ODE A LÉON XII
Vers composés pour la circonstance par M. J. A. Poisson et dits par l'auteur
Rome païenne avait la terre pour vassale,
Et la foulant du pied, débauche colossale
Qui depuis si longtemps secouait l’univers,
Dans sa puissante étreinte et sa caresse immonde Elle avait sans repos épouvanté le monde
Par l'éclat de sa honte et le bruit de ses fers.
Empereurs, proconsuls, nobles patriciennes, Affranchis de la veille ou familles anciennes,
Des dolmens d’Armorique aux sables de Memnon, Des colonnes d’Hercule aux rives d’Ionie
Tous, quelque fût le rang, la race ou le génie, Avaient de la vertu même oublié le nom,
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Les peuples haletaient sous la verge romaine ; Sous le pied des Césars cette poussière humaine
Ne connaissait pour Dieu que l’aveugle destin. F
Secoué par l’orgie infâme, universelle, a
, Sous son souffle brûlant le genre humain chancelle 4
É Ainsi qu’un débauché qui sort d’un long festin. k Et les sages, voyant s’écrouler tout un monde,
! Disaient : Quand donc luira la lumière féconde L Qui de ce noir chaos doit dissiper la nuit ? 1
: Et voilà que soudain, marquant l’ère chrétienne, À
| Sur le ciel obscurci de la Rome païenne, À
| Eclairant le Thabor, un nouvel astre luit. 1
j Pendant qu’au Quirinal s’amoncelaient les crimes, 4
| Que le monde éperdu penchait vers les abîmes, : 4 .. Que Rome sous le poids de sa honte courbait, À
} 4 Léguant au genre humain sa maxime sévère, 1 1 L'Homme-Dieu, tout meurtri, gravissait le Calvaire ï Et mourait sans faiblir sur l’infâme gibet. î
F Le roc s’'émeut, le sol frémit ; fait sans exemple, | à Le ciel même se trouble et le voile du Temple, { F Au consummatum est, soudain s’est déchiré. !
L'homme seul est aveugle en face du mystère, ît sur l’humble tombeau du Sauveur de la terre, Seules dans tout Juda, deux femmes ont pleuré!
Mais ces pleurs du salut de l’homme sont le gage ; Et la goutte de sang qu’en son dernier outrage Le soldat fit jaillir de ton côté sanglant,
O Christ, un jour sera l’inépuisable source
ë Où l’humanité lasse, interrogeant sa course,
De siècle en siècle ira plonger son front brûlant,
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