‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 268 sur 324 · Ms. A en marge : t Monseigneur de Bueil · texte numérisé non relu

Ms. A en marge : t Monseigneur de Bueil

LE JOUVENGEL.

€ Dostre chief *, pour ce que tous ont veu et apparçeu € que vous avés le cœur et la voulleoté et estes bon € et convenable pour ce mestier. Et aussi à la vérité € la guerre est une friande chose pour ung jeune € homme comme vous, quant il y a le cœur. Mais € qu'il ait tousjours Dieu et son honneur devant les € yeulx et qu'il ne s'entremette fors de soustenir bonne € querelle ! Car je croy que tout homme qui expose € son corps à soustenir bonne querelle et à secourir € son souverain seigneur ou son proudiain en bonne € justice et en bon droit, fait et accomplist le com- € mandement de Dieu. Et la raison qui me meut est € telle. Vous sçavés que la voullenté de Dieu est que € on reprime et confonde les orgueilleux, en souste- € nant et supportant les doulx et les humbles. Or est- € il tout nottoire que tout homme, qui entreprent sur « autrui, est meu d'orgueil, depresumpcionetd'envye, « et aucunefiois d'avarice. Et, selon ces trois manières « d'esmouvemens et conunencemens de guerre, voul- € dray deviser trois points et par chacun point € demonstrer que tout homme qui querelle a ou ran- € cune contre autruy par l'un des trois vices dessus « dicts^, c'est assavoir orgueil, envye ou avarice, est € à la fin mené à confusion totalle et deshonneur. Et < pour chacun point vouldray baillier et assigner ung « exemple. Parquoy, Jouvencel, et vous, messeigneurs,

1. Var. : t par le commun assentement de tous, on vous a fait eslire et ordonner pour le chief et conduite de nostre guerre, pour ce que tous ont veu, etc. i B.

2. Var. : t qui querelle a ou calenge, doit fouir et doit craindre estre deceu par l'un de ces trois poins ou vices dessus dicts, etc. » Éd. Vérard et Lenoir.

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€ qui estes cy presens, aucuneffois fait bon ouyr par- € 1er des matières ; car en parlant on réduit à mémoire < pluseurs bonnes instructions. Pour ce aussi que nous € sonunes après disner et que de présent n'avons pas « grant besongne à faire, s'il vous plaist, vous escou- € terez debonnairement et sans prendre ennuy ou des- € plaisance à ce que je vous diray. Car c'est tout sur € le fait de la guerre et matière d'armes. Mais, se je € pensoye qu'il ennuyast à aucun de vous, je ne voul- € droye pas occupper le temps en parolles, especialc lement se elles ne vous estoient agréables et aussi c prouffitables. Car vous sçavés que cellui pert son € temps qui parle et n'est ouy ne entendu. >

Ces parolles dittes par le Gappitaine^, et après qu'il vit que tous estoient desirans d'entendre et escoutter ce qu'il vouUoit dire, et par especial le Jouvencel, il commença à parler d'orgueil, en remonstrant comment orgueil est conunencement de tirannye et est la rachine des autres pechiés, et qui plus nuyst et fait dommaiges à pluseurs gens et mesmement à gens de guerre, quant ilz en sont entechez ^.

€ Et vrayement, dist le Gappitaine ^, tout orgueil- € leux qui entreprent sur autruy sans cause, par pre- « sumpcion de force, de lignaige, de richesse ou d'au- € cun autre bien de fortune, est bien à réprimer^. Et, € se ainsi est que par cas d'aventure^ il viengne au- € dessus de ses besongnes, si doit-il mieulx estre

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