‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 278 sur 324 · Var. : « foule. » Id · texte numérisé non relu

Var. : « foule. » Id

c disant qu'il avoit eu le priz et Thonneur de la bataille € et que, se n'eust-il esté, il n'y avoit nul remède que € son frère ne fust mort ou prins. Et tellement parla € et aguillonna l'autre dame par son langaige qu'elle € se prinst à dire qu'elle disoit mal et qu'il n'en estoit € riens, mais avoit le moins fait et plus villainement € que l'autre, qui, par sa hardiesse, s' estoit bouté* et « meslé parmy les adversaires. Et tant parlèrent « qu'elles vindrent au desmentir. Et adonc la moinsnée c commença à dire à son amy : Me laisserés vous « ainsi desmentir et villenner pour soustenir vostre c honneur? Et tant le flatta qu'il fust esmeu de dire à € l'autre qu'elle se teust ou que il la courrouceroit. € Adonc son frère respondit qu'elle ne laisseroit pas à « dire vérité pour lui. — Comment, dist le moinsné, « vous me voullés donner blasme pour vous attribuer € louenge ! Je vous ose bien dire que je me y suis « aussi bien porté conmie vous et suys prest, quant « vous vouldrés, d'esprouver de mon corps qui sera < le plus vaillant de nous deux. L'autre ne le daigna € reffuser et baillèrent leur gaige de bataille, telle- <K ment qu'ilz combatirent le lendemain. Et puis, par € cas de fortune et d'aventure, l'aisné percha l'autre « de sa lance soubz la visière et entra jusques au cer- « vel ; si le tua. Et, quant il vit son frère mort, il eut « si grant desplaisir qu'il ne sçavoit conmient se ven- « gier synon sur lui-mesmes. Et, en la fureur où il « estoit, s'en retourna et fist brusler les deux damoy- « selles, par qui ceste envye et ceste guerre estoit

i . Var. : « qu'elle disoit mal et qu'il n'avoit ne plus ne moins fait que Tautre, qui s'estoit bouté, etc... » A.

meu entr'eulx. Quant il eut ce fait et il congDut qu'il avoit tué son frere et fait mourir sa dame, qu'il aymoit autant que soy meismes, il entra en si grant frénésie et desplaisir de cueur que il se désespéra et se tua lui-meismes. Or ces deux damoiselles pevent avoir nom l'une ambicion, et l'autre, c'est-à-dire la moinsnée, se peut nommer flaterie. Amssi appert à quelle fin furent menées ces deux damoyselles et ces deux frères, qui estoient si beaulx, si bons et vaillans, et par envye. Appert aussi comme ambicion et flatterie, qui en estoient cause, en emportèrent la paste au four. Par envye tua Caym son frere Abel, qui fut la première guerre du monde. Par envye ont esté puis pou de temps les princes de ce royaume en grand dissimulacion et discention^. Pour ce il est conclud que tout homme qui prend guerre ou querelle par envye est deshonnourablement diffamé et destruit à la parfin. Et c'est quant « au second point touchant ceste matière.

€ Le tiers point et darrenier sera de la guerre et « discention, qui se commence par avarice; et je le € feray court et le prouveray par exemples. Il est « assavoir que avarice est rachine et commencement « de tous maulx et celle qui plus adveugle les yeulx € de l'homme. Et par elle ont esté, ou temps passé, € maintes guerres et maintes querelles perdues vil- € lainement, comme il est recité en la Bible d'un des € roix d'Orient qui vint assaillir Jherusalem pour avoir € les joyaulx et les richesses du Temple. Il est aussi « trouvé es hystoires de la fondacion de Romme que

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