière de leur entreprinse, en parlant ainsi : c II c m'est adviz, Jouvencel, que ce que avés ainsi advisé c pourroit bien pou prouffiter. Car, quant noz ennemiz € ne verront que vingt hommes, ilz ne pourront ou c vouldront saillir que quarante au plus et puet estre c qu'ilz desconfiront ces vingt. Et prenés qu'ilz fussent c desconfis, si ne seroit-ce que quarante hommes desc troussez, et si seroit ung advertissement pour les € autres. Mais il me semble que nous sonmies en ceste c ville aussi puissans que eux et gens pour les com- € batre à l'aide de Dieu et à nostre entreprinse. Et, € pour ce, je suys d'oppinion que nous aillons jusques € à leur porte, ainsi que je vous diray. Je congnois c Escallon et y ay esté beaucoup de fois. Il y a ung c fumier devant le boullevert, assés à costé du chemin, € que je scay bien qu'ilz ne descouvrent point et n'y € ont nul regard^, comme ilz ont aux fossez et aux € hayes, qui sont environ eulx ; car sceurement ilz € descouvriront tout, excepté cela. Et pour ce nous € mettrons de nuyt deux cens hommes dedens ce € fumyer, sans ce que personne s'en apparçoive. Et € ja piéça ay bien advisé comme ilz seront couchiez € et couvers du fumyer legièrement et tellement qu'on € n'en verra riens ; et lesquelz seront en bons et vrais € habillemens. Et puis vous irés courre devant, à € l'heure que les portes ouvreront, si roidement qu'ilz € n'auront pas loysir d'eulx adviser du fumyer. Mais € leur suffira d'envoyer descouvrir leurs hayes et leurs
i. En marge dans le ms. A : t Lahire. » 2. Yar. : c que je sçay bien qu'ilz n'ont aucun regard ne veue descouverte. > Éd. Vérard et Lenoir.
fossez, et du fumyer jamais ne se doubleront. Item vous aurés trois cens hommes de cheval en une embûche voilant, que vous mettrés sur celle touche de bois qui est au hault des champs du costé que n*est pas le fumyer et au plus près; et chacun homme de cheval aura ung honune de pié derrière lui. Et, incontinent que vos coureurs auront couru la porte et que ceulx d'Ëscallon auront descouvert leurs fossez et leurs hayes, vous les verrez jusques enmy les champs bien avant ; vous tendres Tescarmuche. Et, quant ilz seront aux champs, comme je vous dy, vostre embûche sauldra là où il y aura trois cens hommes, qui auront derrière eulx sur la crouppe de leurs chevaulx autres trois cens honmies, que ceux de la place ne verront point. Ainsi seront vi*^ hommes : et les deux cens hommes du fumyer, ce seront vm*" hommes, qui seront, à la grâce de Dieu , assés pour eulx renvoyer jusques à leur porte. Car pour cincquante et soixante coureurs et pour trois cens chevaulx qu'ilz verront venir après, ilz ne vous lesseront point à vous tenir escarmuche ne ne se doubleront point de ceulx qui seront ou fumyer, ne de ceulx qui seront derrière ceulx à cheval. Ainsi vous leurporterés v"" hommes à leurs barrières plus qu'ilz ne verront. Et fauldra que ceulx qui seront ou fumyer, se tiengnent tous ensemble et voisent marcher tout droit à la barrière bien vistement et se arresteront ^ là sans partir, tant que l'exploit soit fait. Et les trois cens honmies, que
1. Yar. : f et voisent marcher tous à rencontre et se arresteront, etc. » Éd. Vérard.
LEJOUVENCEL. M7
€ VOUS porterés derrière vous, feront l'exploit. Car, € dès que vous approucherés des ennemis, ilz sauldront € à pîé, et, eulx à pié et vous à cheval, chargerés sur € eulx« Ainsi, se Dieu plaist, vous les desconfirés. »
Après ce que le Gappitaine^ eut parlé, comme dessus est dit, fut parlé qu'il failloit que ceste entreprinse fust descouverte au sire de Roqueton, à Jehan Hamon ^t à Gallebrun, et conclurent que le lendemain tous s'assembleroient en la chambre du Gappitaiqe et du Mareschal et là parleroient de leurs besongnes plus au long. Et commanda le Jouvencel que on fist asçavoir aux dessus dictz qu'ilz se trouvassent en la dicte chambre; et ainsi le firent.
Et, quant vint le lendemain et ilz furent assemblés, le Gappitaine ^ conunença à racompter au long leur entreprinse, ainsi qu'elle avoit esté délibérée le jour devant et quelle avoit esté pourparlée cy-dessus. Et parla le premier ; car nul des autres ne voullut présumer parler avant lui, pour ce qu'il estoit le plus ancien, combien qu'il les en priast assez.
Et, quant il leur eut racompté l'entreprinse dessus dicte et que tous eurent apointé et aprouvé sa paroUe, il parla au Jouvencel ^ en la présence de tous et lui dist : € Or ça, Jouvencel, vous voyez que par le com- € mun assentement de tous voz amiz et compaignons, € meismement de ceulx qui vous ont instruit et aidé € à conduire en vostre jeunesse et en voz premiers € faiz d'armes, estes esleu, par le bon sens et con- € duitte de nostre guerre qui est en vous, à estre