‹ Le Jouvencel (volume 4)Chapitre 293 sur 324 · En marge dans le ms. A. : c Qui est Sablé et Luc · texte numérisé non relu

En marge dans le ms. A. : c Qui est Sablé et Luc

2. Ms. A. en marge : « Gomment monseigneur de Bueil, dit le Jouvencel, deffist Rodigues, conte de Rybedieux, près du Pontde-Scel. > Cette note est fausse. La détrousse de Rodrigue de Villandrando aux Ponts-de-Gé en septembre 1438 est racontée dans la troisième partie du Jouvencel, ch. m. L'aventure qui va être racontée est probablement le récit d'un petit fait d'armes où Jean de Bueil fut vainqueur. Nous n'avons pu Tidentifier.

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< desconfitz; et pour ce tost à pié. » Ainsi saillit à pié le Jouvencel et toute sa compaignie à très grant dilligence et fist marchier son estandart au long d'une haye; et là se mist en bataille, son estandart ou millieu, avec la plus grosse turbe de ses gens de guerre ; et aux deux bouts de la haye envoya deux petis tropelets de ses gens d'armes, c'est assavoir, des deux costez, les uns à dextre et les autres à senestre. Et, entre son enseigne et ses deux tropeletz de gens d'armes, estoient ses archiers bien arrengiés. Et derrière lui, en ung petit marrais, mist tous ses chevaulx et paiges, ou lieu où ses ennemys ne les povoient gaingner. Et tantost si arrivèrent les ennemis beaucoup en plus grant nombre qu'il n'estoit, qui sus pies Tadviserent et dirent l'un à l'autre : « A ceste fois est

< nostre le Jouvencel et tous ceulx de Crathor. Veez

< les là. Fy! ilz ne sont riens auprès de nous. Sus à « pié ! Or y perra (?) » Ainsi descendirent les ennemis du Jouvencel à grant orgueil et marchèrent le grant pas droit à lui ; et le Jouvencel les attendit de pié coy sans bougier; et tellement marchèrent les ennemys que, quant ilz arrivèrent au Jouvencel, ils estcnent en la grosse alaine et marchoient les ungs après les autres. Car tous n'estoient pas d'une force. Les premiers, qui arrivèrent, furent renversez et mors; et, quant ceulx de derrière l'adviserent, tournèrent en fuyte à qui mieulx mieulx, chacun pour recouvrer son cheval ; et ainsi furent desconfitz et gaigna le Jouvencel la victoire et tousjours Dieu conduisit son œuvre jusques à la fin.

Et lors dist le Jouvencel à ses compaignons : < Mes-

< seigneurs, vous avés veu comme ces gens, qui

LE JOUYENGEL. 153

estoient plus que nous la moittié, se sont desoonfitz par de£Faulte de conduite, et comment ilz sont venuz marchant de loing contre nous, sans attendre Tun Tautre. Et pour ce je vous dy pour maxime que toutes et quante£Foiz que gens à pié marchent contre leurs ennfemys front à front, ceulx qui marcheront perdront, et ceulx qui demeureront pié coy et tiendront ferme, gaigneront. Et ceulx de cheval tout au contraire ; car ceulx qui assaiUent et marchent à cheval , gaignent , et ceulx qui demeurent et actendent, perdent. Je ne dy pas que sur cecy n'y ait des praticques, tant à ceulx de pié comme à ceulx de cheval, lesquelles je vous declaireray cy après. 1

CHAPPITRE IX.

De pluseurs bonnes praticques de guerre pour combatre ses ennemys estans en bataille à pié.

« Et premièrement pour combatre à pié, se vous € trouvés gens en une bataille rengée sans fortiffica- « tion, il est force que leur bataille soit longue; et « par raison doivent mettre la puissance de leurs gens € d'armes ou millieu, et aux esles leurs archiers et « autres gens de traict, s'ilz en ont. Et, pour garder « leurs gens de traict, fault qu'ilz aient au bout de <r leurs esles quelque nombre de gens d'armes selon € la puissance qu'ilz seront. Et, se c'est de tous points <r une grosse puissance, encores doivent-ilz avoir à « leur dos une petite bataille de gens, adfin qu'on ne

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leur donne ^ par derrière, et pour marchier là où ilz verroient que besoing seroit. Et pour ce vous dy que, se ces gens ne sont bien ordonnés et en lieu advantageux comme gens, choisissent champs et places les plus advantageux qu'ilz pevent pour combatre. Car on y gaigne le soUeil, on y gaigne le vent pour envoier la pouldre droit à ses ennemys. S'il y a point de haye ou de fossé (pou petit qu'il soit il fait grand bien ;) ou quelque moUière, ou païs, pré ou champ mol, ou rivière, ou bois fort, par où on ne puisse marcher pour abréger, on doit sercher voullentiers tous les advantaiges qu'on y puet trouver.

< Et, quant gens sont en tel estât, vous ne les devés € pas aller combatre ne marchier contr'eulx. Mais c vous devés aller logier près d'eulx, et non pas si

< près qu'ilz vous puissent surprendre, au lieu le plus « fort et le plus advantageux que vous pourrés recou- « vrer. Et, s'il y a point de rivière près, vous la devez « gaingner à vostre pouvoir ; car une rivière sert à 4 merveilles à ung ost, tant pour sceurté que pour € l'aisément^ des vivres; on y abreuve les chevaulx

< et tout le bestial de l'ost ; on passe d'un costé et c d'autre; on s'en arme quant on veult; on garde c que ses ennemys ne s'en puissent aider. Se c'est € rivière qui porte navires, on en recouvre des vivres. « Pour ce dy je que l'ost, qui a la rivière à son com-

< mandement, a de grans advantaiges. Si la reco^ivre c qui pourra. Se vous avez la rivière, vos besongnes c en vallent mieulx ; se vous ne l'avés, si ne cesserez

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