Var. : « monstrer. » B
1 30 LE JOUYENCEL.
CHAPPITRE vu.
Cy^ parle comment Venir eprinse faicte par le Jouvencel et autres sur la dicte ville (TEscallon fut exectptéCy et comment saigement entreprendre fait bien exécuter.
Saigement entreprendre fait bien exécuter. Car le principal point de toute la guerre, c'est après Dieu la discrétion du chief. Car, se le chief n'est discret et modéré, à paine fera-il chose qui vaille, ne lui, ne ceulx qui sont en sa conduitte. Mais, pour venir à propos, après les parolles précédentes, le Gappitaine conmiença à racompter l'entreprinse que le Jouvencel avoit devisée^. Si fist appeller le sire de Rocqueton^, Jehan Hamon et Gallebrun, et leur dist : c Messeigneurs, € vecy le Jouvencel, qui a ad visé une entreprinse sur c Ëscallon, qui est bien faisible et en laquelle nous € pourrons avoir grant honneur, ce me semble, et
i. Si le Jouvencel était écrit dans l'ordre chronologique, cette entreprise sur Ëscallon devrait être placée tout à fait au commencement de la seconde partie. En effet, le Commentaire (VI) nous apprend que la prise d'Escallon (Marchenoir) aurait eu lieu lorsque Jean de Bueil guerroyait dans le Bas-Maine avec Lahire, alors capitaine de Vendôme, en 1427. Mais, ainsi que nous l'apprend Fauteur du Commentaire. (XXI), Jean de Bueil faisait ce qu'il pouvait pour qu'on ne reconnût rien au livre qu'il écrivait. « Ainsi estoient les chouses meslées Tune parmy l'autre. »
2. Var. : « avoit precogitée et devisée. » Éd. Vérard. — « et advisée. » Éd. Lenoir.
3. Dans le ms. A. en marge : < Qui est à dire : Raneton. i Voir p. 3.
LE JOUYENGEL. 131
€ aussi prouffît. Et, pour abregier, je vous diray Ten- <K treprinse adfin que, se elle est bien, que chacun se € dispose de exécuter sa charge. Premièrement vous € congnoissés tous Ëscallon et sçavés que devant il y c a pailles et fumyers, qui sont boutez hors des estables € des cureurs de chevaulx; et là vous povés mettre € deux cens hommes, sans ce que personne les voye ne € apparçoyve ou sente. Car jamais ne les descouvre- « ront. Et le Jouvencel et Gervaise seront atout trois c cens honmies à cheval en la tousche du hault, que € vous sçavés, et se vendront mettre après ma queue. « Car je iray devant atout soixante honmies courir € jusques à la barrière au matin, et ne faiz point de € doubte que je ne les tire à l'escarmouche jusques € aux champs bien avant ; et chacun fera son personc naige, ainsi que le Jouvencel vous dist ersoir, comme € je croy. > — « Vous dittes bien, dist monseigneur € de Rocqueton, Cappitaine. Mais encorres ay-je pensé € une chose plus avant ; car il y a une barrière à l'en- € trée du grant chemin, qui vient à Tentrée de la € porte, qui est fossoyée de deux costés, là où ilz se € pevent retraire ; et, s'ilz gaignent celle barrière, vous € ne leur feriez jamais mal. Mais j'ay advisé sur ce « une subtillité que vous diray. Il me semble que, € quant nous nous yrons mettre ou fumyer, qu'il sera « bon que je y aille avec une lyme sourde, qui soit « enuïianchée de plomb, pour sayer ceste barrière. € De cire la ressouldray ; puis recouvrerai la cire de « terre tellement que nul ne s'en apparcevra. Et, « quant le Jouvencel, Gervaise et les gens de cheval « vendront hurter à ceste barrière, ilz la rueront juz € et entreront pesle-mesie avecques les ennemys, et
1 391 VR lOCVETOIEL.
Doas (f autre oosté. Ainsi nous les defercxis, se Diea plaist^. » — c Vous dittes moult bieo, dkft le GappitaÎDe '. Cest moult bien advisé. Vous y avei pensé ; ^vous estes du mestier et de tout temps vous Fav» eipeiîmenté . Il fait bon de parler souvent des choses, quant on en a à faire ; car tousjours en parlant y aprent Ten quelque diose. Vecy la tierce fois que nous avons parlé de ceste entreprinse et tou^cmrs y avons trouvé quelque diose meilleure que de^^mt. Or, allons! De par Dieu, nostre entnqprâise est bi«) entendue, ainsi qu'il me semble. Le Jouvenod dist qu'il est seur des gi^jrdes. Partons demain an soir et ne le faisons plus long, puisqu^il est parié ; car, par la longueur, la chose pourroit estne ventillée. » Puis dist chacun : € Vous dites bieQ^ Cippitaine. A demain le vous mets^. »
Et le lendemain aUerent ouyr la messe; puis se trouvèrent ensemble et dirent ainsi : c Nous paribumes c hier très bien de nostre entreprinse ; mus nous ne c conclusmes point cpà garderoit la viDe josques à c nostre retour. » — c Adonc, dist leCappkuiie^, le c Ibo^esdial ^ est bledé et est ou hcL ^Qoi ^ms c semble qui doyve demeurer^? » Lcrs dnmt les c compaignons : c Nous en avons parié fmsfinMf et c sonmies tous d'opinion que Piètres et Fonlfiers ffo^