‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 109 sur 198 · L. Vitellius · texte numérisé non relu

L. Vitellius

Avec lui la légation de Syrie reprend son importance.

Consul en l'an 34, il est envoyé en Syrie dès l'année suivante comme leg. Aug. pr. pr., mais avec des pouvoirs très étendus : cunctis quae apud Orientem parabantur L. Vitellium praefecit. Tacite ajoute : Eo de homine haud sum ignarus sinistram in urbe famam, pleraque foeda memorari; ceterum regendis provinciis prisca virtule egit [Aim., vi, 38 ou 32). Ce qu'il y eut de déshonorant, ce fut son adulation pour les princesses puissantes et pour Claude. Sa valeur militaire et sa capacité politique se montrèrent dans les affaires d'Arménie. Ce fut probablement en vertu de ses pouvoirs spéciaux qu'il intervint dans les affaires de Judée (5).

(1) Pont., I, 10.

(2) Ann., VI, 27 ou 33 trad. Goelzer.

(3) ScHÙRER (I, 332 s.), après Keirti.

(4) Ant., XVIII, VI, 5 : « Tibère ne recevait jamais immédiatement les ambassades, et les généraux ou les gouverneurs qu'il avait nommés n'étaient jamais remplacés à moins que la mort ne les surprît ».

(5) Ant., XVIII, IV, 1-3.

Ce furent d'abord les Samaritains qui se plaignirent à lui de Ponee-Pilate. <iuand il vit que les Juifs étaient pour cette fois du même avis sur le Procurateur, il l'envoya à Rome pour se justifier de leurs griefs. Pilate dut obéir, mais il mit sans doute un an pour faire son voyage ; quand il atteignit Rome, Tibère était mort (16 mars 37). Vitellius arriva à Jérusalem eii l'an 36 au temps de la fête de Pâque : « Reçu avec magnificence, il fît remise aux habitants de l'ensemble des impôts sur la vente des récoltes. Il accorda aussi que le vêtement du grand-pontife et tous ses ornements fussent placés dans le Temple et gardés par les prêtres comme ils en avaient jadis la prérogative » (1). Hérode l'avait confisqué et le gardait dans la tour Antonia, ne le rendant aux prêtres que sept jours avant la fête, pour le reprendre le lendemain. Cet usage s'était perpétué sous les Romains. Vitellius n'approuva pas cette ingérence dans le culte et « enjoignit au commandant de la garnison de ne pas s'inquiéter du lieu où était le vêtement, ni du jour où on s'en servirait ». S'il est vrai qu'il a demandé et obtenu la pei?mission de Tibère (*2), ce fut longtemps d'avance. Cet arrangement fut sûrement sollicité par le peuple. C'est sans doute pour lui plaire aussi que Vitellius déposa « le grand prêtre Joseph appelé Caïphe et lui substitua Jonathan, fils du grand pontife Anan ».

Il faut citer ici un fait qui montre bien jusqu'où allait la dépendance des princes juifs envers Tibère. Pendant que Vitellius négociait avec les Parthes (3), le tétrarque Hérode Antipas avait su se glisser dans l'entourage du légat, et avait offert un festin dans une tente luxueuse dressée au milieu du pont de l'Euphrate. Connaissant le désir de Tibère d'être renseigné de tout, Hérode l'informa aussitôt, si bien qu'au reçu du rapport officiel de Vitellius l'empereur put lui écrire qu'Hérode l'avait mis au courant. Vitellius dissimula tant que vécut Tibère. Sous le règne de Caligula, ce fut Agrippa qui le vengea du tétrarque Hérode Antipas, dépossédé à son profit et exilé en Gaule (4).

En attendant, Hérode n'avait pas manqué d'accuser auprès de Tibère Arétas IV, roi des Arabes Nabatéens, qui avait eu le tort de le battre complètement. Tibère écrivit à son légat de lui envoyer Arétas mort ou vif. C'est cette défaite que les Juifs regardèrent comme un châtiment pour la mort de Jean-Baptiste, exécuté par Hérode (5), en l'an 29. Ce désastre, le premier qui troubla une longue paix, obséda longtemps les mémoires, et l'on put le regarder comme un fléau différé pendant quelques années

(1) Aiit., XV, XI, 4.

(2) Comme Josèphe le dit à l'endroit cité.

(3) Ant., XVIII, IV, 5. A vrai dire Josèplie est tombé dans quelque confusion, car cette entrevue n'eut lieu que sous Caligula.

(4) A Saint-Bertrand de Comminges.

(5) Ant., XVIII, V, 2.

par la justice divine, car on était alors en l'an 36. Obéissant à l'ordre de Tibère, Vitellius réunit deux légions et les troupes auxiliaires, et se préparait à tra,verser la Judée avec son armée quand les principaux des Juifs vinrent le prier de ne pas faire marcher dans leur pays une troupe avec ses enseignes où figuraient des images. Le même scrupule n'existait pas pour la grande plaine, celle d'Esdrelon, et Vitellius y fit passer l'armée, pendant que lui-même se rendait avec le tétrarque à Jérusalem, ponr sacrifier à Dieu pendant la fête nationale, la Pâque de l'an 37. Il y séjourna trois jours et déposa Jonathan pour donner le souverain pontificat à son frère Théophile. Le quatrième jour il apprit la mort de Tibère et retourna à Antioche (1).

Un pareil homme, si déférent pour la religion des Juifs, ne pouvait plaire à Caligula, et n'était surtout pas à sa place pour faire exécuter l'ordre de placer dans le Temple la statue de l'empereur.

Il fut donc remplacé par Pétronius, qui arriva en Palestine au début de l'an 40 (2). Il était déjà légat de Syrie depuis quelques temps. Sa prudence et son humanité réussirent à éviter aux Juifs d'affreuses calamités et à Caligula un crime de plus. Mais déjà l'évangile avait commencé d'être prêché.

(1) Ant., XVIII, V, 3.

(2) Philon, Légat, [ad Gainm, § 243 (Cohn); quoique Josèphe {Ant., XVIII, viu, 2) semble indiquer l'automne; cf. Sghûiikr, I, 333 n. 47.

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