Var. : (t ot doux secrétaires. » B
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les seurtez estoient bonnes et qu'il allast de par Dieu 80D voyage et, aussitost qu'il auroit passé la raer, qu'il luy fist savoir de ses nouvelles. Et incontinent le Jouvencel envoya devers le roy Amidas ung balinier equippé de gens de guerre ce qu'il en peust porter, pour plus seurement aller, par lequel il manda sa b venue ; et puis prépara son fait pour partir au jour qu^il avoit entrepriz. Et, le soir devant qu'il montast, arriva le Mareschal de Grathor devers lui, que le Roy lui envoya pour advertir d'aucunes besongnes toudiantson voyage et, avec ce, pour faire le voyage avec lui et pour le oonseillier en ses affaires ; dont il fut joyeux. Et, au matin, monta sur sa nef; et tous ses geos commencèrent à se embarger ; et ilz mirent plus de XV jours ; et couchoit le Jouvencel toutes les nuyz en sa nef pour apprendre la mer, sinon que quelquefoys venoit à la terre pour haster ses gens.
CHAPPITRE XXVI.
Comment y le XV^ jour de juing, le Jouvencel se mist en mer au congié du Roy, son souverain seigneur^ pour venir en Amydoine; comment le roy Amydos le reçeut très honnourablement et lui donna sa fille à mariagCy comme promis Vavoit; et comment le roy Amydas le fist régent et gouverneur de son royaume.
Le quinziesme jour de juing, le Jouvencel mist la veille au vent et tous ses gens prindrent la rote aprez lui; et singla tant qu'il arriva, le huitiesme jour de a \t
478 LE JOUVENGBL.
juillet, devers le roy Amydas qui Tatteiidoit de jour en jour. Et, quant le Jouvencel eust prins port, le roy Amydas vint au devant de lui et le aoolla et prÎDt entre ses bras et lui dist : c Mon filz, mon amy, vous c soyez le très bien venu ; je vous offre ma fiUe, je c vous offre mon royaume, qui est petite ofire, cv c je n'y ay plus riens, sinon que Dieu et vous m'y c remettez. » Le Jouvencel lui dist : c Le Roy, mon € souverain seigneur, m'envoye pour vous servir et
< faire ce que me commanderez. Quant aux offres que c vous me faictes, je vous remercye très humblec ment. Nonobstant que je ne soye homme de i'estat c de recepvoir si grant honneur et si grant guerdoo, € si prendray-je l'ofïre, puisque Dieu me l'envoyé, et c mettray peine de la desservir et envers Dieu et
< envers vous. > De ces parolles fut moult joyeulx le roy Amydas et (ist monter le Jouvencel sur une molle et plus de cent ou six-vins de ses gens sur mulles et chevaulx qu'il avoit fait amener au port quant et lui. Le Jouvencel se voulloit excuser en disant qu'il faîlloit qu'il demourast pour faire loger ses gens ainsi qu'ilz descendroicnt. Sur quoy, le roy Amydas hii respondist qu'il ne s'en soulciast point et qu'il avoit ordonné gens pour les recueillir et faire loger en groi villaiges, qui estoient sur le costé de la mer, là où ilz seroient bien aises, et lui prioit qu'il vensist le soir à la ville veoir sa dame, et puis il retourneroit ve^xr ses compaignons et comment chascun seroit logé. Le Jouvencel le remercia encore et lui dist qu'il le feroit voullentiers, puisqu'il lui plaisoit.
Ainsi s'en alla le roy Amydas droit à la ville et print le Jouvencel par la main ; et allèrent devisant tant
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qu'ilz virent Gallibor\ une très belle ville et cbastel. Et le Jouvencel demanda au roy Amydas : c Sire, avezc vous encores tant vaillant comme je voy? Voila c une très belle cité. » Le Roy lui respondist : c Ce c D'est pas cité ; mais c'est ung beau port de mer et c une des meilleures villes qui soit en toute Amyc doine; et encores en ay-je deux aultres belles et c bonnes ; mais c'est tout. > — c C'est assez, dist le c Jouvencel, sire, se Dieu plaist, pour recouvrer le c surplus. » Ainsi allèrent jusques à la porte de la ville; puis allèrent au long des rues jusques au chastel ; et là descendirent à pied . Et vint la Royne au devant du Roy, son seigneur, et avecques elle sa belle fille qu'il faisoit moult beau veoir. Et, quant le Jouvencel vit la belle dame, il fut si espris de joye qu'il ne savoit qu'il devoit dire. Le Roy le print par la main et lui dist : < Mon filz, vecy la royne d'Amydoyne, c vostre belle-mere. » Et le Jouvencel s'agenoilla à tarre ; et la Royne le embrassa et le baisa et lui dist : c Mon beau filz, vous soyez le très bien venu. > Aprez le Roy le mena à sa fille et lui dist : < Vecy vostre dame € et vostre femme. Or aperra comme vous ferez bien c la besongne pour l'amour d'elle. » Et le Jouvencel lui respondist : c Sire, qui n'auroit point de cuer au € ventre, vecy assez pour y en faire venir. Dieu ne « m'a pas fait tant de grâce de venir jusques à la € veue de ceste belle dame, qu'il ne m'ait donné € voullenté de la servir tellement que vous et ses c autres amis serez bien contens de moy ; et Dieu me € doint povoir de ce faire ou la mort bientost. »
1. Var. : « TaiUebort. » B. — Le nom de cette ville est toujoura écrit de la sorte dans ce manuscrit.
180 LE JOUYENGED.
Ainsi le Roy appella la Royne et lui dist : € Labc sons parler nostre filz et nostre fille ensemble et c allons devant. » Ainsi entrèrent ou chastel. Et, quant ilz furent entrez, il vint ung chevalier qui vint au Jouvencel et lui dist : c Monseigneur, venez vous c refreschir à vostre logeiz et puis vous retoumerex € devers le Roy et devers les dames. > — t Quel
< refreschir? dist le Jouvencel. Je suis tant refresdu c de veoir ma dame qu'il n*est riens qui me soeust
< lasser et ne me sauriez mener en lieu^ où je sceuase c avoir tant de joye et de plaisir. » Âdoneques k Royne se retourna et dist : < Beau filz, il fault que c vous me la laissiez pour ceste heure, et puis je c vous la rendray tantost. » Le Jouvencel respoodist : < Je feray vostre commandement et le sien, c Mais, pour Dieu, que je ne soye gueres sans € retourner! »
Ainsi se despartirent; le Roy s'en alla en sa chambre et la Royne et sa fille, et le Jouvencel à son logeiz; Dieu scet comment il fut recueilly et bien logié. Tantost le soupper fust appareillé et les tables mises ; et puis le Roy envoya quérir le Jouvencel à son logeiz et le fist venir au mengier et le fist asseoir viz à viz de sa dame; et croy qu'il souppa très mal; car il ne fist oncques que la regarder tout au long du soupper. Aprez le soupper, le Roy fist venir tous ses barons en sa salle et dist, oyans tous : c Vecy le c Jouvencel qui est venu de par le Roy, son souve-
< rain seigneur, à mon secours et à mon aide ; et je
< lui ay promis qu'il espousera ma fille. Et, pour