Var. : « en vieillesse. » B
çt encore tiennent ilz bien lieu. Et j'ay esperaaçe» Sire, o la grâce de Dieu, que tous à ceste besongne vous serviront si bien que vous en serez tenu à D^çu et à eulx. i — « Or ça, dit le Roy, Maresch^ de Grathor, nous avons très bien entendu tout ce que vous avez dit quant au fait du Jouvencel, du cs^ppitaine de Grathor, du sire de Rocqueton et generallement de toute la compaignie qui est à Grathor, aussi des habitans. Nous ne faisons point de doubte, o Taide de Nostre-Seigneur, qu'ilz ne facent leur hqnneur et leur devoir, ainsi que gens de bien doibvent faire. Et avons bien en eulx celle fiance. Et demain au matin, se Dieu plaist, aprez la messe, je assembleray mon conseil, et vous y serez ; o l'aide de Dieu, nous conclurons quelque chose, de quoy vous et ceulx de Grathor et tout le royaulme serez oontens. » — < Sire, dit le Mareschal, Dieu vous en doint force et povoir !» — « Par sainct Jacques ! dit le Roy, on dit beaucoup de bien du Jouvencel ; si fait l'en de vous tous. Et sans faulte chacun qui a yeu le Jouvencel, dit bien que c'est ung homme pour soy faire une foys grant homme à la guerre. »
£t le Mareschal respondit : < Sire, c'est ung honmie
f d'pr pour ce mestier. »
La deliberacion du Roy en son conseil.
Au matin, aprez la messe, le Roy assembla son conseil, là où il y avoit aucuns prelatz et des seigneurs de son sang et autres chevaliers et conseilliers. Et entre ceulx du sang y estoit le conte de Parvanchières, lieutenant du Roy, qui estoit vieil homme et ancien et
avoit beaucoup veu. Aussi y estoit le chancellier. Maiz, pour ce que c'estoit matière de guerre , le conte de Parvanchières ^ parla et demanda au Mareschal de Grathor, par le commandement du Roy, les choses qui s'ensuivent. Et dîst ainsi : « Mareschal de Crathor, le c roy m'a commandé vous demander combien il y a
< que le siège est devant Grathor, et quelle puissance « il y a devant, et la manière de leur logeiz et de leur « convine et gouvernement ; et aussi de ceulx de Crac thor pareillement, quelz gens et quelle puissance il c y a dedans, et des neccessitez de la place, tant en « vivres que en artillerie, aussi quelle guerre ilz vous c font, et si vostre cas est hastif. »
€ Monseigneur, dit le Mareschal de Grathor, nostre
< cas est hastif et non hastif. Il y a une bonne com- « paignye dedans et beaucoup de vaillans gens. La ville € est bien artillée et bien garnie de vivres, Dieu merci ! « et n'est encores à nulle neccessité. Pourquoy le Roy
< peut faire son armée à son plaisir et à son aise. Mais, € Monseigneur, il y a ung point pour quoy le Roy se € doit haster; car ces gens-cy ne sont pas encore
< grant puissance et ne sont point encores fortiffiez. € Pourquoy je dy que l'on se doit haster le plus tost « que l'on pourra ; et c'est la cause pourquoy je dy « que nostre cas est hastif et non hastif. Monsei- « gneur, quant ad ce que vous demandez combien il y
1. En marge dans le ms. A. : t Est prins pour le comte du Mayne ou Dunoys. » Le comte de Parvanchières désigne un grand seigneur quelconque, lieutenant général du roi; mais plus spécialement Charles d'Anjou, comte du Maine, et le Bâtard d'Orléans, comte de Dunois. (Voir Commentaire, XXXVI et XXXVII, et plus haut, p. 4.)
LE JOUVENGEL. 169
a que le siège est devant Grathor, il y avoit cincq sepmaines le jour que je partis, et j'ay mis quatre jours à venir. Et, quant je partyz, ilz estoient logez en trois lieux et avoient fait au mvlieu de leurs trois logeiz ung champ pour eulx retraire, quant ilz en auroient besoing. Mais encores n'est-il point fort. Dz commençoient, quant je partiz, à fortiffier contre la ville et rompre les saillies là où ilz descendoient leur artillerie ; et de là pensoient à batre la ville. Ilz ont myz ung moys tout entier à approcher, jusques là où ilz sont, celle fortification ; mais encores n'y est riens fort, et F ung des sièges ne peut gueres aider aux deux autres. Leur manière est que, aussitost qu'ils crient alarme, ilz se vont tous rendre ad ce champ, excepté ung groz guet qu'ilz envoyent là où ilz descendent, à garder leur artillerie. Leur champ, là où ilz se mettent en bataille, est en ung lieu où on les peult batre de la ville par artillerie. Et si pevent bien de leur champ secourir leur guet et leur artillerie par le moyen d'ung fossé qu'ilz ont fait à aller de Tung à l'autre. Et la première chose qu'ilz ont faicte, ce a esté de fortiffier leur guet et de faire leur fossé, que je vous ay dit ; et maintenant je sçay bien qu'ilz fortifient leur champ. Le Jouvencel a fait deux ou trois saillies; mais à toutes les saillies il les a fouliez et reboutez. € Et me semble, ad ce que j'en ay peu veoir, qu'il y « a beaucoup herpaille^ et meschans gens. Et pour ce, « Monseigneur, dy-je, que on se devroit haster ; car € j'ay ouy dire qu'il leur doit encores venir des