‹ Le JouvencelChapitre 60 sur 184 · Var. : c heureux. » B · texte numérisé non relu

Var. : c heureux. » B

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c monseigneur le Régent, dictes que chaleur n'est pas c requise en guerre, mais bonne dilligence. Or c debatons bien et froidement et exécutons dillic genunent. »

Quant le roy Amydas et le Régent son filz eurent bien oy les raisons de chascun et meismement les faiz d*Octovien Gesar que le Mareschal avoit allégués et ses raisons, ilz les entendirent très bien et crurent conseil comme saiges qu'ilz estoient; car princes et toutes gens ne pevent mieulx faire que de user par conseil. Et, sur ce, délibérèrent le roy Amydas et le Régent son filz de prendre jour et heure d'avoir des plus notables gens qu'ilz pourroient finer pour debatre Uen leur matière, pour oster tous les doubtes qui leur pourroient venir aux champs, et pour donner tous les bons remeddes de bataille de quoi ilz se pourroient aider. Car il advint une foys es Ytales une grant bataille, où plusieurs saiges et bons cappitaines estoient, tant d'ung costé que d'autre, que depuis le point du jour jusques à la nuit, ilz ne se peurent desconfîre pour les bons remeddes de bataille qu'ilz donnoient les ungs contre les autres. Et, en France, de ces derrenières guerres, il est advenu, c'est assavoir, à la bataille de Sentis, à L'Ommeau-Lescameau et à Gillé-le-Guillaume, devant Avranches, qui dura par trois jours sans ce que les ungs ne les autres peussent gaigner ung petit ruisseau qui y estoit^ Et, en autres

i. La bataille de Senlis n'est autre que le combat de MontépiUoy, en 1429. Les deux armées, après avoir combattu pendant deux jours sans pouvoir • se desconiire, » se retirèrent d'un commun accord (J. Ghartier, chap. lih-lv; — Monstrelet, chap. Lxvi; etc.). — L'escarmouche de « L'Ommeau-Lescameau t et de 8iIlé-le-Guillaume, dont le récit de Jean de Bueil

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lieux, il est advenu que les plus foebles combateun, pour longuement durer et endurer et saigement eux conduire, ont vaincu leurs ennemiz, comme oagueres devant Basle les Françoys desconfîrent les Suisses, et dura la bataille depuis le soleil levé jusques au solal couchié ^ .

semble faire deux combats différents, est une seule et même affaire. J. Ghartier (chap. xcii) est le seul chroniqueur qui en parle, mais il donne beaucoup de détails sur cette petite bataille. Voici la substance de son récit : Après avoir été forcé par le duc d'Alençon de lever le siège de Saint-Gélerin (voir plus haut, t. I, p. 141-149), le comte d'Arundel vint mettre le siège devant Sillc-le-Guillaume. Le capitaine Aimery d'Anthenaise s'engagea à rendre la place si , dans six semaines , a les Anglois se trouc voient plus fors que les François en ung lieu nomjmé Hommel' a Alestamen, environ une lieue et demye dudit Sillé. » Le duc d'Alençon, prévenu, rassembla son armée et, la veille du jour de l'expiration des six semaines, il vint loger à un village appelé la Hayc-Ncuville ou Villeneuve-la-Uaye et dont le nom moderne est Neuvillalais. Ce village, situé à deux lieues de Sillé, n'était qu a une demi-licue c dudit Hommel. » Le lendemain, les deux armées prirent position non loin de Neuvillalais, ayant entre elles la petite rivière de Longuève. Pendant trois jours elles le livrèrent des escarmouches successives, sans que la victoire ee décidât et sans que la rivière put être franchie par Tune ou lautre troupe. Entin, le troisième jour, les Anglais se retirèrent. Quant au nom moderne que porte le lieu appelé par Jean do Bucil c L'Ommeau - Lescameau , » par J. Ghartier « rilommel- Alestamen, » et que M. Vallet de Viriville, dam son édition do ce chroniqueur, essaie de rapprocher de L'Ormel ou L'Ourmel, il nous a été impossible de le retrouver. La mention c devant Avranchcs », dont Jean de Bueil fait suivre ion allusion au combat de Sillé, no désigne pas une troisième affaire. Elle sort à indiquer l'époque du combat de Sillé et signifie seulement : avant la course que Loré et Jean de Bueil firent au cunuucncoment de li35 jusqu'aux portes d'Avranches (voyez J. Ghartier, ch. xcv, et ce que dit M. Favre de cette affaire dans V Introduction biographique, t. I, p. lxiii et suivantes). 1. Jean de Bueil veut parler de la bataille de Saint-Jaajues,

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Or est venu le jour et l'eure que le roy Amydas et son filz le Régent ont assemblé leurs amyz, conseillers et serviteurs, ainsi que vous orrez, en la ville du Don. Et déclarèrent ce qu'ilz ont ouy de leurs ennemyz, c'est assavoir qu'ilz faisoient une très grosse armée, tant d'eulx que de leurs aliez, et qu'il estoit en voulenté de les aller combatre là où ilz estoient. Et, sur ce, leur demanda leurs oppinions. En brief, les oppioions furent qu'ilz ne se povoient longuement entretenir en leur payz que ce ne fust la destruction d'eulx et de leurs subjectz, et, pour ce, il estoit force qu'ilz antrassent de brief ou payz du Roy, et qu'il valloit mieulx leur laisser faire que d'aller à eulx, et que force leur estoit de marcher ou d'eulx rompre. Sur quoy, le roy Amydas respondist et dist : c Messeic gneurs, je suppose qu'ilz ne marcheront point et c qu'ilz se despartiront pour soulaiger leur payz et c que, pour ceste heure, ilz ne voient pas leur avanc taige d'entreprendre riens sur moi ne sur mon c payz. Doy-je pourtant laissier ce venin endormir c sur mon estomac, qui un jour me tuera? Et le prenc dront à leur avantaige et quant je seray despourc veu. Je ne puis bonnement souffrir ceste melencolc lye en mon cuer, et vault mieulx que je les voise c quérir ou à perte ou à gaing, jusques où ilz sont, c que je demeure tousjours en ceste doubte. Et seu-

26 août 4444. On n'est pas d'accord sur la force de chaque année ; cependant il est certain que les Français étaient les plus nombreux, contrairement à ce que dit Jean de Bueil, qui a dû s'abuser sur le nombre de ses adversaires (voyez, t. I, p. cvu et suivantes, le récit de cette bataille et la note de M. Favro sur Teffectif des deux armées).

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c rement que je ne souffireray ceste double et pcâne c que je ne saiche à qui demourra le champ, i Et, sur ce, ses bons amyz, conseilliers et serviteurs, aprei plusieurs debatz faiz par entre eulx-meismes, respondirent tous : « Sire, nous avons fort debatu ceste matière en vostre présence et absence ; et voyons bien le bault et bon couraige que vous avez; et nous semble bien voz raisons en aucunes dioses avoir lieu et en aucunes que vous le prenez un peu cbauldement. Et, pour ce que en toutes dioses le moyen estât est le meilleur, nous conseillons que vous ayez ung peu de pascience et attrempez vostre courraige. Car brief ces gens-yci marcheront ou ib se despartiront, comme vous avez dit; s'ilz marchent, vous les aurez plus à vostre avantaige; 8*ilz se départent, vous povez entrer en leur payz plus à vostre aise; car ilz ne se pevent pas assembler si tost. Et, pour ce, nous vous conseillons que vous tenez ung pou de temps pour veoir qu^ilz feront. Et cependant basiez vostre artillerie et tenez vostre < armée preste sans riens despendre, c'est assavoir € que chascun soit sur son lieu tout prest, sans fouler <i vostre peuple et que n'ayez cause de faire souMe. € En se tenant sur sa garde, on peult bien guerroyer « son ennemy sans coup ferir ; et dit-on vouUentiers : « Qui dure, vaincq^ Et, pour ce, voyez la conclusion « de voz ennemyz et soyez tout prest à les recepvoir, « se le cas y advient. >

Le roy Amydas entendit bien son conseil, ses amyz, conseillers et serviteurs et ne vouUut pas aller à Ten-

i. Var. : c Et dit-on voulentiers que endurer vaincq. • B.

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contre ; car il estoit homme qui vouloit user tousjours par conseil ; et, posé ores que son oppinion eust esté la meilleure, si vouUoit-il prendre celle de son conseil, affio qu'ilz lui aidassent de meilleur cuer à soustenir 868 affaires contre ses ennemyz ; et tint Toppinion telle qu*elle avoit esté. Mais il y eust aucuns ambaxadeurs particulliers qui le desmeurent de sa bonne voulenté, comme vous orrez. Et, sur Toppinion de son conseil, délibéra d'attendre ce que ses ennemyz feroient. Mais tdlement attendit que leur ennuya pour la charge qu'ilz donnoient à leur payz et pour la doubte qu'ilz avcHent que le roy Amydas y entrast. Aussi doubtetent d'entrer au sien ; maiz vindrent prez de lui et SOT ses limittes. Et trouvèrent en leur conseil que, se ilz rompoient leur armée, ilz ne la pourroient pas toujours trouver telle et que, avant que ilz se fussent rassemblez, le roy Amydas pourroit rentrer sur eulx. Et, pour ces causes, délibérèrent de venir faire un champ à quatre lieues de lui. Et leur pensement estoit que là il les vendroit combatre desordonnéement ou qu'ilz feroient appointement avecques lui à leur avantaige.

La pluspart du conseil du roy Amydas fut d'oppinion de combatre pour les raisons qui s'ensuivent : c*est assavoir, qu'il fut dit par plusieurs de ses cappitaines qu'il devoit aller logier à deux lieues prez d'eubc et en telle fortification qu'ilz ne l'eussent peu surprendre, bien garny de son artillerie plus loingtaine et meilleure que la leur ; et aussi avoit pourveu à ses vivres, qui venoient aprez lui sans ce qu'on lui eust peu donner aucun empescliement ; par quoy il semble qu'il eust eu du meilleur. Et, pour résister à leur

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artillerie, il avoit délibéré de semer parmy les champs son artillerie en petis buyssons, en bruyères, en bla, en petis fossez et en lieu où on ne les pourroit bonnement veoir et estre si loing comme la portée de leurs bastons. Car dix, xn, xv mille hommes sont plus aisiez à congnoistre que ne sont deux ou trois, c'est assavoir ung canonnier et ses aides. Or estril aussi que le roy Amydas avoit gens à cheval plus que ses ennemiz, par quoy ilz ne povoient avoir nok vivres et, lui, il povoit garder les siens et ses marchaos par ce moyen ; et ne Teussent peu ne ousé rencontrer ses ennemiz à cheval. Ainsi, par ces raisons, lesenoemyz du roy Amydas ne le povoient grever. Et, quant les ennemyz du Roy eussent marché pour venir gaigner et conquérir son artillerie, ilz se fussent myz hors d'alaine ; et n'y povoient venir en ordonnance de combatre, mais failloit qu'ilz baillassent le costé à leurs ennemyz sans fortification ou deffense nulle. Les gens du roy Amydas estoient gens de cheval et eussent eu leurs esles et leurs batailles à cheval bien ordonnées; par ce moyen, les gens du duc d'Ath n'eussent peu résister ne marcher jusques à l'artillerie, sans estre desconfiz. Et, si vous vouliez dire que les gens du duc d'Ath eussent eu des chevaucheurs avecques eulx, c'estoit leur perdicion ; car, puisque les gens du roy Amydas estoient plus puissans et plus adextres à cheval que ceulx du duc d'Ath, ilz eussent tousjoors rcmiz les gens de cheval parmy les gens de pié et eussent eulx-meismes rompu leurs gens. Posé ores que pour ung jour ilz l'eussent peu endurer, si ne l'eussent-ilz pas fait le second. Et povoit le Roy retirer au soir son artillerie en sa fortification et le len-

demain estre de plus belle sur les champs ; car chascun scet que gens de pié ne pevent pas endurer la puissance des chevaux ne soustenir le faiz sans grande fortification.

Le duc d'Ath, ses amyz et serviteurs congneurent bien que le parti estoit moult dangereux pour eulx et ne voulurent pas prendre le parti de combatre ne de eulx en aller; car, s'ilz eussent tourné le doz, ilz estoient perduz et desconfiz. Mais tant firent par ambaxadeurs que appointement se y trouva et furent les choses appaisiées pour celle heure. Mais Toppinion, et d'amyz et d'ennemyz, estoit que, quant le Roy eust joingt, ainsi qu'il estoit conseilliez qu'il eust défiait le duc d'Ath et sa puissance et que son oppinion première estoit bonne et qu'il ne devoit point laisser ce venin sur son estomac. Pour ce, ung prince ne doibt jamaiz rompre la grande oppinion pour aucuns particuliers tendans à leurs fins. Et aussi est-il à penser que plusieurs testes congnoissent plus que une ou que deux, comme fist le roy Amydas, lequel estoit ung notable et vaillant chevallier qui laissa ceste belle et grant entreprinse par aucuns conseilliers à part. Et ung prince ne doit jamaiz riens conclurre à part, mais en plain conseil ses grans faiz délibérer et conseiller comme chose qui porte si grant conséquence, comme fait de bataille. Je ne dy pas qu'il ne soit des entreprises et des matières qu'il fault conduire secrètement. Mais la bataille ne se peult celer; car les deux puissances ne se pevent assembler qu'il ne soit sceu. Et aussi ung prince courraigeux et puissant doit estre content que tout le monde sache sa venue; car, par ceste raison, il va par si grant ordre,

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par si grant sens et par si grant couraige qu^il ne double riens fors Dieu.

Et, pour aucunement entendre la matière dont nous avons parlé touchant le champ du duc d'Ath et le oonseil que le roy Amydas avoit eu de le combatre, je bailleray^ le roy de France pour exemple estant dedans Paris, les princes et seigneurs qui estoient devant, en grant discord desordonné par yœulx. Touteffoys, grâces à Dieu! paix et bonne concorde se y trouva. Mais, se le Roy eust voulu tenir la rigueur du droit, ce qu'il ne fist mye pour ce qu'il voulloit le bien de paix du royaume et ne vouloit pas la destruction des seigneurs de son sang, ses parents, sabjectz et serviteurs, les seigneurs fussent partiz de devant Paris à grant peine et à grant danger. Car le Roy estoit seurement dedans sa ville, bien fourny de vivres et de tout ce qu'il lui failloit et eust attendu le despartement des seigneurs tant qu'il lui eust pieu. L'y ver approochoit; les vivres se mengeoient sur les champs; on ne trouvoit plus gueres conmie riens et force estoit qu'ib despartissent. Et, se ainsi eust esté qu'ilz se fiissrat partiz de devant le Roy et sa puissance, il faiUoit qo'ili tournassent le doz au Roy pour eulx en aller, flz avoient le bec au vent pour tirer à leur payz; ilz savoient les chemins ; chascun desiroit estre chiez soy et avoir le repos pour les grans travaulx qu'ilz avoient

1. Le passage qui va suivre se rapporte à la guerre du Bien public, terminée par le traité de Gonflans, le iO octobre 1465. Le ton do ce récit et l'éloge que l'auteur fait de Louis XI prouvent que cette partie du Jouvencel ne fut composée qu'après le 11 février 4466, date de la réconciliation de Jean de Bueil avec le roi (voy. V Introduction littéraire, t. I, p. cccx).

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euz; il failloit qu'ilz chevauchassent les ungs aprez les aultres, Tavant-garde bien loing de la bataille et, entre deux, grant charroy, par quoy à grant peine eussent-ilz peu tourner pour aider à ceulx de darrière ; pareillement ceulx de la bataille à ceulx de Tarrièregarde. Je suppose que les seigneurs eussent miz en Farrière-garde la meilleure partie de leurs gens; touteffoys n'estoitrce que une partie ; car aultrement ilz n'eussent pas cheminé. Ainsi le Roy n'eust eu à besongner que à celle part; et, ceste part rompue, tout le surplus estoit rompu, qui aisée chose estoit à rompre; car il failloit qu'ilz tournassent le doz ou ilz n'eussent point marché; ce qu'ilz estoient contrains de faire. Et, quant gens tournent le doz à leurs ennemyz, toutes gens de guerre entendent bien qu'ilz sont deffaiz^. Pour ce, je dy que, quant deux puissances approuchent l'une de l'autre, ilz se doivent loger en lieu le plus fort et le plus avantaigeux qu'ilz pevent et le mieulx garniz de vivres qu'il leur est possible; car, en ce cas, qui dure vaincq. Et ceulx qui deslogent les premiers encourent la fortune; et, se Dieu ne les secourt, ilz sont perduz par la raison de la guerre. Pour ce, je dy que le roy Amydas fut mal adverty et mal conseillé qu'il ne print son premier conseil. Je laisse atant l'assemblée, le champ et le parlement de ces seigneurs^ et retourne aux faiz du Jouvencel, régent du royaume d'Amydoyne, pour qui ce livre fut commencié.

Le Jouvencel chevauchoit en la compaignie du roy

i. Var. : « toutes gens de guerre d'entendemeût doivent congnoistre qu'ilz sont defTaiz. » B.

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