‹ Le JouvencelChapitre 51 sur 184 · Var. : « Gerlaud. » P · texte numérisé non relu

Var. : « Gerlaud. » P

%. Des auxiliaires anglais se joignirent en effet au Dauphin dans sa campagne do Suisse ; ce fut Matthew Gough avec 800 hommes, suivant Matth. d'Escouchy (ch. n). Avec lui étaient deux autres capitaines, dont Tun s'appelait Âwray Barwik (voy. Tuetey, les Ècorcheurs sons Charles VII, t. I, p. 167). Le Commentaire, § XXXI, dit qu'avec Matthew Grough étaient Reinefort (Redford) et autres jusqu'au nombre de 400 lances et 400 archers. Voy. notre tome I, p. xcv, note 5.

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escouta, et dirent au Jouvenoel : c Demandes-en à quel que soit. > Sur ce, le Jouvenoel demanda à moDseigneur de Ghamblay, qui estoit ung de ceulx que le Roy son souverain seigneur lui avoit baillez ^ et lui dist : c Vous avez esté à Galibort comme moy et avei c ouy parler le Roy et tous les siens ; je vous pri, c dictes-en vostre oppinion. » — c Monseigneur, c dist le sire de Ghamblay, je ne voy point que le c roy Amydas ait lieu où il vous puisse recueillir, c que en la ville du Don. Icy vous mengez ses vivres, c de quoy le povre seigneur, la Royne et madame € vostre femme doivent vivre. Pour ce, je suis d*opc pinion que, vous et toute vostre compaignie de c puissance, vous en aillez jusques à Don. Et là vous € serez près des ennemiz et orrez des nouvelles et, c sur ce que vous trouverez, vous conclurez ce que c vous aurez à faire. » Âprez demanda au Mareschal de Grathor, à messire Guillaume Roucqueton et genenn lement à tous les cappitaines et à ceulx qui estoient au conseil et furent tous de ceste oppinion .

Ung escuier de Tostel du roy Amydas, nommé Pirus, que le Jouvencel avoit amené pour luy nommer les chemins, fut là. Le Jouvencel le fist appeller et lui fist demander par son truchement combien il y avoit de Galibort jusques au Don ; et il lui respondist qu*il y avoit ung grant nombre de milles, qui revenoient à la raison de quelque seize lieues françoyses. Oultre

i. Le sire de Ghamblay n'est autre que Guy de Fromentièrei ou le Maréchal de Grathor (voir 1. 1, p. 3, et Commentaire, S XVI). Gependant Jean de Bueil en fait maintenant un personnage différent, puisqu'il dit plus bas : « Aprez demanda au BCareachal de Grathor... •

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plus lui demanda quel payz il y avoit en cbemin et s'ilz y trouveroient que mengier. Il lui respondist qu'il y avoit beau payz et bon jusques au Don. c Et c là vous serez prez des ennemyz et trouverez assez c vivres partout jusque là. » Mais, delà le Don, ilz trouveroient ung peu le payz destruict pour la guerre, qui y avoit longuement esté. Et, pour aller au Don, ilz passeroient par Virance, une très bonne petite ville, où ilz seroient bien aises pour se rafreschir et où ilz trouveroient ce qu'ils demanderoient . Et, quant le Jouvencel et ses cappitaines eurent ouy parler Pyrus, ilz furent d'oppinion d'eulx en aller au Don et délibérèrent de partir dedans huit jours aprez. Et séjournèrent ces huit jours pour despeschier leurs navires et les renvoyer en leur payz, et aussi allèrent quérir à Galibort aucunes choses qui leur estoient neccessaires et se refreschierent de l'estourdissement de la mer. Le Jouvencel s'en retourna Fendemain au matin devers le Roy son père et lui compta comment il [avoit] envoyé son navire et avoit escript au Roy son souverain seigneur et ce qu'il avoit trouvé avecq ses cappitaines; et lui monstra comment ilz estoient venuz délibérez de combatre et ne queroient que la bataille, et, pour Dieu ! qu'il les voulsist mener là où il penseroit qu'ilz auroient à besongner le plus tost que faire se pourroit^ Oultre plus dist au Roy : c Monseigneur, c ces cappitaines sont délibérez de vous venir tous c veoir les ungs aprez les aultres toute ceste sepc maine, aussi de venir à la ville. Faictes conmian-

1. Tout ce qui suit jusqu'à la un du paragraphe manque dans le manuscrit B.

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c der, s'il vous plaist, que on les laisse entrer partout c et qu'ilz ayent ce qu*îl leur fault pour leur argent. » Â quoy le Roy respondist : c Mon filz, je le feray très c voulentiers. » Sur piez commanda aux cappitaines de son chastel et de sa ville et aux portiers qu'ilz laissassent entrer tous ceulx qui voudroient venir des gens de son filz, et oultre qu*on leur appareillas! et deiivrast vi\Tes et que tout ce qui y seroit leur fust miz en avant et que on ne leur espargnast riens. Toute ceste semaine vindrent les cappitaines et compaignons à grans flottes de cent et de six-vings veoir le roy Aniydas, la Royne et la belle dame que le Jouvenoel avoit espousée. Et plusieurs vindrent devers la dame du Jouvenoel s'ofirir à elle en disant qu'elle estoit leur maistresse. Et Dieu scet comment elle recueilloit doulconient et quelle chière ilz eurent du Roy et de la Royne et de leur fille toute celle sepmaine durant.

Au bout de la sepmaine, le Roy conclud avec le Jouvenoel et tous ses cappitaines de partir et s'en aller à Virance et de Virance au Don et laisser la Rovne et sa fille à Calibort. Ce soir, s'en ala le Jouveocol et print congié de la Royne et de sa dame. Et, quant il fut avecques ses gens, il conclud de deslogier nu plus matin et de tirer aux champs. Et, quant il oust toutes ses batailles assemblées, il fist avantp garde, bataille et arrière-garde et deux esles sur les deux costez, il mist descouvreurs de payz devant, et api'oz eulx il mist fors courreurs ; et puis, aprez les courreurs, il ordonna ses logeurs. Il mist tout son traict en une bataille à part et le fist demourer derrière, entre larrière-garde et la bataille, et avoit tousjours ceste façon de faire, quant il alloit droit à ses

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ennemiz à cheval, qu'il mettoit le traict derrière, et, quant il. s'en retournoit, il les mettoit devant. Quant les batailles furent ordonnées, il les faisoit moult beau veoir. Et tantost le Roy saillisl de la ville et chastel de Galibort avecques ce qu'il avoit de gens et vit les batailles du Jouvencel qu'il prisa moult et regarda son ordonnance ; et Dieu scet se le cuer lui haulça bien, quant il vit si belle armée. Et, tantost aprez, la Royne et sa fille saillirent de la ville pour veoir la compaignie, qui moult leur plust ; et, si elles prioient bien Dieu pour eux, il ne. le fault ja demander; et croy que leurs prières valurent beaucoup.

Quant le Roy fut joinct au Jouvencel, il lui dist : € Mon (ilz, vecy une moult belle compaignie et bonne, c comme je croy. J'ay fyance en Dieu que noz € besongnes yront bien, p Et, à ceste heure, le roy Amydas fist crier le Jouvencel, son filz, régent, par ung de ses hcraulx en ceste manière : c Ouez, ouez, ouez. De par le roy Amydas, nostre sire et souverain seigneur. Deuement informé et véritablement acertené des sens, loyauté et preudomye et très excellente vaillance de mon très redoubté seigneur monseigneur le Jouvencel et aussi ayant congnoissance des grans peines et travaulx, mises et despenses qu'il a fais pour venir à son secours, et de la grant et notable armée qu'il lui a amenée, espérant o la grâce de Dieu que par lui le royaume et seigneurie d'Amydoine seront recouvers et en seront déboutez ses ennemiz, et pour ce service luy avoit promis faire et acomplir le mariage de lui et de madame sa fille, ce qu'il a fait, et aussi l'a estably, commis et ordonné régent et gouvernant son n 13

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c royaulme, comme plus à plain peut apparoir par c ses lettres patentes sur ce faictes. Si veult le Roy c et vous commande generaulment à tous que, dèi c à présent et pour le temps advenir, ung diascun c de vous, tant en gênerai que en particulier, entende c et obéisse dilligemment aux mandemens et comc mandemens que vous fera mon dit seigneur, comme c à la propre personne du Roy; car tel est son plaic sir et veult que ainsi soit fait et acomply. >

Âprez le cry fait par le herault du roy Âmydas, icelluy herault fist les criz de par le Jouvencel devai^ ses batailles, ainsi qu'il s'ensuit : c Ouez, oùez, ouez. c On vous fait assavoir de par monseigneur le R^nt

< que aucun homme d'armes ne chevauche que soubz

< l'estandart de son cappitaine et que tous les ardiiers « chevauchent soubz l'estandart de messire Guillaume « Boucquelon jusques au logeiz et luy obéissent comme

< à la personne de monseigneur le Régent ; et, au soir, « que chascun se retire soubz l'estandart de son capc pitaine et que nul ne soit si hardi d'aller avec le c marcschal du logeiz, sinon ceulx qui y sont ordonc nez, et que nulz ne soient si osez de prendre ques- « tion ne débat ne de user de voye de fait; maiz ceulx c qui auront question les ungs aux autres viengnent « demander justice, et on la leur fera ; et sont comc mis pour ce faire messcigneurs les mareschaulx ou c leurs prevostz, sachans que ceulx qui seront invaseurs « seront pugniz, tellement que tous les aultres y prenc dront exemple. » Et, sur ce, le Jouvencel dist au Roy : c Monseigneur, mettez-vous devant ceste bataille et € marchons en l'honneur de Dieu, car le jour s'en c va. > Le roy Amydas demoura en celle bataille; et

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tous lui obéirent comme ilz eussent fait à leur souverain seigneur; et le Jouvencel chevaucha à Tavantgarde.

Ainsi chevauchèrent tout le jour , tant que, au soir, ilz arrivèrent entour la ville de Virance, où leurs logeiz estoient despartiz. Et le Roy entra en la ville; et Dieu scet quelz presens il envoya à tous les x^ppitaines, de vins, viandes et tous vivres. Le Jouvencel demoura aux champs avecques les gens d'armes. Et ooDclud le Roy, au despartir, avecques le Jouvencel et les cappitaines que au matin il se rendroit à eulx ; ce qu'il fist. Et chevauchèrent en Fordonnance qu'ilz avoient faicte le jour de devant jusques au Don ; et là furent encores mieulx recueilliz qu'ilz n' avoient point esté; car la ville valloit mieulx. Et, pour ce que en oeste ville avoit certaines rues de Sarrasins et de Juife, les Sarrasins vindrent les premiers au devant. Le Roy passa oultre et en fist peu de compte ^ . Les Juifz vindrent aprez et apportèrent le roole* Moyse. Le Roy mist la main en son chappeau et enclina sa teste contre le roole Moyse. Âprez vint l'evesque du Don avecques la croix, l'enseigne, l'eaue benoiste et les Chrestiens. Et, incontinent que le Roy apperçeust le signe de la croix, il descendist à pié et vint au devant à genoulx la adourer ; puis monta sur son cheval et entra en la ville. Et le Jouvencel et toute l'armée demoura aux champs.

Et, le lendemain, le Jouvencel et tous les cappitaines vindrent devers le Roy pour savoir qu'il estoit de

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