Nom que nous n'avons pu identifier
c à VOUS autres, Messeigneurs, honneur et proffit. Ilz € m'ont dit que je vous die que vous ne séjournez € point yci et, incontinent que vous aurez repeu, que € vous montez à cheval, et ne repaissiez entre cy et c Grathor que une foys, ancores bien peu et au long € d'une haye, il y a quinze lieues d'ici. Vous ne « povez pas mener ceste puissance de nuit. Et pour «ce regarderons l'eure que vous arriverez là, que « vous pensissez les surprendre. Et si soyez bien « sceurs et advisez que aucunement vous ne les « surprendrez point, pour ce qu'ilz sont gens de « guerre. Mais tant plus tart qu'ilz sauront vostre « venue et mieulx vaudra. Vous povez partir d*ici au « matin et chevaucher tout le jour, et vous en yrez « repaistre à ung petit villaige, nommé Hardain*, là € où on ne peult venir sur vous que par deux guets. € Il n'y a que cincq ou six maisons ; et tant mieulx « vault, affin que vos gens ne s'i admusent pas. Et « aussi il ne fait pas ancores de froit; une nuit est « tost passée. Dès le point du jour vous monterez à « cheval pour aller faire vostre exploict. Et, dès ce <i soir, il fault que chascun ait sa charge, niais que « vous soyez descenduz et à voz logeis et ordonné « vostre guet et voz escoutes, je vous diray tout ce « que messeigneurs de Grathor ont advisé. >
Ainsi marchèrent les seigneurs, chascun en son quartier, et se logiërent doulcement, sans ce qu'il feust bruyt ne cry parmy l'ost. Le conte de Parvanchières avoit une moult bonne façon de faire en cela, et si
1. Var. : « Hardan. » D. E. — « Ardan. > G. — c Ardent, t F. Éd. Vérard.
LE JOUVENGEL. 479
avoît-il en tous fais de guerre, et estoit saige et vaillant. Geste façon touchant les logeiz estoit que, en toutes ses compaignies, chascun a voit ung maistrelogeur. Et ce maistre-logeur portoit une petite bannerette comme d'ung pié et demy en carré, en quoy estoit la livrée de son cappitaine. Et, incontinent qu'ilz partoient des battailles pour aller prendre les logeiz, il ne fut osé partir ung chevaucheur pour aller au logeiz sur peine de la mort, sinon ceulx qui avoient une bannerette au poing. Ainsi n'y alloit que les logeurs, et n'avoient point les cappitaines de peine à tenir leurs gens. Et^, quant les logeurs estoient arrivez au logeiz, fut-en en ville, villaige ou aux champs, chascun mettoit sa bannerette, qui estoit en ung baston ou en une petite gaullette , à la fenestre de son logeiz ou sur ung buisson, si aux buyssons estoit. Et, quant la puissance arrivoit, chascun regardoit amont et aval, et, là où ilz véoient l'enseigne de leur logeur, ilz y alloient tout droit, et leur logeur leur monstroit où ilz se dévoient bouter. Ainsi n'y avoit cry ne hu, ne homme n'appelloit son paige ne son varlet, ne huchoit Gaulthier ne Guillaume. Mais tous se logeoient où il leur estoit ordonné, et, par ce moyen, n'y avoit bruit ne tempeste.
1. Ici le texte du ms. B. présente la variante qui suit : f Et, quant venoit au logier, chascun logeur alloit devant et attendoit là où chascun se devoit logier, fust en champs, maisons ou buissons. Les logeurs mettoient une petite gaulette debout, et là chacun trouvoit son logis, sans que personne eust cause de huchier son paige, Pernet, Guillaume ou Gaultier, et sans faire aucun bruyt. Mais tous se logeoient où ilz véoient que ordonné leur avoit esté. Et, quant ilz furent tous ainsi, etc., » comme dans les autres manuscrits.
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Et S quant ilz furent tous ainsi logez et leur guet ordonné, les seigneurs se tirèrent tous au logeiz du conte de Parvanchières, où ilz trouvèrent le Haresdbal de Crathor qui leur dit : c Messeigneurs, je vous ay c dit aux champs la manière de vostre logeiz pour € aller d'icy à Crathor. Mais de ce que vous avez à € besongner et à faire sur le siège, je ne vous en ay € point voullu parler ; car je ne sçay qui vous voulez c qui y soit^. Et, pour ce faites appeller Connin^, qui c est bonne guide et seur, et au surplus ceulx qu'il vous € plaira *, et je vous declareray vostre entreprinse et c tout ce qui est possible que faciez sur ceulx du siège c de Crathor. Et, pour Dieu ! qu'il n'y ait gens de qui € vous ne soyez bien seurs et secretz. Car ung mau- € vais garçon seroit tantost courru de cy à Crathor « pour dire^ vostre convine, si elle n'estoit bien € secrette. > — « Mareschal, ne vous souldez; nous € n'y appellerons gens qui ne soient pour ce faire. € Vous savez bien qu'il fault que les cappitaines y c soient appeliez et tous ceulx qui ont chaîne, affin « qu'ilz s'en sachent mieulx conduire. > — t Messeî- € gneurs, dit le Mareschal, je ne le dy pas pour ceulx c là. Je scay bien qu'il fault qu'ilz y soient et qu'ilz ne c vous encuseront mye. Je ne le diz que pour beauc coup de menuz gens, qui vous suivent entre vous,
i. Ici finit la variante du ms. B. — Tout l'alinéa qui va suivre manque dans les éditions de Vérard et de Lenoir.
2. Var. : « car je ne sçay que vous voulez qui y soit fait. • B.
3. Le Commentaire (XII) dit qu'il y avait un homme d'armes de ce nom.