‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 288 sur 324 · La Sarthe · texte numérisé non relu

La Sarthe

4. En marge dans le ms. A. : « La tour se nommoit Beaumont. » Beaumont-le- Vicomte, aujourd'hui Beaumont-sur-Sarthe.

1 ii LE JOUYENCfiL.

il ne chiet pas à ung chief se mettre en seurté et laisser ses gens en dangier. Si demoura avec ses compaignons. Et, pour ce que le logeis estoit petit, fut appointié qu'il en passeroit la moittié oultre la rivière et yroient logier à ung quart de lieue de là, où il y avoit ung beau villaige, là où ilz pourroient bien demourer pour la nuit passer.

Ainsi passa la moittié de la compaignie du Jouvencel par dessuz ung petit pont, qui là estoit. Et le Jouvencel demoura en son logeiz attendant l'eure de son partement pour aller courir sur le siège. Et, ainsi qu'il vint contre le point du jour, arrivèrent bien cent chevauix des ennemiz du Jouvencel à son logeiz et firent moult grant bruit. Et le Jouvencel, qui avoit son cuer et son esperit esveilliez à bien conduire son œuvre, courrut, sa lance au col, où estoit le bruit de ses ennemiz, et là congneust qu'ilz s'en retournoient et ce qu'ilz avoient fait n'estoit que pour le amuser tant que leur puissance aloit combatre l'autre logeiz. Et sus piedz demande son cheval en disant : « Tout le

< monde à cheval ! Car seurement ces gens yci vont c combatre noz gens, et, pour ce petit bruit qu'ilz ont € fait yci, nous cuident amuser. Sus! tost! faictes

< dilligence et passons le pont. >

Adoncq le Jouvencel monte sur son cheval et passe le pont au plus tost qu'il peut, et chascun après luy. Et, quant ilz furent delà le pont, chascun lui cria et lui dist : « Jouvencel, que veulx-tu faire? Tes gens sont « desconfiz. Ne les voys-tu pas? Veez-cy ceulx qui en « viennent. L'un a un coup d'espée au travers du

< visaige ; l'autre est tout effrayé et dit que tout est

< mort ou priz, et que les ennemiz sont une très graot

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c puissance^. Que veulx-tu plus? Il te vauldroit mieulx € repasser le pont et le faire rompre aprez toy et t'en € retourner droit à Crathor* que toy perdre avec € ceulx y a qui sont perduz. >

Et adonc respondit le Jouvéncel et dit : < Vous n'y c entendez riens. C'est à ceste heure que nous avons c tout gaignié. Noz ennemiz sont si orgueilleux qu'ilz € ne prisent ne Dieu ne homme. L'ung tient un pric sonnier par la main ; l'autre tient un cheval en leisse;

< les autres ont trois arcs ou poing, et l'autre trois « espées par faulte d'une et deux lances sur le col de « son cheval; et tel deux sallades, qui n'a que une « teste, l'une a en sa teste, l'autre à l'arçon de sa

< selle. Ghascun est chargé et empesché. Que vous

< dirai-je? S'ilz avoient cent cappitaines, ilz ne les c sauroient mettre en bataille ne en ordonnance de € combatre. Allons dilligemment sur eulx serrez et € ensemble, et que l'ung ne passe l'autre. Mettez vos

< lances devant et les archiers à vostre queue et me « laissez ung petit aller le premier pour choisir leur « party. Et à l'eure que vous verrez que je vous sei- « gneray, venez tous droit aprez moy et ne vous des- « royez point. Et à l'endroit que vous verrez que je « chargeray et que je donneray dedans, venez tous « après moy et me suivez de bien prez. Je vais devant « sur vostre sceureté. Et, quant nous serons pesle- « mesle avec eulx, [que] chascun face dilligence de « leur serchier les aisselles et la gorge et le descou- « vert. Et ne vous amusez point à prendre prison- « niers, ne chevaulx, ne pillaige, ne à chacer personne

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