En marge dans le ms. A. i c Grathor est Sablé, v
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< pour fuitte que vous voyez, pour paour du raliec ment, tant que vous voyez bien que soyez les c maistres. Et, en ce faisant, à la grace-Dieu, le jour € est nostre. >
Ainsi partit le Jouvencel devant ses compaignons, en se contenant au plus bel et mieulx qu'il peut, visa ses ennemiz et les vit, peu plus, peu moins, en Testât qu'il avoit dit, et ung peu mieulx; car ja avoient avisé le Jouvencel et sa compaignie et miz quelque ordre à leur fait, et tellement qu'ilz estoient en bataille, combien qu'ilz fussent empeschiez de leur proye que à peine se povoient aider.
Ainsi donna le Jouvencel le premier, et tous ses gens après, qui bien le suivirent et de prez, tellement qu'ilz rompirent la bataille de leurs ennemiz et les mirent en deulx parties. Et lors le Jouvencel et les siens tournèrent à grant dilligence sur la partie qu'ilz véoient la plus appareillée de combatre et tantost les ruèrent juz. Et, celle partie desconfite, l'autre eust grant paour, tellement qu'elle tourna en fuite.
Ainsi desconfit le Jouvencel ses ennemiz par la congnoissance qu'il eust de la guerre. Car seur^tnent touteffoys que gens ont fait une destrousse, c'est l'eure qu'ilz doivent craindre de rencontrer leurs ennemiz et c'est l'eure que l'en doit assaillir. Et fut bien congneu au Jouvencel. Les ennemiz estoient trois fois plus que le Jouvencel , qui tous furent mors ou priz par la voulenté de Dieu, dont il voulut faire le Jouvencel exécuteur. Ainsi le siège fut levé ; et s'en retourna le Jouvencel à Grathor^ lui et sa compaignie. Et moult y eut res-
i. En marge dans le ms. Â. : c Qui est Sablé. »
LE JOUVENGEL. 447
coUx de gens de bien celluy jour, qui firent grant service à la besongne, et les aucuns mors; Dieu leur face pardon ^ !
Quant le Jouvencel fut retourné à Crathor, ses enne* miz murmurèrent fort contre lui, et meismement ses amyz et ceulx de son parti, pour l'envye qu'ilz avoient de ses bonnes fortunes^ que Dieu lui envoyoit. Mais tousjours son recours fut à Dieu et y avoit sa seulle fyance et espérance. Il n'avoit point d'orgueil et ne reputoit jamaiz les choses venir de soy et ne pensoit jamaiz avoir bien fait ; mais disoit tousjours en son cuer que Dieu lui avoit fait grant grâce.
Il advint par une espace de temps que les ennemiz firent une grosse entreprise sur Crathor, et dirent qu'ilz rueroient jus le Jouvencel et sa compaignie. Et, ainsi qu'ilz chevauchoient droit à Crathor^, rencontrèrent le Jouvencel, qui, tantost qu'il les advisa, donna des espérons, lui et les siens, au travers d'eux, tellement que, par la vouUenté de Dieu, il les desconfit*.
Et est vray que le Jouvencel ne mettoit jamaiz nulz coureurs devant, sinon gens desarmez, qui alloient en tappinaige et en façon qu'on ne les appercevoit point à leur povoir. Et, se on les véoit, ilz alloient par telle manière que leurs ennemiz ne se effraioient point. Et, se d'aventure en avoit aucun priz, on lui deffendoit
1. Ce récit est exactement le même que celui que fait J. Ghartier (ch. 78 et 79) de la levée du siège de Saint-Célerin et de la victoire des Français à Beaumont-le- Vicomte. (Voir aussi Commentaire, XXI.)