SECONDE PARTIE
(suite).
CHAPPITRE XII.
Comment le Jouvencelj par sa grant vaillance^ fut constitué lieutenant de Crathor et ' de tout le pays environ par le conte de Parvanchières ^ lieutenant gênerai.
Aprez ce jugement fait, le conte de Parvanchières se tira à son logeiz et manda quérir tous les seigneurs, cappitaines et chiefz de guerre, qui estoient venus en sa compaignie, et tint conseil pour savoir qu'il estoit à faire. Et, par tous les seigneurs, chiefz de guerre et autres cappitaines, fut advisé qu'il envoiroit quérir le cappitaine de Crathor, le Jouvencel et le sire de Rocqueton et le Mareschal, qui savoienl les nécessitez de la ville et les affaires du payz plus que nulz aultres. Et leur demanda et dist ainsi : c Seigneurs, vous avez bien et grandement servi le n 1
Roy, et scay bien que le Roy a bonne et grande fiance en vous ; et aussi la y doit-il bien avoir. Et pour ce, nous, qui sommes venus icy à vostre aide et secours par le commandement du Roy, voulons avoir vostre conseil. Dictes, cappitaine de Grathor, vous estes le plus ancien et avez le plus veu, et est raison que vous parlez le premier. Que vous semble que nous ayons à faire? » — c Monseigneur, dit le cappitaine de Grathor, il n'y a cellui de tous mes compaignons qui n'en sceust mieulx parler que moy. Mais, quant le vous plaist me commander, je ne me doy pas excuser de parler et en dire ce que je sauray et pourray. Monseigneur, je croy que, quant vous estes parti de devers le Roy, vous n'aviez autre charge que de secourir ceste place et ville de Grathor, laquelle, la merci Dieu et la vostre ! vous avez secourue et levé le siège au grant honneur du Roy. et de vous et au grant profïit du payz et de tout le royaulme. Vous avez bien et honnourablement exécutée vostre commission. Si vous entreprenez plus avant qu'il ne vous est commandé, et il vous avenoit aucun hazart^ vous en pourriez avoir blasme. Je ne vois point que vous ayez artillerie pour mettre siège ; je ne scay comme vous estes fondez d'argent. Le duc Baudouin est aussi puissant que vous estes. Il est en son païs, en fortes villes et fors chasteaux. La saison est morte. Je ne congnoys point que puissez rien besongner. Vous mengez yci voz vivres et ne vous peut plus la ville soustenir ; et ne voy point pour ceste heure que vous puissez riens entre-