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Var. : « la reille [règle]. » G

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faire. Le Roy trouva en son conseil que ses gens fussent logez en deux ou en troys groz logeis jusques à huit jours, pour ce quMlz seroient plus seurement eo trois parties que en une seule ; car, tandiz qu'ilz combatroient Tune des parties, les autres leur viendroient au secours mieulx que s'ilz estoient tous ensemble. Et, quant une grosse compaignie est logée tout ensemble et elle est surprise et il se y niest ung derroy, elle est aussi tost desconlite comme une moindre. Et mainteffoys ay veu en mon temps, qua/it on chevauchoit en payz d'ennemyz et que on estoit grosse compaignie, que on se logeoit de propoz délibéré eu deux logeiz pour plus grant seurté, combien que on eust bien trouvé logeiz pour se logier tous ensemble. Il y a beaucoup de raisons pourquoy on est mieulx en deux parties que en une, mais que on soit si prez Tung de l'autre que on s'entrepuisse secourir. L'une des principal les raisons si est que on ne peult pas si tost combatre ne desconfire ung logeiz que les aultres n'ayent loisir d'eulx mettre ensemble et en ordonnance pour combatre; et ceulx qui combatent et assaillent sont bien esbahyz, quant ilz voient gens fraiz sur eulx; et aux défendeurs le cuer leur croist de la moittié. c Et, pour ce, je suis d'oppinion que c ces gens soient logiez en deux ou trois logeiz pour « leur seurté. Et ce pendant ilz orront nouvelles des c ennemi/ et aussi d'aucuns amyz que vous avez ou « payz ; puis délibérerez ce que vous avez à faire. > Ce jour se passa à logier et à despartir le logeiz.

Et, au lendemain, vint ung petit messaige secrètement, qui apporta ung petit brief au roy Âmydas, ouquel brief estoient les noms de ceulx qui s'assem-

bloîent pour lui venir courrir sus, c'est assavoir : le duc d*Âth, le prince de la Gormye, le sire de Hisles, le dispost de Gallafye, le marquis de Calyma, messire Morcellet, messire Eneas de Malico, messire Lancelot de Pompon, messire Âchiles de Frezo et messire Helpy, frère bastard du marquiz de Calyma, lesquîeulx se trouvoient ung grant nombre de gens^

Sur ce, le roy Âmydas envoya quérir son filz le Régent et tous les seigneurs et cappitaines qui estoient en sa compaignie, tant de lui que du Régent, et leur compta les nouvelles qu'il avoit sceues et, sur ce, tint conseil avecques eulx. Le conseil fut qu'il renvoyast son messaige pour savoir leur convine et ce qu'ilz avoîent entencion de faire. Sur quoy, le messaige retourna et fist grant dilligence et parla secrètement i plusieurs gens ou payz, qui estoient amyz et serviteurs du roy Âmydas, par lesquieulx il sceust l'entreprise de ses ennemyz et leur conseil et comment ilz estoient délibérez de eulx mettre devant, tous les premiers ; car il leur sembloit que qui est sur les champs le premier, a l'avantaige. Aussi est-il vray; mais que on n'entreprengne riens qui ne soit conduisable. Tout^oys tout est soubz la main de Dieu ; car là où Dieu veult, il pleut.

Mais le cas advint que ceulx que vous avez ouy nommer entreprindrent de venir présenter la bataille au roy Âmydas pour gaigner le bruit du payz, et vîndrent devant la ville du Don, comme vous orrez. Le roy Amydas fut adverty de leur venue et tint con-

i. Ije Commentaire no donne pas la clef de tous ces noms que Jean de Bueil a évidemment inventés. Ils représentent les chefs des Suisses dans lexpédition du Dauphin en 1144.

seii sur ce et fut conseillé par son filz le Regeni et par tous ses cappîtaines de les attendre. Le roy Amydas et son filz saillirent hors de la viQe et firent six batailles à cheval. Premièrement, il envoya ses oourreurs et escarmoucheurs devant, et puis mist aprez une avant-garde bonne et grosse selon la puissance qu'il avoit; et ilz estoient presque esgaulx en puissance, les ennemyz et lui; et en ceste avant-garde estoit le Régent. Après vint le Roy en la bataille : sur la main dextre, avoit une esle bien garnie de bons chiefz; sur la main gauche, estoit tout son traict àpié, et au bout du traict avoit une esle de gens à cheval, afïin que son traict ne fut foullé par derrière ; et darrièrc eulx n'avoit riens fors la ville du Don, qui estoit à son doz, et les gens de la ville. Le duc d'Âth vint et tous cculx que vous avez ouy nommer, au jour qa*ilz avoient entrepriz, et trouva le roy Âmydas en son ordonnance assez prez de la ville et tant qu'on ne se povoit mettre entre la ville et lui. Et, quant les batailles s'entrevirent, ilz s'entrecraingnirent ; et ne fut pas de merveille ; car ilz estoient belle compaignie d'une part et d'auttre. Ghascun tenoit bien son ordon-^ nance ; car c'est ce qui fait tenir ordonnance que la paour que chaseun a de son eniiemy, et tous les cappitaines n'y féroyent pas tant que celle double. Or est ainsi que le duc d'Ath et les siens se arresterent, quant il vit le roy Amydas et ses batailles. Et, entre les deux batailles, eust de grans escarmouches d'une part et d'aullre, de grans coups de lances donnez et de grans coups d'espée.

Le Régent, qui estoit homme de guerre, regarda la convine de ses ennemyz et leur contenance et

vit bien qu'iiz n'avoient point vouUoir d'assembler avecques le roi Âmydas ne avecques lui, pour ce qu'iiz ne véoient point leur avantaige et leur souffîsoit de se monstrer puissans pour acquérir la voix du peuple. Et, sur ce, le Régent vint devers le roy Amydas son père et lui dist : c Monseigneur, je congnois que ces gens ne vous veullent point combatre yci ; car il leur semble que vous estes en lieu trop avantaigeux ; et, pour ce , se vous vouliez avoir à besongner avecques eulx, il leur fault courrir sus. > — € Gomment, dea? dist le Roy ; vous deffendez tousjours qu'on ne marche point contre ses enncmyz. > - c Voire à pié, dist le Régent ; mais à cheval tout le contraire, quant on peult passer tout oultre et qu*il n'y a point de fortificacion derrière eulx. Or sont ces gens au large des champs, et me semble que nous y povons bien aller par la manière que je vous diray. > — c Or dictes, beau filz, dist le roy Amydas. » — c La manière, dist le Régent, si est que nous ferons marcher nos archiers et tout nostre traict le petit pas, tellement qu'iiz garderont tousjours leur alaine, et les mènerons si prez de leur bataille que le traict tumbera dedans eulx. Et, à rheure que le traict tumbera dedans, leurs chevaulx se tourneront devant derrière et ne souffreront point le traict; et, à l'heure qu'iiz seront brouillez, nous donnerons dedans eulx. Et, pour aller jusques à eulx seurcment, noz escarmoucheurs rebouteront les leurs au plus qu'iiz pourront, affin qu'iiz n'apperçoivent point ce que nous ferons, ou au moings le moings que faire se pourra. Et moy, Jouvencel, qui mené l'avant -garde, les sieuvray de prez affin

qu'on ne les reboute; et, se voz ennemiz se avanorat pour les combatre, vostre bataille viendra le pas des gens de pié ; vostre asle , qui est sur la main dextre» pareillement et celle aussi, qui est sur la main gauche ; et, se les ennemyz chargent sur moy, qui fais Tavant-garde, vostre esle, qui est sur la main dextre, leur donnera sur ce costé, et l'autre, qui est sur la main gauche, leur donnera sur l'autre; et vostre traict les batra en venant à moy et en mettront beaucoup en essoyne; et vous o vostre bataille me soustiendrez. Ainsi ilz seront bastuz par les costez et par le front, quant ilz besongneront contre moy, qui ay Tavant-garde ; et vous viendrez à mon secours o vostre bataille ; et o la grâce de Dieu j'ay espérance que vous en aurez bon mardié ; car noz asles combatront bien les leurs et les garderont bien, se Dieu plaist, qu'ilz ne nous donneront point d'empeschement sur les costez. Et puis vous avez le traict davantaige ; car je voy le leur à cheval et se fient en ne sçay quelles archegaies et genetoires^ qui peu leur serviront. C'est se ilz marchent à vous. Mais, se ilz ne marchent, je suis d'oppinion que vous marchez. Et, s'ilz attendent que le traict chce dedans eulx et qu'il faille qu'ilz se remuent devant moy, à ccste heure je donneray dedans. Suivez-moy de prez et que toutes noz esles chargent bien et asprement de tous les costez et, o la grâce de Dieu, nous les romprons. Je suis aussi d*oppinion que vous mettez une petite bataille de

1. Archogaie, sorte d'arbalète (Frétl. Goiiefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française). — Gcnetoire, espèce de lance ou de javeline (Ducange; Sainte-Palaye).

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c gens à pié aprez vostre grant bataille, quant les c batailles seront mesiées , pour rallier tout le monde c et secourir chascun où ilz verront que besoingsera. > Le roy Araydas et tous les chiefz et cappitaincs tiodrent Toppinion du Régent à grande et bonne. Le Régent leur dist encore plus : c Je suis d'oppinion que vous mettez vostre asie de la main dextre plus forte que l'autre ; item, moy qui ay Tavant-garde, que je me tire sur le costé droit affin que je ne destourbe point le traict de voz archiers, qui sont sur le costé gauche; et aussi le soleil vient de ce costé; et, quant nous mettons la lance en arrest, nous avons la main plus à commandement de celle part ; aussi le vent en vient qui souffle la pouldre droit à eulx. Et, s'ilz vouloientmarchier droità vostre traict, vous avez le costé plus à vostre commandement que vous ne auriez de Tautre. Et, puisque on peult choisir et que le payz est si large que on le peult faire, on doit serchier tous les avantages qu'on peult. Mais souvent on est en lieu si soubdainement pris que en Testât en quoy on se treuve, aucuneffbys il se fault deflendre. Mais qui a loysir et assault, il doit choisir à son avantaige, s'il peult. Se vous chargez sur le costé gauche, vostre corps ne vostre lance ne s'i adonne pas si bien. Or, puisque Dieu nous a donné payz si large et loysir et que nous les aillions assaillir, je suis d'oppinion que nous les aillions ainsi assaillir que j'ay dit. Touteffoys, Monseigneur, se je faulx en aucune manière, admendez-le, s'il vous plaist, et messeigneurs qui sont en vostre compaignie, qui sont plus saiges et meilleurs que moy. >

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Le roy Âmydas dist : c Mon filz, on ne pouiroit c mieulx dire. Et, pour ce, je vous pri entre vous c aultres, beaulx seigneurs, dictes si vous y voyeas c que amender. > Ghascun dist que la chose ne povoit estre mieulx ordonnée. Et, sur ce, conclurent de marcher sur leurs ennemiz.

Et marchèrent pas pour pas, tant qu'ilz remisdrent tous les escarmoucheurs et courreurs des ennemyz, et meismement leur avant-garde, jusques encontre la bataille, pour ce que Tavant-garde n'estoit pas si puissante que elle peust attendre ne tenir contre Tavant-garde et bataille du roy Âmydas, qui mard» tout ensemble et tellement que le traict du roy Âmydas vint cheoir sur la bataille du duc d'Âth. Et, quant les chevaulx sentirent la poincture du traict^, ilz commencèrent à tourner les testes où ilz avoient les crouppes, les lances se commencèrent à colloigner Tune parmy Tautre et se entremesler. Et, quant le Régent vit cela, il sceut bien congnoistre Theure et chargea parmy eulx au désespéré^; et le roy Âmydas, qui estoit bon chevalier, le suivit bien et vertueusement ; les esles des costez chargèrent à Theure qu'ilz le dévoient faire et ne faingnirent point; la petite bataille, qui estoit derrière, tint ferme; et alloient tousjours où ilz véoient que le besoing estoit.

Le duc d'Âth, qui n'avoit riens délibéré, fors seullement de se monstrer à ses ennemiz, fut esbahy ; car son avant-garde ne ses esles ne toutes ses batailles n'cstoient point adverties de ce qu'ilz dévoient faire,

1. Var. : a Et, quant le traict vint parmy les chevaulx du duc d'Ath. » D. F.

'^. Var. : « à l'cspi^e. » F.

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fiinoD seullement d'eulx monstrer devant la ville et de présenter la bataille au roy Âmydas. Et ne pensoit pas estre assailli de ses ennemiz si vivement; mais il cuidoit bien qu'ilz y allassent plus à loisir. Et, pour ce, je vous dy tousjours que les gens à cheval doivent assaillir et les gens de pié doivent attendre. Il est vray que les gens de pié furent cause de ceste besongne; mais ilz marchèrent soubz la sûreté des gens de cheval et frappoient de loing ; et leurs ennemyz estoient à cheval, qui attendoient et laissoient venir la fureur de leurs ennemyz sur eulx. Ainsi fut le duc d'Âth rompu ; mais il se retira si saigement et si vaillaument qu'il saulva lui et la pluspart de ses gens jusques en son paiz. Il eust grant perte, et fut beaucoup pris et mort de ceulx de sa compaignie ^ .

Le roy Âmydas et le Régent couchièrent celle nuit sur le champ en signe de victoire. Et, quant Tevesque do Don et ceulx de la ville sceurent la nouvelle, ilz allèrent à Teglise remercier Dieu et faire sonner les cloches et faire les feulx de joye ; et puis vindrent

1. Var. : i de ses gens. » A. — Ce récit do la bataille livrée 80118 les mure du Don doit représenter la bataille de Saint- Jacques gagnée, le 26 août 14 ii, par Jean de Dueil sur les Suisses, à peu de distance de Bàle. A la nouvelle de l'arrivée du Dauphin, une partie des Suisses qui assiégeaient Zurich étaient Tenus à sa rencontre. Les deux armées se rencontrèrent près de la maladrerie de Saint -Jactiues. Les Suisses résistèrent vaillamment; mais ils furent vaincus à la Gn et contraints de se retirer en toute hâte. Un grand nombre des leurs furent morts ou pris (voyez Escouchy, chap. ii; Tuetey, Écorcheurs; etc.). — On n'est pas d'accord sur le nombre de combattants qui composaient à cette bataille les deux armées française et suisse. Voyez ce qu'en dit notre collaborateur dans V Introduction Wographique, tome I, p. eu, note, et p. civ, note 5.

204 LE JOUVENCFX.

devers le roy Âmydas et le Régent les visiter et rcmonstrer qu'ilz merciassent Dieu de la graœ quil leur avoit faicte et lui offrir leurs prières, ausqudles le roy Âmydas et le Regenl se recommandèrent ; pub s*en retournèrent en la ville et leur envoyèrent pastez, bouteilles et vivres^ Et aprez la bataille, comme vous savez qu'il est de coutume que on en parle et devise et dist l'en les biens et les maulx et ce qui y a esté fait et ce qui n'y fut oncques fait, et, pour ce que plusieurs avoient escrié le roy Amydas et le Regcnt son iils, en disant : c Roy Âmydas, marche; c et toy. Régent, que ne donnes tu dedans? II semble c que tu dissimules et que tu ayes paour. » Et beaucoup d'aultres grans et oultrageuses parolles, qui estoicnt bien pour faire perdre le sens et l'entendement au roy Amydas et au Régent son filz; mais neantmoings oncques ne se desmeurent de leurs boni pn)(>otz, eulx coiitians en Dieu, et ne voulurent rompre leur ordonnance |K)ur paroUe qui leur en fui dicte ; et leur remonslra le Régent comment ilz avoient pressa* le Roy son pci^e et lui à la l>ataille, et leur voulut bien dire, devant le roy Amydas et devant toute sa seigneurie ou (*hcvalerie et ses cappitaines, les |)arolles qui s'ensuivent : c'est assavoir que ung ehief ne se doit desniouvoir de la raison, tant en justice que en ordonnance de bataille, quant une foys il a bien délibéré par son bon conseil ce qui se doit faire et (|u'il est lui-niesme de a^ste oppinion. Car niaintea gens ont des oppinions et des voulentez par bvcur

i. Var. : • et leur eiivoyorent ilei vint i^t des viandat Ur|te* meut. • H.

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qu'ilz ont à aucunes gens et à aucunes choses faire et aussi par amour, par hayne, par attayne, par un argu^ en quoy les gens se mettent et veuUent qu'il soit ainsi sans y considérer raison ne débattre en leur teste se les choses sont à faire ou à laisser. Et, pour ce, quant le chief a ouy les oppinions de ung chascun et que son oppinion est saine et qu'il n'a ne hayne ne amour qui le contraigne à faire ne Tung ne Taultre, mais veult la chose de la raison et le bien de la chose publique et n'a point d'esgart à son fait particullier, sinon ad ce qu'il pense qu'il plaist à Dieu et à Texecucion de son entreprise pour le meilleur de 8oa party où il tient avoir bonne et juste querelle, il ne se doit desmouvoir de son entencion et doit avoir grant vertu de tenir ferme à l'encontre de ceulx qui l'abbayent, tendans à leurs fins. Et a bien Dieu à amy qui en eschappe ; et doit bien le chief qui a à combatre ceste matière, se seigner de la bonne main ; car bien peu en sont, à qui on ne facent rompre leur propotz, dont le plus souvent mal en advient. Touttesfoys les choses sont adventureuses, et aucuneifoys les hommes n'ont pas la congnoissance proprement de ce qu'il se doit faire, et Dieu leur oste l'entendement; par quoy ilz font tout le contraire de la raison. Mais, là où Dieu veult, sens de homme n'a mestier ; pour ce, fault tout mettre en la main d'icellui et faire selon ung proverbe qui dit : Fais ce que tu dois et adviengne ce qu'il pourra. Ainsi fine ce premier chappitre.

1. AttayiK*, aniraosité; argii, projet (Godefroy, Dictionnaire de Vancienne langue française).

SM)6 LE JOUYEIfGKL.

CHAPPITRE II.

Comment le roy Amydas tint conseil et trouva en son conseil qu'il ne retourneroit plus en la ville et qu*U poursieuvroit sa bonne fortune ^ et s^en vint pour mettre le siège devant une ville nommée Bort; com" ment elle se rendit par composition et se mirent en son obéissance et tout le pays d'environ; comment une ville et chasteau nommé le Sap se tenoit contre le roy Amydas; comment le Roy voulloit qu'on Tasmigeast; mais il fut trouvé qu'il n'avoit point d'artillerie assès souf]isant pour ce faire; par quoy lui cour vint séjourner pour en faire d'autre^ qui leur porta grant dommaige; et d'une rencontre qui fut ce penr dant, où leurs ennemis perdirent grant nombre de leurs gens.

Le jour ensuivant, ie roy Amydas tint conseil et fut conseillé de ne retourner plus à la ville et de poursuir sa bonne fortune; ce qu'il tit. Et chevaucha tant qu'il vint à une ville, qui avoit nom Le Bort, laquelle se rendist tantost à lui, moyennant qu*ilz voulurent avoir seureté pour ung peu de gens de guerre qui esloient dedans; lesquieulx eurent saufconduit du roy Amydas et puis s'en allèrent en leur party. Il se mist en Tobéissance du roy Amydas entour ceste ville du Bort, bien vingt lieues de payz et n'y eust point de resistcnce jusqucs à ung chaste!, qui s'appelloit le Sap, où il y avoil une petite ville desrsoubz le chastel ; et y demeura bien dedans de cincq à six cens hommes de guerre ou plus. Le chastel et

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la ville estoient moult fors ; les gens qui demouroieDt dedans estoient gens de couraige; car aultres gens n'y fussent pas demourez. Ung nommé messire Eneas de Halioo en demoura cappitaine.

Quant le roy Âmydas fut dedans Le Bort et il sceust que messire Eneas de Malico estoit demouré cappitaine du Sap, et ceulx qui estoient dedans, il pensa bien qu'ilz lui feraient guerre ; car il savoit bien que messire Eneas estoit ung vaillant chevalier. Il assembla tout son conseil et demanda qu'il avoit à faire. Son conseil fut tout d'oppinion qu'il ne povoit marcher plus avant tant qu'il cust conquis le Sap. Or estoit le Sap, comme dit est, une forte place et bien gamye de gens d'armes bons et vaillans et bien artilliée. Et sans grande ordonnance il ne se povoit prendre et ne povoit estre assiégé sans estre garny de ce qui estoit neccessaire. Or avoit perdu le roi Âmydas la pluspart de son artillerie, et celle que le Régent avoit amenée estoit toute menue ; par quoy n'estoit possible d'assiéger celle place sans mieulx estre garniz et pourveuz. Ainsi fut force au roy Âmydas et au Régent son tilz de séjourner à Bort, qui leur fut moult granl dommaige, car, quant gens ont le bruit et ont eu victoire sur leurs ennemyz, ilz ne doivent jamaiz séjourner; car les ennemyz se ralient, ilz prennent cuer, ilz pourveoient aux faultes. On en fait plus à mil hommes en la chaude que on ne fait à quatre mil quant la chose est refroidie. En tel cas, on ne doit pas séjourner qui peult ; mais les choses qui ne se pevent faire, il est force de les laisser.

Pour ce, arresterent le ray Âmydas et le Régent son filz à Bort malgré eux. Et, quant le roy Âmydas vil

208 LE JOUYENGEX.

qu'il n'y avoit point de remède, il fist appeler le Régent son filz et tous les cappitaines et conseilliers pour savoir qu'il avoit à faire; lesquelz lui conseillèrent qu'il fist ses dilligences de faire forgier artillerie à puissance, d'envoyer requérir ses amiz, tant d'argent que de tout ce qu'il lui seroit nécessaire. Vray est qu'ilz avoient de l'artillerie que le roy Âmydas avoit de piéça et de celle que le Régent avoit amenée quant et lui ; mais elle n'estoit pas souffisante pour mettre en subgection la ville du Sap.

Ainsi le roy Âmydas fist ce qui lui fut conseillé et ses diligences de toutes pars. Et, quant ilz eurent ordonné ce qui estoit affaire, le Régent dist au roy Âmydas : c Monseigneur, il seroit bon de faire venir « ces seigneurs et gens de bien qui ont esté prinx, c pour les ouir parler et aussi savoir leurs noms ; car c on y peult apprendre beaucoup de choses et trouver € des traictiez et des practiques. > A quoy le Roy respondist : c Vous dictes bien. S'il y a aucuns qui saidie c leurs noms, nommez-les moy et je les congnoistray € bien tous, p — « En bonne foy, dist le Régent, il < me seroit bien fort de les nommer; car ce sont noms c bien estranges selon le payz d'où je suis venu. » Tantost saillist un clerc du Régent et dist : c Mon- « seigneur, je les ay icy par escript en ung mémo- € rial. p — « Or les lisez, dist le Régent^. > — c Mémoire des seigneurs et cappitaines qui ont esté « pris et mors en la bataille. Premièrement, le sire de c Hilles, le dispost de Gallaphye et messire Morcelleti « prins ; le marquis de Galyma et messire Lancelot de

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