Var. : c et il vous en meschéoit. i Éd. Vérard
c prendre. Et me semble qu'il est force que vous c emmenez voz gens et vous retirez devers le Roy. c Et là conclurez quelque bonne chose pour la saison c nouvelle. Car, quant entrer on veult en païs ou faire c conqueste sur ses ennemis, on doit préparer son c fait dès river. Et me semble que c'est quanque vous c pourrez faire que de commencer, quant vous serez c devers le Roy, voz preparatifz pour le temps d'esté. » Fynablement tous furent d'oppinion du viel cappitaine de Grathor. Après ce, le conte dit au cappitaine de Grathor qu'il se retirast lui et ses compaignons ; et ainsi le firent. Âdoncques le conte de Parvanchières se retira en conseil avecques aucuns seigneurs, les Mareschaulx, le Maistre des arbalestriers, FAdmiral et autres cappitaines, et demanda qu'il estoit à faire. Tous furent de l'oppim'on du viel cappitaine de Grathor et dirent au conte que force lui estoit de ainsi le faire, dont le conte fut bien desplaisant qu'il ne povoit entreprendre aucune chose sur ses ennemis. Mais force luy estoit d'estre de la plus grant oppinion. Puis demanda : c Messeigneurs, qu'est-il à faire? » Tous à une voix dirent : c Allez-vous en le plus tost que c vous pourrez, car vous destruisez ceste ville. Laisc sez aucun nombre de gens plus qu'il n'y avoit et c quelque aident pour avoir des vivres en lieu de c ceulx que vous avez mengez. » Et puis dist l'Âdmiral : c Messeigneurs les Mareschaulx, le Maistre des € arbalestriers et aultres de messeigneurs qui cy sont, € et moy en leur compaignie, avons debatu qu'il est c nécessité que vous laissiez en ceste frontière ung € homme chief de par vous, qui estes lieutenant du € Roy, qui soit vostre lieutenant et à qui les aultres
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€ obéissent. La guerre s'en fera mieulx et justice en € sera mieulx gardée. Car partout fault ung maistre, c ou la besongne n'yra ja bien. Et, à la vérité, messei- € gneurs vous font dire par moy que vous ne povez c mieulx que de y laisser le Jouvencel pour vous, c Vous avez veu quel homme il est ; tous les gens c d'armes Tayment ; le cappitaine de Grathor nous en € a avertiz, et si ont tous les cappitaines de ceste fron- € tière *. » Sur ce, respondit le conte de Parvanchières : € Messeigneurs, je croy que vostre parolle est la voix € du Sainct-Esperit : car, en bonne foy, je le avoye € ainsi délibéré en mon couraige et vous en vouloye c demander vos oppinions. Dieu soit loué que vostre € oppinion est la mienne ! »
Tous furent joyeux de ceste conclusion et, sur ce, se départirent. Puis, le lendemain au matin, aprez la messe, mandèrent quérir le cappitaine de Grathor et lui dirent qu'il fit venir le Jouvencel et les cappitaines et gens de bien de la frontière, qui estoient à la ville, et que le conte de Parvanchières vouUoit parler à eulx. Et aucunement en touchèrent audit cappitaine de Grathor touchant celle charge qu'il vouloit bailler au Jouvencel ; et lui donna charge de lui en parler, dont le cappitaine fut bien aise ; car il le aymoit comme son enfant. Et fit la charge bien et voulentiers. Et, à l'après-disnée, amena le Jouvencel et tous les gens de bien qu'il peust trouver de la frontière, tant cappitaines que aultres.
Âdonc le conte de Parvanchières fit préparer une
i. Var. : c tous les seigneurs de ceste compagnie. » Éd. Vérard et I^noir.
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grant salle, qui là estoit, pour tenir conseil conune lieutenant gênerai, et se seist sur son siège, et tous seigneurs et cbiefz de guerre environ lui, et dist les parolles qui s'ensuivent : c J'ay ouy les oppinions de c vous aultres, messeigneurs de ce payz, aussi celles c des seigneurs qui cy sont venus quant et moy, et de c tous ensemble, et avons appointé que je m'en dois € retourner devers monseigneur le Roy et que je doy € laisser en ceste frontière homme de par moy, à qui € tous obéissent pour tenir justice, tant sur les gens € d'armes que pour garder le peuple et que pour faire € la guerre. Et, pour ce que j'ay esté adverty que c entre vous de ce payz avez bien agréable le Jouvenc cel, et aussi pour le bon rapport que j'ay eu par vous € tous de luy, il a semblé à tous ces seigneurs, cappic taines et chiefz de guerre, qui yci sont, que le Jouc vencel, qui est yci présent, y peult bien servir le € Roy et moy. Et, pour ce, en vostre présence, je le c constitue lieutenant en lieu de moy et vous prie et € commande à tous que vous luy obéissez comme à ma c propre personne. » A quoy tous ceulx du pais respondirent au conte : c Monseigneur, très grant mercy ! Il c nous semble que vous nous avez très bien pourveuz. » Sur ce, le conte appela maistre Guiet, son secrétaire, auquel il commanda ses lettres, don( tous, grans et petiz, furent tant joyeux que merveilles. En la présence desquieulx maistre Guiet reçeust le serement du Jouvencel, en tel cas acoustumé, par le commandement de monseigneur le conte, lieutenant du Roy. Si ala la nouvelle par la ville et parmi l'ost comment le Jouvencel estoit lieutenant du conte de Parvanchières, cousin et lieutenant gênerai du Roy; dont
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cbascun fut joyeux. Et en brief les ennemiz le soeurent; qui n'y prindrent point de plaisir^ ; car ilz doubtoient fort le Jouvencel*.
Ce soir, le conte ala remercier Nostre Dame de Bonne-Grâce et le landemain à Sainct-Symphorien, acompaigné de chevaliers, escuiers et gens de tous estas en grant nombre. Au matin, aprez la messe, dit adieu à ceulx de la ville, prist ses armes et monta sur son coursier et tira aux champs, luy et son ost ; et là ordonna ses batailles et prist son chemin pour soy en retourner. Ainsi qu'il voulust marchier, le cappitaine de Grathor, le Jouvencel, le sire de Rocqueton et le Mareschal prindrent congié de lui et luy dirent beaucoup de belles parolles et notables, en luy recommandant le pais et leurs personnes et leurs affaires, et en le remerciant très humblement de l'honneur qu'il avoit fait au Jouvencel. Puis commença le Jouvencel ces parolles : c Monseigneur, je prie à Dieu qu'il me c doint grâce que je puisse faire service au Roy et à c vous et chose dont vous soyez content de l'honneur € que vous m'avez fait. Et Dieu me doint, avant la c mort, que je face faulte au Roy ne à vous. » A quoy le conte respondist : c Jouvencel, je sçay bien que c vous estes bon homme. Vous avez bien fait jusques