‹ Le JouvencelChapitre 101 sur 184 · Sous-entendu personarum · texte numérisé non relu

Sous-entendu personarum

MkCÊB JUSTIFICATIVB8. SUS

Candes, 27 septembre 4446. — Déposition d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, faite devant le ehaneelier^ au sujet de la conspiration du Dauphin. (Bibl. nat., ms. flr. 20427, p. 3 et ss., copie du temps, sur papier. GoU. Gaigniëres^)

Noble Anthoine de Chabannes, escuier, conte de Dampmartin, aagé de xxxim ans ou environ, examiné par nous chancelier el Adam Rolant, secrétaire du Roy nostre sire, en la ville de Gande, le xxvij* jour de septembre, Tan mil IIII« XLYI, après le serement par lui fait de dire vérité, dit que, environ Pasques darrenier passé, Monseigneur le Daulphin estant en son retrait, en son logeis au chasteau de Ghinon, avec lui pluseurs de ses gens, il qui parle y entra; et, tost après qu'il Ait dedens, mon diet seigneur dist à ceulx qui estoient en sondit retrait qu'ilz saillissent dehors et appella il qui parle et le retint avec lui et le tira vers une fenestre qui regarde sur les champs. Et, en devisant de plusieurs choses, mondit seigneur dist, en r^ardaot aux champs, ces parolies : c Yeez-là ceulx qui tiennent le royaulme de France en subjecUon. » Et il qui parle respondit, en regardant aux champs par la fenestre : « Qui sont-ilz ?» Et mondit seigneur dist : c Ces Escossoys. » Et lors il qui parle regarde de rechef aux champs par laditte fenestre et vit ung Escossoys de la garde du corps du Roy, qui passoit sur la douve dudict chastel, et avoit vestu une huque de la livrée du Roy et son espée sainte. Et, regardant, mondit seigneur dist : « Qui vouldroit, on les en garderoit bien. » Et en ces parolies, il qui parle lui respondit et lui demanda : c Gomment? » Et mondit

1. Cette pièce a déjà été publiée par Duclos, dans les pièces de son Histoire de LotUs Xly d'après on texte incorrect et incomplet. Notre ms. offre des le^ns bien roeilleures. — Le ms. franc. 15537, fol. 8-12, contient la minute de cette importante déposition, qui, d'après rindication qo'a bien Toala noas donner M. le marqais de Beaucourt, présentait an certain nombre de Tariantes avec le présent texte. Noos n'avons pa coosolter ce manuscrit, aujourd'hui en déficit à la Bibliotbèqae nationale.

324 PIÈGES JusnncATiyBS.

seigneur dist : a Bien , car < à bien peu d^occasion on en Tiendroit bien à bout el bien aisé. » Et lors il qui parle dist que c*esioii belle chose que de ceste garde, et que, entre autres choses, il la prisoit plus que chose que le Roy flst, et que c'estoit une chose bien honnorable à ung tel prince que le Roy, quant il chevauche, soit en la ville ou aux champs et en toutes autres choses, et aussi une grant seurté pour le fait de son corps, et que, es n'eust esté la garde, on eust entreprîns beaucoup de choses que on n'a pas fait. Et après, en parlant d'aucunes choses, ilz se prindrent à parler de Monseigneur de Yillars. Et dist il qui parle à mondit seigneur que Monseigneur de Villars lui avoit dit qu'il cuidoit bien que, du temps que le ftoy estoit à Scnj \ que le Roy lui donnast grant auctorité et print grant flanœ en lui et le deust grandement emploier, et qu'il eust grant brait Et lors mondit seigneur respondit que ce eust^il eu, s'il eust voulu. Et il qui parle demanda : « Et comment ?» Et mondit seigneur respondit ces motz : « Si eusse bien que se J^eusse voulu jouer au plus savoir^ toutesfoiz j'ay esté deceu soubz bonne foy et ne m'a l'en pas fait ce que je cuidoys'. » Et de cas parolles se prindrent à parler de Savoye, et dist mondit seigneur à il qui parle qu'il lui donneroit mille livres de rente, i lui et aux siens, sur le conté de Valentinois quHl avoit de non* vel, et qu'il s'en allast faire son voyage et se gouvernast bien et saigement et qu'il retournast le plus tost qu'il pourroit. Et pour lors mondil seigneur ne il qui parle n'eurent plus de parolles ensemble. Mais tost après partit 11 qui parle et s'en ala fldre son voyage de Savoye, ainsi que mondit seigneur lui avdt enchargé.

Dit oultre que, depuis qu'il fut retourné de Savoye, environ troys sepmaines ou ung moys après (autrement le t^nps ne sauroit déclarer), ainsi que mondit seigneur revenoit de Razillé, [ayant] en sa compagnie xxx ou xl chevaulx, il qui

1. CeUe parUe da discours da Daaphio fait défaut dans le texte de Duclos à partir de qui vouldroiL

2. Sarry-iès-ChàlonSy où le roi fit séjour en 1445. Voy. plus haal, 1, cixi^ et s.

3. Ce dernier passage, à parUr de et hn mondit seigneur, nMaqne dans Duclos.

parle chevaucboit darrière, pour la presse ; et, en une rue qui va es prez près du logeis de Monseigneur de Montgascon^ on appella il qui parle, disant que Monseigneur le Daulpbin le demandoit. Et lors il qui parle chevaucha devers mondit seigneur-, et, quant il Ait avec lui, il chevaucha fort par les prez et print il qui parle sur le col et lui dist : t Venez ça; il n'y a riens à faire à mectre ces gens dehors. > Et il qui parle respondit : <r Et comment? » Et mondit seigneur dist : « Bien! Et ny a riens à foire'. Tay xv ou xx arballestriers et xxx archiers, ou bien peu sen fault. Et vous, n'avez vous pas des archiers? D fiuilt que m*en faciez finance de cinq ou de six. » Et les nommèrent mondit seigneur et il qui parle ' -, et, entre les autres, ftat nommé ung appelle Richart, qui est à Monseigneur de Bourbon. Et demanda mondit seigneur à il qui parle quel homme e'estoit. Et il qui parle lui dist que c'estoit ung des vaillans hommes du monde. Et lors mondit seigneur dist : « Envoyezles quérir. » Et il qui parle dist lors : « Monseigneur, ceste chose n*est pas à faire si aiseement; car le Roy a tous les gens d^armes à son commandement et sont icy autour. » Et à ce refq[>ondit mondit seigneur et dist qu'il avoit assez gens. Et il qui parle dist : « Comment pensez-vous faire cecy? » Et mondil seigneur respondit ces motz ou semblables : « Vous savez que chascun a loy d'entrer à Razillé qui veult, et nous entrerons leans les ungs après les aultres et en façon que on ne s'en appercevra point, et nous sommes assez gens pour ce faire. J'aui^y mes xxx archers et xv ou xx arballestriers et les gentilzhommes de mon hostel. Mon oncle m'a fait faire leserement à Monseigneur de Montgascon et m'a dit qu^l me fera avoir Nicole^, quant je vouidroy, et quant à ceulx de LavaP, ilzsont bien miens et d'autres. » Et à ces parolles il qui parle respondit : ce Je croy bien que ceulx de Laval le vous conseilleroient,

1. Ce passage fait défaut dans Duclos à partir de et en une me,

2. Manque dans Duclos à partir de Bien, 3w Manque dans Duclos à partir de Et les,

4. Duclos ajoute : lyicole Ohambef capitaine de la garde du roi,

5. Leçon de Duclos et du ms. 15537, qui paraît confirmée par la phnae soi van te. Notre ms. (20127) porte au contraire : et quatre arckeri de Laval.

3S6 PIÈCES iU8TIPICA11VB.

pour venir à leurs Ans. » Et mondict seigneur disl : « Piiiii|Be j*ay tous œulz que j*ay nommez, je ne puis hillir à eetre le plas fort ieans. Toutesfoiz il y a deux petites lorellea où il hoidn aller tout droit; mais ce n'est chose qui vaille *. « Et lors il qui parle respondit : « Monseigneur, la chose est plus Ibrie à tàn que vous ne cuidez ; car, (|uant vous aurez RazUlé et loot ce que vous demanderez, les gens d'armes viendront ioeonliiMM devant, qui prendront tout dedens. » A quoi Monseigneur ra^ pondit ces mots ou semblables : « Ouant je vouldroy, je feny bien tant que j'auray le Couidrai ' à mon eommandmeot ; el ne vous souciez, car je vous feray des biens plus que voos n eustes oncques, et se fera bien la chose, et n'y a que Dure, el y veulx estre en personne ; car chascun craint la personne dn Roy, quant on le voit; et, quant je n'y seroye en personne, je double que le cueur ne faillisl à mes gens, quant ilz le verroieBI. Et, en ma présence, chascun fera ce que je vouldroy, el foui te fera bien ; car je meclray bonnes gens et seurs autour de hiy, et au fait de la garde je l'y mectray bonne et seure; car je y meclray m ou niic lances. Et, quant à vous, je vous feny des biens tant et si largement que vous nVn eustes onoques Uni el vous donneray de lauctorité assez; car je suiseonlent que vons couchez devant le Roy '. Et« au regart de ses mignons, nous hi contenterons bien. » El dist oultre mondit seigneur de Monsieur le seneschal : u Je scey bien que vous l'aymez Et il qui parle respondit : « Se foys-je mon (sir). » El seigneur dist : « Aussi foys-jc ^, et suis content qu'il gouverne comme il a acoustumé ; mais ce sera soubz moy. Et n'y a riens à faire' à exécuter ct*ste lH*songne; car je ne veiz onoques chtte si aisée à faire, u Et, sur ces parolles, Treignac arriva au dreil du moulin de Saint- Louans*. Et lors ne parlèrent plusenaembk mondit seigneur ne il qui parle.

I . Fait déCuit daoi Durlot à partir de mais, ?. Oftl-A-diff. U tour du Coudra), à Chinon. 3. Manque daoi Ducloft â partir de cor. \. Manque dans Uudoa à partir de «1 1/ ^ pmrU 5. CeUe locutiou eipléllre, qui revient «aas ùtm semble avoir été une lorution babilueUe au PuupMn ti. Manqur dant Onclui à partir de au érott.

PIÈGB8 JUSTIFICATTVES. 327

Dit ouUre il qui parle que, assez tost après, en allant à Razillé, en la rue mesmes d'emprès Tostel de mondit seigneur de Montgascon, en allant aux prez*, mondit seigneur lui demanda se ses archiers estoient venuz, et il dist que non, mais qu'il les avoil mandez. Et mondit seigneur lui dist : « Envoyez les quérir, et ne vous souciez de riens, car tout est bien. »

Dit oultre il qui parle que, certain temps après, il congneut que mondict seigneur ne lui foisoit pas si bonne cbere comme il avoit accoustumé, et vit que Jeban de Bâillon alloit et venoit très souvent devers le Roy et tenoit de grandz conseilz avec mondit seigneur, ce quil n'avoit accoustumé foire le temps devant. Et aussi apperceut il qui parle que souvent Jehan de Daillon et Loys de Bueil tenoient conseil et avoient parolles ttosembie; et incontinent qu'ils le veoient, ilz se depparloient ou parloient hault, combien que paravant ils parlassent bas.

Dit aussi il qui parle que ung jour il disnoit en son logeis et avec lui lesdils Jehan de Daillon et Loys de Bueil; et lui dirent, moitié bourde, moitié autrement, après plusieurs parolles, que il avoit deux cordes en son arc. Et il qui parle respondi que D*en avoit que une, mais qu'elle estoit si bonne qu'il avoit entencion quelle ne romproit point. Et plusieurs autres parolles y eut, dont il qui parle n'est recors.

Dit plus il qui parle que, en pensant ausdictes parolles et aussi à celles que! mondict seigneur lui avoit dictes, et veu les allées et venues que ledit Jehan de Daillon faisoit devers le Roy si souvent et le conseil qu'il tenoit avec mondict seigneur (et aussi sembloil à il qui parle que mondict seigneur se defOoit de lui) , vint à Jupilles ^ et lui dist : « Jupilles, vous et moy sommes amis : je vous prie, se vous savez riens, dites le moy; car je congnoys bien que monseigneur a quelque soupçon sur moy. » Et Jupilles lui respondit ces motz : « Je ne vous celeray

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