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CHAPITRE XII

LA VICTOIRE DE DIEU SUR LES PUISSANCES DU MAL PAR L'ÉLU DE DIEU, SAUVEUR D'ISRAËL.

Après les vaines tentatives de Judas le Galiléen sous les premiers procurateurs, les Juifs les plus zélés, quelques-uns déjà zélotes, obligea de renoncer à la lutte, ne renonçaient pas cependant à faire triompher la cause de Dieu. Ce n'était que partie remise, et le moment vint où Ja révolte éclata. D'autres avaient moins de confiance dans les armes humaines. Après tant de succès éphémères, devant la marche menaçante et irrésistible des puissances du mal sur la terre, où elles exerçaient leur pouvoir, ils désespérèrent du monde lui-même, de ce monde d'en bas. Il était irrémissible ment condamné, puisqu'enJSn Dieu devait avoir le dessus.

Les premiers étaient des extrémistes résolus à l'action. On peut nommer les autres des extrémistes quiétistes. C'est cet état d'esprit que nous connaissons par des apocalypses particulièrement intéressantes, et qui inaugurent un état nouveau de la vieille espérance d'Israël; elle ne doit se réaliser que sur les débris du monde, grâce à un Sauveur venu d'en haut.

§ 1. — L'Assomption de Moïse (1).

Sur la date approximative de ce document il ne saurait y avoir de doute, car elle résulte clairement de la situation historique à laquelle est arrivé l'auteur. A cette époque où l'attachement à la Loi, le zèle pour la défendre, l'étude de ses moindres préceptes était le seul point d'appui <îontre l'envahissement du paganisme dans les mœurs à l'encontre de la religion, le voyant remonte à Moïse. Ce n'est pas qu'il ait été le véritable auteur de la Loi : elle a été disposée dès l'origine, quand Dieu a créé le monde en vue de son peuple; mais il a été le révélateur de cette Loi, et maintenant qu'il va mourir, il révèle l'avenir à Josué.

(1) Texte seulement en latin, publié par Ms' Oeriani en 1861 dans les Monumenta sacra et profana, t. I, fasc. i, p. 55-62. — Die Himmelfahrt des Moses, éditée en latin par Clemen, dan,s la collection des petits textes de Lietzmann et traduite dans les Apocryphes de Kautzscii II, p. 311 à 330. Traduite et commentée par Charles, The Apocrypha and Pseudepigrapha...,ii, 407-424. — Cf. RB., 1905, p, 481-486; Le Messianisme..., p. 85 s.

Après un résumé rapide de Fentrée en Palestine, du temps des rois, du retour de la captivité, l'auteur arrive à ce triste état où les prêtres ne seront pas de vrais prêtres, mais plutôt des esclaves, faisant allusion à Jason et surtout à Ménélas. Les Asmonéens ne figurent pas comme dès libérateurs, mais comme des tyrans : « Il s'élèvera sur eux des rois, qui porteront le nom de prêtres du Très-Hant; ils pratiqueront l'impiété au nom du saint des saints » (1).

On reconnaît ensuite Hérode, « un roi au|iacieux, qui n'était pas delà race des prêtres », c'est-à-dire de la dynastie Asmonéenne — « homme téméraire et injuste, qui cependant « jugera » les Juifs « comme ils. l'auront mérité, qui fera périr par le glaive les chefs des grandes familles, et les fera disparaître de façon qu'on ne sache pas même ce que sont devenus leurs corps (2). Il tuera sans miséricorde les jeunes et les vieux, faisant naître dans les esprits une crainte amère, car il les traitera comme avaient fait les Égyptiens.

Son règne durera trente-quatre ansy — la durée du règne d'Hérode depuis la ruine d'Antoine. On dirait que l'auteur asdgne une durée moins longue au règne de ses enfants (3).

Et il est vrai qii'Archélaus n'a régné que dix ans, mais Antipas et Philippe ont été tétrarques durant quarante-trois et trent-huit ans. Ou l'auteur ne songeait qu'à la Judée ou plutôt, comme il parle de plusieurs fils, espérait-il que les autres hérodiens seraient entraînés dans le désastre d'Archélatis. De toute façon, il semble bien que son horizon prophétique ne va pas plus loin que l'annexion de la Judée à l'empire. P()ur ne pas parler trop clairement, il fait venir de l'Occident un roi puissant, qui brûle une partie de leur Maison (4), et en crucifie quelquesuns auprès de leur colonise. L'incendie des portiques répond bien à ce terme de maison ; il fut le fait de Sabinus. Les crucifixions autour de Jérusalem achevèrent la répression de Varus (5).

A partir de ce moment, la fin définitive est en vue. Le voyant indiquait des chiffres d'heures et de semaines qui sont demeurés inintelligibles, et qui étaient peut-être volontairement obscurs dès le début. Mais il ne pouvait manquer de décrire l'extrôoie corruption qui allait amener le

(1) vr, t. Sacerdotes dei summi (et non sumnios, comme corrigeaient Charles et Ctemen) est une. note historique excellente. C'est le titre qu'on donnait aux Asmonéens {Ant.,XWl, n, 2; cf. RB., 1903, p. 366. — ab sanclo sanctitatis ne peut signifier « dans le saint des saints »,. mais que les prêtres-rois se servaient de leur autorité sacrée pour exercer des actions impies.

(2) Texte altéré, mais allusion manifeste à ces enlèvements pratiqués par Hérode de gens qu'ili faisait disparaître dans la forteresse d'Hyrcanion.

(3) et., roducit natos.,. ecedentes sibi brevioratempora donarent, ce que Clemen restitue i et producet nalos, qui succedentes sibi breviora tempora dominarerit.

(4) C'étail chez les Juifs le nom du Temple.

(5) Ant., XVII, X, 2; XVII, X, 10.

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«hàtiment. D'où ce tableau des maîtres de l'heure auxquels il reproche surtout la dissimulation, la ruse, et des prétentions de pureté, peu en harmonie avec leur conduite dissolue. Nous croyons y reconnaître les Pharisiens. Un historien n'aurait certes pas rendu les Pharisiens responsables de la décadence des moeurs et de la religion. Mais nous avons affaire à an sectaire, plus sectaire qu'eux, d'autant plus acharné contre eux qu'ils représentaient pour ainsi dire officiellement le parti de la Loi. Oc les Pharisiens étaient des modérés qui prenaient en patience le joug étranger tant que la foi n'était pas en péril, ni le culte, ni les observances. Notre homme est plus zélé qu'eux, un fanatique qui ne peut supporter une modération qui lui parait être une trahison. Ainsi tel catholique intégriste, sans se préoccuper du ridicule que son intransigeance jette sur l'Église, se persuade que le péril le plus pressant est dans ce « concessionisme » . Tactique funeste équivalant à, une trahison, déclarait notre voyant, car en vain essayait-on de vivre en paix avec l'autorité romaine : fatalement elle se ferait persécutrice : « Viendra sur eux la vengeance et la colère, comme ils n'en ont jamais éprouvé jusqu'à ce moment, où il leur suscitera un roi des rois de la terre, tenant son pouvoir de la g-rande puissance, qui mettra en croix ceux qui s'attacheront à la circoncision, leur infligera des tortures, les traînera en prison, pendant que leurs femmes seront livrées aux gentils, que leurs enfants subiront les opérations des médecins pour effacer la circoncision. On les châtiera par les tourments, le feu et le fer, et on les contraindra à porter les idoles en public, souillées comme ceux qui les habitent. Et les bourreaux les obligeront à entrer dans le sanctuaire (de ces idoles) et les obligeront à coups d'aiguillons à blasphémer outrageusement la Parole (1), enfin même les lois qu'on trouverait en leur possession sur leur autel », c'est-à-dire, si nous l'entendons bien, que les Juifs, ayant apostasie leur religion, déposeront sur l'autel des idoles leur propre loi, pour y être brûlée.

C'est ainsi que, dans l'imagination surchauffée du voyant, les pires scènes du temps d'Antiochus Épiphane devaient se reproduire (2) avec l'aggravation du supplice romain de la crucifixion, et la destruction des livres de la loi.

N'y aurait-il donc plus personne d'inébranlable dans ces temps douloureux? Il y aura Taxo (3), de la tribu de Lévi. Gomme Antiochus avait servi de type pour le persécuteur, on s'attendrait à voir se reproduire les

(1) Cf. // Macch., vin, 4.

(2) Quelques verbes au passé doivent être entendus de l'avenir.

(3) K, 1. — Charles (p. 421) opine que M. Burkitt arésoltile mystère en supposant que taxo est pour Taxoq = plDDO, un cas de gematria pour Éléazar (lïï^iN,) qui représenterait Éléazar de // Macch., vi, 18, qui était prêtre d'après IV Macch,, v, 11. Mais ce n'est là qu'une eonjec-' ture de plus. Kautzscli et Bousset lisent TàÇwv, l'Ordonnateur.

exploits d'un Judas Macchabée. Mais tout cela n'ayait pas abouti. Les temps sont trop durs, les hommes impuissants. Il n'y a plus qu'à attendre l'intervention de Dieu. Et Taxo n'y jouera aucun rôle. Il est de la race de Lévi, ce qui prouve bien que l'auteur n'est pas en principe ennemi du sacerdoce. Si on peut le traiter de zélote, c'est un zélote découragé ou quiétiste. Pour se battre il faudrait avoir des partisans.. La politique des Pharisiens les détourne. Il dit donc à ses sept fils :

Quelle nation, ou quel pays ou quel peuple d'impies envers le Seigneur coupables de nombreux crimes a souffert tous les maux qui se sont appesantis sur nous? Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi. Voyez et entendez bien que ni moi (1), ni mes parents, ni leurs ancêtres n'ont tenté Dieu, ni dérogé à ses préceptes. Vous savez qu'en Cela est notre force.

Jeûnons pendant trois jours, puis le quatrième retirons-nous dans une caverne qui €st sur notre champ, et mourons plutôt que d'enfreindre les commandements du Seigneur des Seigneurs, du Dieu de nos pères. Si nous agissons de la sorte et mourons, Dieu vengera notre sang (2).

Le voyant ne peut avoir oublié sa charge contre les dirigeants d'Israël, ni l'apostasie prévue de tant de Juifs. Il leur oppose hardiment l'innocence des siens et sûrement aussi de ceux qui pensent comme lui. C'est là leur force, puisque le recours aux armes est impossible, et qu'on doit tout, attendre de Dieu. Dans ces sentiments, il n'a pas dû songer au suicide. Il suppose que les satellites des tyrans viendront les immoler sans qu'ils fassent de résistance (3) . Mais c'est précisément alors que Dieu manifestera jsa toute puissance. Le style amer dans la satire devient lyrique. C'est un véritable psaume :

Alors paraîtra son règne sur toute sa création,

alors le diable touchera à sa fin,

et la tristesse sera emmenée avec lui.

Alors on investira de sa charge l'ange (4)

qui est établi au sommet,

qui aussitôt les vengera de leurs ennemis.

Car le Céleste se lèvera du trône de son règne,

et il sortira de sa demeure sainte,

avec indignation et colère en faveur de ses fils.

Et la terre tremblera et sera ébranlée jusqu'à ses extrémités,

et les hautes montagnes seront abaissées et ébranlées,

et tomberont dans leurs vallées.

(1) Avec Clémea contre Charles qni change temptans en temptantes.

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